
culture et histoire - Page 1410
-
24 avril : conférence de Vincent Badré sur l'enseignement de l'Histoire
-
Chemins de luttes pour les libertés
Trop d'anniversaires, cela envahit la Mémoire. Et cela tue décidément la compréhension même de l'Histoire.
Certaines dates pourtant restent occultées. On les a trop souvent oubliées si tant est qu'on les ait apprises. La démarche aboutit au même résultat que la surabondance des commémorations frelatées.
Qui donc a osé ces derniers mois évoquer le 150e anniversaire de trois tournants conjoints de l'Histoire sociale de la France ?
Le 19 janvier 1865 en effet mourait à Paris Pierre-Joseph Proudhon, âgé de seulement 56 ans.
La même année, en mai, fut édité son livre testament "De la Capacité politique des classes ouvrières" qu'il avait remis sur épreuves à son ami Gustave Chaudey quelques jours avant sa mort, avec mission d'en rédiger la conclusion, texte d'une immense importance dans l'Histoire des idées puisqu'il conclut dans le sens le plus radicalement opposé au marxisme.
Je ne résiste pas à la tentation d'en reproduire ici quelques lignes :
"Les classes ouvrières partagent encore presque toutes les fausses idées du temps."
"Elles aiment le militarisme ; elles se complaisent aux jactances du sabre ; elles ont un faible pour la crânerie du soldat ; elles en sont encore à donner la préférence à celui qui se bat bien sur celui qui pense bien ou travaille bien, comme si le courage ne devait pas être seulement l’auxiliaire des grandes énergies morales."
"Dans les questions de politique étrangère, elles se laissent toujours troubler par la passion. Ou elles exagèrent les vanités et les prétentions françaises, ou elles oublient trop les intérêts français. Elles n’ont, sur la nationalité, que des notions pleines d’erreurs. Elles cèdent, sans réflexion, aux impulsions d’une sentimentalité banale, et ne veulent plus comprendre, dans les rapports de nation à nation, cette idée de justice, de pondération, d’équilibre, qu’elles aspirent à faire prévaloir dans les rapports d’individus à individus."
Ces réflexions sont-elles vraiment inactuelles, si l'on songe aux admirateurs et aux continuateurs de Georges Marchais, ce grand "patriote", ce modèle de "souverainisme", qui après avoir été travailleur volontaire dans les usines Messerschmidt sera imposé, 25 ans plus tard, à la tête du PCF par l'appareil soviétique ? (1)⇓
Quelque temps auparavant le 28 septembre au Saint-Martin’s Hall de Londres avait été fondée l'Association internationale des travailleurs, nom officiel de l'organisation habituellement désignée pour la Première Internationale, et qui disparut assez rapidement.
Mais la date que l'on aurait aimé entendre commémorer le 20 avril avait été celle de la Lettre aux ouvriers du Comte de Chambord.
Ce dernier document presque aussi célèbre que le prétendu "Programme du CNR" de 1944 est, quant à lui, pratiquement oublié de nos jours par les commentateurs agréés. Il a paradoxalement été lu, quand même, par un certain nombre d'internautes cultivés. (2)⇓
On peut, et même on devrait, de nos jours saluer en ce manifeste à la fois la grande noblesse de son inspiration, et probablement aussi comprendre pourquoi, sous prétexte de la question dite du drapeau, il explique que l'assemblée étiquetée monarchiste de Versailles ne voulut pas mettre son auteur sur le trône en 1873. Il est à l'origine de ce que l'on considère depuis 1891 comme la doctrine sociale-chrétienne, radicalement opposée au socialisme étatiste.
