
Les sondages se succèdent et malgré l’assurance affichée par certains commentateurs, ça commence à grincer : l’écart entre Édouard Philippe et Jean‑Luc Mélenchonse réduit commepeau de chagrin. Un point, un seul. On sait que Mélenchon est excellent dans cet exercice, qu’il part toujours bas pour ne cesser de monter, jusqu’à étonner au soir du premier tour et laisser les sondeurs perplexes. Philippe, lui, bénéficie d’un soutien médiatique massif, d’une indulgence rare, d’un silence assourdissant sur son bilan. Car enfin : qui a entendu, sur unechaîne nationale un journalisteévoquer sa gestion des Gilets Jaunes, les éborgnés et les morts dont il porte la responsabilité ? Personne. Pas plus que n’est abordée la flambée de la dette sous son autorité, ni, d’une manière plus générale, l’ensemble de son bilan qui est globalement catastrophique. Il semblerait que les électeurs, eux, s’en souviennent et seulement 16% seraient prêts à lui faire confiance. C’est encore trop à notre goût, mais s’ils pensent que l’homme des problèmes est aussi celui des solutions, c’est qu’ils ont renoncé à toute logique.
Un peu comme ces candidats, dont Attal ou Darmanin, qui sans le dire ouvertement tâtent le terrain, viennent nous expliquer qu’ils ont les solutions à tous les problèmes qu’ils n’ont pas su traiter quand ils étaient au pouvoir, ou pire qu’ils ont contribué à accroître durant leur mandat. Pour autant, eux ne décollent pas non plus. Pour le moment, l’une des leçons que l’on peut tirer, c’est que tous ceux qui se sont compromis avec la Macronie s’y sont durablement brûlé les ailes. Le constat vaut pour le premier tour, car pour le second, le doute persiste, même si bon nombre d’électeurs ne sont plus décidés à suivre des consignes de vote qui n’ont apportées que le trouble et l’incohérence. Pensez-donc, avoir fait élire un LFI ouvertement anti-chrétien et même ouvertement pro-musulman, devrait maintenant faire réfléchir même un centriste ! Il est peut probable que le réflexe du ralliement au panache soi-disant blanc du candidat qui se trouvera devant le RN fasse autant d’émules que par le passé. D’autant que le parti des LR, jusque-là grand pourvoyeur de bulletins de barragistes, fond comme neige au soleil, et nous voyons des cadres se rallier à Ciotti, ou prendre leurs distances avec une stratégie qui n’a conduit qu’au reniement permanent, à l’image de David Lisnard. Si l’on rajoute à cela les électeurs de reconquête, la balance ne penche plus vraiment du côté des tenants du fameux arc républicain… autoproclamé. Le RN étant légal, participant aux élections, avec des comptes de campagne officiels, est de-facto républicain, mais à gauche, on ne se regarde que le nombril.
Certes les réserves de voix du RN ne sont pas flagrantes, mais il est devenu impossible de prétendre qu’il aura fait le plein de voix au premier tour. Ciotti représente actuellement environ entre 7 et 10%, autant pour le parti de Zemmour, soit une fourchette de près de 14% à minima. C’est encore en dessous du nécessaire pour prétendre dire que les jeux sont faits, sans oublier les voix d’un Dupont Aignan, 5% en 2022. Bref, la course est encore longue et les tendances vont s’affiner. Une chose est certaine, les candidats qui ont été proches de Macron n’arrivent pas à se rendre populaires et ce, malgré une presse subventionnées qui a une obligation tacite de leur être largement favorable, c’est dire la fracture qui existe entre le peuple et les médias à la botte. On comprend mieux l’acharnement du pouvoir actuel contre les réseaux, et sa farouche vindicte contre ces espaces libres, où les opinions ne sont pas « encore » contrôlées et où les vérités, les comparaisons et les actes sont retracés non pas dans le souci de plaire, mais dans celui de rappeler les faits et de montrer les candidats tels qu’ils sont et non tels qu’ils auraient voulu être mis en scène. C’est bien là que se joue la bataille : dans ces lieux où les citoyens comparent, vérifient, recoupent, et où les récits officiels ne tiennent plus face aux réalités stockées dans les disques durs. Un mensonge reste un mensonge, même lorsqu’il devient mal vu de le rappeler. Et une élection reste une élection, même lorsque certains voudraient en écrire le scénario à l’avance.