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De l’abondance à la coercition

La société capitaliste du vingtième siècle, après ce qui était la seconde guerre mondiale (désormais la deuxième, une troisième se mettant en place), était basée sur la consommation.

Guy Debord, Herbert Marcuse, en avaient vu les travers, l’aliénation de l’être sous l’avoir, de l’humain par l’objet.

L’abondance matérielle permettait la paix sociale, malgré de nombreuses luttes qui finissaient par un compromis avec lequel le capitalisme continuait à tirer ses avantages. Les ouvriers fabriquaient des voitures, des télévisions et des machines à laver ; et à la maison, ils avaient voiture, télévision et machine à laver.

Un système de compensation sociale permettait que le bien être minimum laisse le temps et l’argent nécessaire pour reproduire la main d’œuvre nécessaire à l’entretien et la perpétuation du système. Après 68, la jouissance entrait dans le calcul du capitalisme consumériste qui basait la consommation sur le désir déçu. On désire un produit, on l’achète, on est déçu, on le jette et on en achète un autre supposé mieux qui décevra à son tour. L’achetez-jetez fonctionnait à plein régime avec la publicité massive en fond de tableau. La capitalisme était de type keynésien, l’État assurant les service publics pour la tranquillité du système.

À partir des années quatre-vingt, le capitalisme a changé de paradigme, se convertissant en ce que je nomme turbo-capitalisme immatériel. Progressivement, ce n’était plus la fabrication matérielle d’objets qui dominait, mais celle de produits immatériels, tels des logiciels, reproductibles à l’infini, permettant l’explosion de la plus-value et la fortune des néo-capitalistes tels Bill Gates, Jeff Bezos ou Zuckerberg, ou bien des entreprises comme Alphabet (Google) associés à la haute finance qui en bénéficiait.

La concurrence capitalistique a pour résultat que les entreprises traditionnelles, aux profits beaucoup plus faibles, par exemple PSA, se retrouvent en position de faiblesse, et les grands financiers ont intérêt à leur disparition afin d’augmenter le taux de profit global. Par ailleurs, ces nouvelles entreprises demandent moins de personnel pour la fabrication, surtout si celle-ci disparaît complètement.

L’entretien de la force de travail, la reproduction de la main d’œuvre, ne sont plus une priorité et les politiques de réduction drastique de l’État social entrent en jeu avec l’utra-libéralisme.

La consommation d’objets matériels n’est plus non plus autant nécessaire qu’auparavant, devant être remplacée par la consommation immatérielle. Les réseaux sociaux apparaissent, créant de nouvelles bulles spéculatives basées non pas sur la qualité ou le niveau d’information, mais sur le nombre de visites qui par lui-même crée les visites. Nous passons de la médiocrité des médias traditionnels de la société du spectacle à base consumériste au vide absolu où le plus stupide gagne parce qu’il est le plus vu.

Pendant ce temps, la consommation matérielle d’objets rendus nécessaires à la vie par le capitalisme même doit décroître, ou l’objet se transformer en produit contenant de l’immatériel, tels les objets connectés. Les produits traditionnels doivent disparaître, ce qui exige un contrôle de la consommation, interdiction de ces objets, et coercition de la population afin de l’orienter vers les choix préétablis par le système.

Par ailleurs, le contrôle lui-même et la surveillance généralisée deviennent des créateurs de profits, pour des sociétés comme Google, Microsoft, etc. Ils vendent leurs bases de données, et les utilisent eux-mêmes afin de créer des mega bases pour désormais l’Intelligence Artificielle, qui n’est qu’une hyper-compilation de données permettant la génération de documents automatique reproduisant la nouveauté supposée à partir de l’ensemble du connu par ces machines.

Le pas suivant, celui que nous connaissons actuellement, est celui de la chute des profits générés via la consommation privée de l’IA, du fait du besoin énergétique que celle-ci demande, payée par le fournisseur.

Le maintien de profits à haut niveau demande alors non pas une demande de consommateurs privés, mais une demande étatique, celle-ci étant générée par les besoins de défense. Le Complexe militaro indutriel devient central en devenant le complexe militaro post-industriel, à base de hautes technologies immatérielles. Le système a alors besoin de justifier ses dépenses par la guerre, qui devient non pas une aventure se concluant par la paix, mais le besoin d’une guerre perpétuelle, où nul ne gagne ni ne perd jamais, car une victoire ou une défaite signifierait le retour à la paix et donc la réduction des budgets de défense désormais en grande partie immatériels.

La coercition extérieure contre des ennemis qualifiés comme tels par le système et intérieure contre ceux qui s’opposent à cet état de fait, devient alors la priorité.

La démocratie, nécessaire en apparence du temps du capitalisme consumériste, n’est plus de mise, mais remplacée par un système de surveillance, de censure, voire de destruction des populations vues comme surnuméraires, tels les Palestiniens, les Iraniens ou les Russes, considérés comme des contre-hommes et dont l’existence permet néanmoins la justification de dépenses militaires sans borne, associées à la destruction de l’industrie civile, par exemple des automobiles.

L’effet dialectique de l’apparition de ces guerres, voire de cette unique guerre systémique de l’Occident contre la contre-nation globale non occidentale, est que la nécessité sous-jacente est la création de profits, à base immatérielle, donc l’implémentation de logiciels et d’IA complexes, permettant effectivement de hauts taux de profits, mais avec des matériels tellement sophistiqués qu’ils demandent de longs temps de création et dysfonctionnels par la non maîtrise de cette même complexité, face à des systèmes efficaces et peu chers. L’Occident gagne ainsi des masses financières considérables tout en créant une sorte de chaîne de Ponzi géopolitique qui peut le mener à son effondrement.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/de-l-abondance-a-la-coercition-269288

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