Deux fidèles disciples légitimistes, Albert de Mun et son ami René de La Tour du Pin avaient entre-temps, à partir de 1871, développé les cercles catholiques d'ouvriers. En 1884, aux côtés de leurs amis autrichiens et allemands ils allaient créèrent l'Union de Fribourg destinée à attachée à l'idée d'une Europe véritable, c'est-à-dire d'une Europe d'inspiration sociale et chrétienne. Et c'est sur cette base qu'apparut la première des encycliques sociales en 1891 "Rerum Novarum" par Léon XIII. Elle sera suivie 40 ans plus tard en 1931 par "Quadragesimo anno" par Pie XI, puis, 100 ans après, en 1991 de "Centesimus annus" par Jean-Paul II.
Il faut évidemment n'avoir pas lu une ligne de ces textes pour les revêtir en imagination d'une quelconque parenté avec le socialisme étatiste, technocratique ou marxiste.
Le premier d'entre eux fut publié cent ans après la plus funeste erreur de la révolution jacobine, confirmée en 1810 par le Code pénal napoléonien, qui décida en juin 1791 d'interdire, aux entrepreneurs comme aux ouvriers, toutes les formes d'association professionnelle.
À ces doctrines et ces législations de contrainte, René de La Tour du Pin opposait une doctrine de liberté. Défenseur des libertés corporatives, il rassembla donc au début du XXe siècle les "jalons de route" de son combat sous le titre "Vers un ordre social chrétien". (3)⇓
JG Malliarakis
Apostilles
- Et non requis au titre du STO, contrairement à ce que semble croire Éric Zemmour. Cf. à ce sujet "L'impossible biographie de Georges Marchais par Nicolas Tandler, Albatros, 1980 entièrement confirmé par Philippe Robrieux dans son "Histoire intérieure du parti communiste", ed. Fayard. ⇑
- Il est ainsi consultable sur le site royaliste "Vive le Roy" . ⇑
- Réédition disponible sur le site des Éditions du Trident." ⇑
-
Habile guerrier, Charles Martel change l’apparence de l’Europe au milieu du VIIIe siècle
(D’après « Précis de l’histoire des Français » (tome 1) de Jean de Sismondi, paru en 1839)
Charles Martel fut peut-être le guerrier le plus habile et le plus heureux qu’aient produit les Pippinides, dynastie de la noblesse franque d’Austrasie précédant la lignée carolingienne. Ayant vécu dans un temps où la culture des lettres était presque absolument abandonnée — ni lui ni aucun de ses guerriers ne savaient écrire —, ce qui explique que les dates seules de quelques grands événements de son règne (715-741) nous ont été conservées, il marqua durablement de son empreinte l’histoire des royaumes francs qu’étaient l’Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne : continuant l’ouvrage de son père Pépin d’Héristal, Charles Martel changea l’apparence de l’Europe.
Lorsque Pépin d’Héristal, père de Charles Martel et maire du palais d’Austrasie, mourut le 16 décembre 714, les deux fils qu’il avait eus de son épouse Plectrude étaient morts avant lui : le premier, Drogon, en 708 ; le second, Grimoald, maire des palais de Neustrie et de Bourgogne, assassiné en avril 714. A l’époque, les maires des palais régnaient au nom du roi Dagobert III, mineur lorsqu’il avait reçu en héritage, de son père Childebert IV, les royaumes des Francs en 711.
A la mort de Grimoald, Pépin fit de Théodebald, fils de Grimoald et âgé de seulement six ans, l’héritier des palais de Neustrie et de Bourgogne, au détriment de Charles (futur Charles Martel), âgé d’environ vingt-cinq ans et propre fils de Pépin mais illégitime, puisqu’il l’avait eu de sa concubine Alpaïde. Ce choix d’un enfant pour exercer, sous la régence de Plectrude, les fonctions de maire du palais du roi des Francs Dagobert III, lui-même seulement âgé d’une quinzaine d’années, fut regardé comme insultant par des Neustriens impatients de se délivrer du joug des Austrasiens ; ressentiment accentué lorsque, à la mort de Pépin quelques mois plus tard (décembre 714), Théodebald devint, de fait, maire du palais des trois royaumes francs.
