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Les médias et le gouvernement adorent la peur

Les médias et le gouvernement adorent la peur

Pierre Boisguilbert analyse la mécanique de la peur entretenue par les médias et relayée par le pouvoir politique. À travers plusieurs exemples, il décrit une boucle anxiogène où l’audience, la communication gouvernementale et le contrôle de l’opinion se renforcent mutuellement.
Polémia

Ligne éditoriale médiatique : l’audience par la peur

Ce qui guide l’information, notamment dans les chaînes concurrentes d’information en continu, c’est l’audience. C’est peut-être même le seul critère encore supérieur à l’idéologie. Le rêve absolu, c’est un auditoire captif, scotché devant l’écran. Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est d’installer la peur. Quand on a peur, on est dans l’attente permanente de nouvelles et d’analyses.

Il y a bien sûr la guerre. C’est le pari de LCI et de BFM pour contrer CNews, davantage positionnée sur un créneau de peurs domestiques plus concrètes. Cela fonctionne relativement bien dans une approche très orientée qui transforme ces chaînes, par détestation de Trump et de son Amérique, en petits télégraphistes de Téhéran et de la propagande des ayatollahs, sans véritable recul ni esprit critique. Mais tout passe ; il faut donc du nouveau.

Cette année, on le notera, la canicule précoce annonçant la fin du monde par le changement climatique tarde à venir. Heureusement, l’hantavirus est arrivé. On restera très prudent sur l’évolution de ce virus. Mais une chose est sûre : les médias, eux, n’ont pas muté. Ils recommencent, comme pendant le Covid, en espérant le pire.

Qu’ils espèrent le pire, c’est une évidence, et ils le font pour faire peur et capter de l’audience. Ils le font dans le choix des informations, privilégiant systématiquement ce qui peut inquiéter. D’ailleurs, toutes chaînes confondues cette fois, ils posent la question : « Faut-il s’inquiéter ? » Et l’on connaît déjà la réponse qu’ils souhaitent.

Cela se voit dans le comportement des journalistes quand un spécialiste invité sur un plateau se veut rassurant. Les visages se ferment, les questions deviennent inquisitrices, comme face à un vulgaire élu du RN. Les spécialistes, eux aussi, ne mutent pas et semblent constituer une espèce non évolutive, coincée entre des certitudes péremptoires et des contradictions déstabilisantes. « Ce n’est pas le Covid, mais cela pourrait l’être, et en pire, chers téléspectateurs ; restez à l’écoute, votre avenir en dépend. »

Le gouvernement aussi utilise la peur

Cette course à la peur collective est alimentée par le gouvernement. Ce dernier ne cesse de multiplier les interventions dans des séquences censées rassurer par la transparence de leur communication, mais qui débouchent sur le résultat inverse.

Ainsi, les Français ont découvert qu’ils avaient une ministre de la Santé. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a tenu, mardi 12 mai, au ministère de la Santé, une grande conférence de presse pour répondre aux nombreuses interrogations liées à l’hantavirus, rappelle sobrement CNews. Accompagné de plusieurs médecins et spécialistes, le gouvernement a ainsi cherché à répondre aux inconnues d’une contamination en cours, après que plusieurs personnes sont mortes infectées par un hantavirus de type Andes, transmissible entre humains, parti d’un foyer identifié sur un bateau de croisière, le « MV Hondius ».

Qu’est-ce qui justifie cette montée spectaculaire — et donc anxiogène — du gouvernement Lecornu ? La peur, bien sûr. Peur d’être démenti par les faits, peur de poursuites judiciaires.

Le Monde s’est plongé, le 16 octobre 2025, dans les 1 482 pages de l’arrêt rendu le 7 juillet par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République. Au-delà du non-lieu prononcé en faveur d’Agnès Buzyn, d’Édouard Philippe et d’Olivier Véran, ce texte, appelé à faire date, relève de graves manquements.

Voilà un document bâti pour l’histoire. Rendu en catimini le 7 juillet, au terme de cinq ans d’investigations, l’arrêt de la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR) pose un regard cru sur la manière dont l’exécutif — en l’occurrence un Premier ministre, Édouard Philippe, et deux ministres de la Santé, Agnès Buzyn puis Olivier Véran — a géré la crise liée au Covid-19 entre janvier et juillet 2020, période visée par l’enquête.

Long de 1 482 pages, cet arrêt de non-lieu général, dont Le Monde révèle le contenu, s’apparente en réalité à un impitoyable réquisitoire. Il pourrait aussi faire office de salutaire rappel à l’ordre.

Ce n’est pas bon pour le gouvernement ni pour le candidat à la présidence Édouard Philippe. Le candidat des médias est fragilisé par un passé peu glorieux. Stéphanie Rist, elle, a peur de devenir une nouvelle Buzyn.

Cette peur de l’exécutif — président exclu, pour le moment — alimente la stratégie de l’audience médiatique. La boucle est bouclée : les médias renforcent objectivement le système dont ils sont majoritairement les courroies de transmission, comme lors de la guerre du Golfe.

Un peuple qui a peur ne se révolte pas et hésite devant des votes de rupture. La peur est l’ultime espoir et la pensée unique d’un régime aux abois. Ce qui l’inquiète, c’est la mutation de l’opinion publique. Ce qu’il recherche, ce n’est pas un vaccin contre l’hantavirus, mais un confinement de la pensée critique.

Pierre Boisguilbert

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