Sur ces entrefaites, Dagobert III rendant son dernier souffle en 715 des suites d’une maladie, les Neustriens s’empressent de désigner Chilpéric II — le plus jeune fils du roi d’Austrasie assassiné en 675, Childéric II —, âgé de quarante-quatre ans, comme nouveau roi des Francs de Neustrie et de Bourgogne. Ce nouveau souverain plaça à la tête du palais de Neustrie Rainfroi (Ragenfrid), sous la conduite duquel les Neustriens mirent bientôt en déroute dans la forêt de Compiègne l’armée de Plectrude, l’épouse de feu Pépin qui refusait de reconnaître cette prise de pouvoir.
A la suite de cette victoire, Chilpéric II fut proclamé roi d’Austrasie, devenant de fait roi de l’ensemble des royaumes francs. C’est alors que le jusqu’à présent infortuné Charles Martel, écarté du pouvoir et emprisonné par Plectrude, fut délivré par les Austrasiens qui le proclamèrent à leur tour maire du palais d’Austrasie, avides qu’ils étaient de prendre leur revanche sur les Neustriens.
La position de Charles Martel était difficile : d’une part, il devait combattre les Neustriens qui, loin de regarder les Austrasiens comme leurs compatriotes, semblaient avoir hérité de tous les ressentiments des Gaulois contre eux ; d’autre part, il était aussi attaqué par les nations germaniques, qui avaient bien voulu s’associer aux Austrasiens pour la guerre et le pillage, mais qui repoussaient toute dépendance comme un joug odieux. Saint Winifrid ou Boniface travaillait alors à la conversion des nations germaniques ; mais parmi elles tous ceux qui tenaient aux anciennes mœurs regardaient la prédication du christianisme comme faisant partie d’un plan formé pour les asservir.
Dès lors les Frisons et les Saxons, rompant toute connexion avec les Francs, formèrent une confédération nouvelle pour résister à la civilisation qui leur paraissait la servitude : ils firent entrer dans cette confédération beaucoup de peuples, qui jusqu’alors avaient marché avec les Francs. Ils pénétrèrent ensuite dans la Franconie, ou la partie de la Germanie qui voulait rester franque, et ils la mirent à feu et à sang. De son côté, le duc Eudes d’Aquitaine s’était allié aux Neustriens ; en sorte que presque toute la Gaule s’armait contre les Austrasiens.
Charles Martel eut ainsi besoin de tout son talent pour la guerre, et de remporter de nombreuses victoires avant d’avoir recouvré et affermi son autorité. Il fut enfin reconnu, en 720, comme maire du palais des deux royaumes d’Austrasie et de Neustrie. Son père Pépin d’Héristal avait transporté le siège du gouvernement de l’Austrasie, de Metz à Cologne, et ce fut aussi dans cette ville que Charles Martel fixa sa résidence au milieu d’une population purement germanique, qu’il eut le talent d’appeler tout entière aux armes. Il réussit à faire de l’Austrasie une pépinière de soldats, qui l’emportaient sur les Neustriens, Bourguignons et Aquitains, déjà énervés, et sur les Frisons, Suèves et Saxons encore barbares.
Nous ne savons point comment il s’y prit pour y parvenir ; on ne nous a point dit quelle était la condition des paysans en Austrasie, à l’époque où, dans tout le reste de la France, les campagnes, cultivées uniquement par des serfs, ne pouvaient fournir des guerriers aux armées. Nous voyons seulement que, de 720 à 741, Charles Martel fut en butte à la jalousie de tous les peuples tant germains que gaulois ; que chaque année il fut obligé de se mettre à la tête d’une expédition nouvelle ; que tant qu’il vécut il combattit sans relâche, et que de toutes ces guerres il revint victorieux.
Les Sarrasins avaient conquis l’Espagne de 711 à 714, et y avaient détruit la monarchie des Wisigoths. Ils avaient ensuite passé les Pyrénées, en 720 ; ils avaient pris Narbonne, et ils en avaient massacré tous les habitants, Dès lors ils s’étaient répandus tour à tour dans les deux royaumes d’Aquitaine et de Bourgogne ; ils avaient envahi presque toute la Provence, et avaient poussé leurs incursions, tantôt jusqu’aux bords de la Loire, tantôt dans la Bourgogne propre jusqu’à Autun, et même jusqu’à Sens.
Les seigneurs du royaume de Bourgogne, qui comprenait la Provence, commençaient à contracter avec eux des alliances ; le duc d’Aquitaine, qui avait voulu leur résister, avait perdu ses états, et avait été obligé de venir implorer l’aide de Charles Martel, que jusqu’alors il avait combattu comme son ennemi. Charles en effet, rassemblant ses vaillants Austrasiens, marcha à la rencontre des Sarrasins. Il les atteignit un samedi du mois d’octobre 732, auprès de Poitiers.
Le général omeyyade Abdérame — les Omeyyades constituent la dynastie de califes gouvernant le monde musulman du milieu du VIIe siècle au milieu du VIIIe — conduisait leur redoutable armée, la plus nombreuse qui fût encore entrée en France. Elle consistait principalement, selon l’usage des Arabes, en troupes légères ; leur cavalerie se précipitait sur la pesante infanterie des Francs, et après une courte escarmouche, elle se dissipait, pour revenir bientôt à la charge. Pendant sept jours ces combats se renouvelèrent, sans lasser la constance des Austrasiens ; enfin, Abdérame fut tué, ses meilleures troupes se firent hacher sur le champ de bataille, le reste s’enfuit, et la France et l’Europe furent sauvées du joug des Sarrasins, par la grande victoire de Charles Martel.
La lutte entre les Francs et les Maures continua cependant longtemps encore dans les provinces du Midi ; elle fut signalée par la ruine de plusieurs grandes villes, entre autres par celle d’Avignon. En 737, Charles Martel vint attaquer les Sarrasins, dans la Septimanie, et pénétra jusqu’à Narbonne ; mais il traita toutes les villes de la province, comme s’il s’attendait à ce qu’elles se déclarassent pour les ennemis de la foi. Aussi, et peut-être également parce que, ignorant l’art d’attaquer et de défendre les villes, il ne voulait laisser aucune forteresse dans la province, Charles Martel rasa Nîmes, Agde et Béziers. Les révolutions qui, en 756, détachèrent l’Espagne de l’empire des califes d’Orient, et fondèrent à Cordoue le nouveau califat, épargnèrent à la France une lutte plus prolongée.
Mais Charles était à peine de retour d’une de ses expéditions dans le Midi, pour combattre les Sarrasins, qu’il était appelé à en conduire une autre dans le Nord, pour combattre tour à tour les Frisons, les Allemands ou Suèves, les Bavarois et les Saxons : ces derniers avaient reçu dans leurs rangs tous les Thuringiens, les Cattes ou Hessois, et les autres Germains qui n’avaient pas voulu abandonner le culte des anciens dieux de la Germanie.
Les guerres de Charles Martel contre les idolâtres du Nord et les musulmans du Midi prenaient le caractère de guerres religieuses, et il est probable que Charles était lui-même très dévoué à sa religion ; aussi montra-t-il beaucoup d’empressement à défendre le siège de Rome contre les Grecs et contre les Lombards ; cependant il croyait plus pressant de pourvoir aux frais de la guerre qu’à ceux de l’autel ; et comme le clergé seul possédait des richesses, il n’hésita point à y porter la main, dans les grandes nécessités, pour nourrir ses soldats. Les prêtres ne le lui pardonnèrent jamais, et ils déclarèrent que le héros qui les avait soustraits au glaive des idolâtres et au cimeterre des Sarrasins était à toute éternité livré aux flammes de l’enfer.
Pendant la plus grand partie de son règne, Charles Martel laissa les rois mérovingiens se succéder. Dès que l’un d’eux mourait victime de son intempérance, un autre était aussitôt tiré de quelque couvent pour le remplacer. Il en fut ainsi de Chilpéric II (roi de Neustrie entre 715 et 719, puis des Francs de 719 à 721), Clotaire IV (roi d’Austrasie de 717 à 719) et Thierry IV (roi des Francs entre 721 et 737). A la mort de ce dernier, en 737, Charles Martel laissa le trône vacant et gouverna seul les royaumes francs. Ce fut seulement son fils Pépin (Pépin dit le Bref, père de Charlemagne) qui donna à la Neustrie, en 743, un nouveau roi, nommé Childéric III — fils de Chilpéric II —, le même qu’il déposa en 751 pour s’emparer de la couronne.
Lorsque Charles Martel mourut en octobre 741, il partagea la monarchie entre ses fils, laissant l’Austrasie à l’aîné, Carloman, et la Neustrie, avec la Bourgogne, à Pépin, le plus jeune. Il avait encore eu d’une autre femme un fils, nommé Griffon, auquel il assigna un apanage fort limité, dont ses frères ne le laissèrent pas longtemps en possession. Ses fils avaient reçu une éducation très religieuse, et le dévouement à l’Église devint à chaque génération davantage le caractère de ce qui fut la lignée carolingienne : on leur vit déployer la même activité pour combattre tour à tour, au nord, les Allemands ou Suèves, les Bavarois et les Saxons ; au midi, les Sarrasins et le duc d’Aquitaine. En même temps, Carloman, sous la direction de saint Boniface, l’apôtre de la Germanie, fonda de nombreux évêchés dans la France orientale, et les dota richement, pour qu’ils fussent en quelque sorte des colonies chrétiennes, d’où la foi se répandrait parmi les peuples germaniques.
En 747, Carloman abandonna la guerre et la politique pour se consacrer lui-même à Dieu, comme moine ; il se rendit à Rome, où il reçut l’habit religieux des mains du pape Zacharie, et il fit ses vœux dans le couvent du Mont-Cassin. Pépin le Bref resta dans le monde, et réunit l’Austrasie et la Neustrie sous son gouvernement ; mais il y servit l’Église plus efficacement que ne pouvait faire son frère dans son couvent. Avant de déposer Childéric III, il prit soin de faire sanctionner par le pape Zacharie et par les évêques de France cette déposition.
-
Fraction - Ce camarade
-
Réforme du collège : la novlangue obligatoire
Les nouveaux programmes scolaires dévoilés le 13 avril sont riches en jargon pédagogiste estime Julia Sereni. Elle y voit le produit d’une idéologie qui s’attaque à la transmission du savoir.
« Aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». Non, ce n’est pas le titre de la brochure d’une secte post-Raélienne mais bien celui des nouveaux programmes de collège pour les langues étrangères et régionales (cycle 4, page 17). Ce jargon « pédagogiste » fait son grand retour dans les nouveaux programmes scolaires pour l’école primaire et le collège.
Ainsi, dans la section consacrée à l’éducation physique et sportive le lecteur apprend avec bonheur que l’élève ne nage pas, non, il « traverse l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » (page 22). Pas question non plus de s’adonner à de vulgaires jeux de raquettes, l’objectif c’est de « rechercher le gain d’un duel médié par une balle ou un volant » (page 23). Toujours dans cette section l’élève est invité lors des activités de combat à « vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifée ». Une prose digne des plus belles pages de Cinquante nuances de Grey.
Au-delà de ces citations absconses qui amusent et inquiètent les réseaux sociaux, ces programmes sont le révélateur d’une réalité bien plus inquiétante : la déconnexion consommée entre ceux qui les rédigent et les autres, qui les subissent au quotidien. En effet, comment ne pas s’inquiéter du fait que personne, au sein du conseil supérieur des programmes, n’ait perçu le caractère risible des intitulés et la vacuité du vocabulaire employé ?
Choix conscient ou non, l’emploi d’une telle novlangue est par essence le produit d’une idéologie déréalisante, c’est également un moyen de tenir à l’écart les parents en rendant, par l’utilisation d’un charabia scientiste, extrêmement compliqué ce qui pourrait être simple et clair. Au fond, les programmes sont réalisés non pas pour les élèves et les enseignants, mais bien au nom d’une certaine conception du système éducatif, d’une certaine idée de l’enfant. [....]
La suite dans le Figarovox
http://www.actionfrancaise.net/craf/?Reforme-du-college-la-novlangue
-
Cet ignare de François Fillon
Voilà ce que l'ancien Premier ministre a osé twitter :
En 1940, nous n’avons pas hésité à nous allier à Staline pour vaincre le nazisme et nous avons eu raison de le faire.
— François Fillon (@FrancoisFillon) 21 Avril 2015En 1940, l'URSS était alliée d'Adolf Hitler et en France, les communistes sabotaient les usines d'armement avant l'armistice et, au lendemain de l'armistice ils demandaient aux nazis le droit de faire paraître L'Humanité.
Ce n’est que le 22 juin 1941, lorsque l’Allemagne lance l’opération Barbossa destinée à envahir l’URSS, que ce pacte germano-soviétique prend fin.
Add : François Fillon vient de supprimer son tweet. Copie :
-
Qui osera dire la vérité ? Qui veut gagner des millions sur le dos des Français?
Entreprise de sidération, falsification sur fond de repentance et de masochisme: la guerre menée contre les peuples européens par la pensée dominante se vérifie encore après le dernier terrible naufrage de centaines de clandestins en Méditerranée. La faute à l’Europe, à son égoïsme, à son indifférence, à son refus de l’autre martèlent les bonnes âmes. La faute surtout à la déstabilisation terroriste de nombreux Etats africains, à la misère, et bien sûr à un manque de fermeté et de moyens dans la lutte contre les trafiquants, à une surveillance défectueuse des frontières. Alors que les Français et plus largement les peuples européens sont très majoritairement fermement opposés à toute nouvelle immigration massive, « nos » dirigeants (pro)bruxellois discutent de l’application de «quotas» de réfugiés dans chacun des 28 pays de l’UE. Cela sera évoqué lors du sommet européen extraordinaire qui se tiendra jeudi soir. Le secrétaire d’État aux affaires européennes, Harlem Désir, a demandé hier que les clandestins rescapés soient dispersés et «accueillis dans l’ensemble des pays de l’UE». Rappelons que l’opération de secours organisée par l’Italie de migrants en Méditerranée, baptisée Mare Nostrum, a permis de sauver 170 000 personnes en 2014. Clandestins qui n’ont pas été renvoyés, sont restés en Europe et dont l’exemple sert d’argument aux mafias de passeurs sans scrupules, et qui alimente les espoirs de dizaines de millions de candidats au départ vers les pays européens, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie…Pas toujours d’ailleurs dans un climat serein entre « damnés de la terre ». Si l’État islamique (EI) a diffusé dimanche une vidéo montrant l’égorgement en Libye d’au moins 28 chrétiens Éthiopiens (futurs migrants vers l’Europe?), il a été rapporté la semaine dernière qu’une quinzaine d’immigrés africains mahométans sont accusés d’avoir jeté par-dessus bord en pleine Méditerranée douze autres réfugiés chrétiens…
La vérité effraye médias et politiciens bien pensants qui s’emploient toujours à maquiller la réalité pour la rendre compatible avec leurs objectifs et leurs idéologie progressiste, mais aussi à réécrire pareillement l’histoire sous un angle souvent «négationniste», ne reculant devant aucune falsification.
Nous l’avons vu encore dimanche avec le « voyage mémoriel » de Jean-Marc Todeschini, ministre des Anciens Combattants , à Sétif (Algérie), pour commémorer le 70ème anniversaire ce que le FLN appelle « le massacre de Sétif », le 8 mai 1945.
En l’espèce non pas tant une manifestation qui a dégénéré mais une insurrection qui fut planifiée. Celle-ci a été certes, très durement réprimée, selon les vœux du général De Gaulle. Ce dernier pointa les connexions existant entre ce soulèvement et les émeutes de Damas en Syrie, y voyant la main des services secrets britanniques, et plus largement, des Etats-Unis lancés dans une entreprise de déstabilisation de l’empire français. C’est dans ce contexte que le cheikh Chekib Arslan, un libanais sympathisant des Frères musulmans, lié à Messali Hadj, chef du Parti Populaire Algérien, lança officiellement un appel à tous les musulmans du Levant et du Maghreb pour combattre les « infidèles » au nom du djihad. Un appel qui fut entendu à Sétif.
La légende veut que 45 000 Algériens aient été alors exécutés par les Français le 8 mai 1945 et dans les semaines qui ont suivi, un mythe lancé par la radio du Caire, repris sans vérification par tous les grands médias. Un chiffre visant à frapper les esprits mais que ne vient corroborer la découverte d’aucun charnier, chiffre ramené entre 7000 et 8000 victimes par certains « historiens », estimation qui restent elle aussi toute aussi invérifiable . Quant à la commission d’enquête mise en place par De Gaulle et réunissant le cadi de Tlemcen, le général de gendarmerie Tubert, un résistant communiste et un avocat général, elle a évoqué environ 1500 victimes chez les insurgés. Insurgés qui assassinèrent 103 européens (dont des femmes violées, mutilées, des hommes éventrés, émasculés… ) et liquidèrent 800 musulmans fidèles aux autorités françaises.
Ambassadeur de France à Alger,Hubert Colin de Verdière, lors d’une visite à Sétif, le 27 février 2005, avait qualifié les «massacres du 8 mai 1945» de «tragédie inexcusable, à la suite d’un climat de peur, de manifestations», propos tenus à peu près dans les mêmes termes par Michel Barnier le 8 mai 2005. Le successeur de M. Colin de Verdière, Bernard Bajolet, affirmait pour sa part, à Guelma en avril 2008, que «le temps de la dénégation des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie est terminé». Quant à François Hollande lors de son voyage à Alger en décembre 2012, il s’était engagé à ce que la France procède à la reconnaissance des crimes coloniaux, évoquant « les souffrances de la colonisation »
Bruno Gollnisch l’a dit, il faut viser à établir les meilleurs relations possibles avec l’Algérie. Ce qui n’est pas chsoe aisée avec les dirigeants du FLN au pouvoir qui instrumentalisent à des fins politiciennes une guerre d’indépendance très mythifiée, et instillent à sa population depuis des décennies une propagande anti française censée occulter leur incapacité à assurer la prospérité des Algériens. Et il ne s’agit pas de nier les aspects les plus problématiques, voire condamnables de la colonisation française qui peut, qui doit être passée au crible d’une critique de droite, intelligente et fondée, que nous avons relayé sur ce blogue.
Pour autant, les mensonges, la flagellation antifrançaise systématique, quasi obligatoire, les insultes faites aux pieds-noirs, la repentance a sens unique, la vision véhiculée d’une France de Français systématiquement coupables, sont proprement insupportables et intolérables. Il serait donc totalement légitime que le gouvernement algérien fasse aussi un geste de normalisation de nos relations, d’apaisement et de réconciliation en condamnant les attentats, les tueries, les tortures de civils français aussi bien avant qu’après les accords d’Evian et bien sûr les massacres de harkis. On ne peut bâtir une relation saine et solide sur le mensonge et le ressentiment.
Une vérité que ferait bien de méditer dans un registre différent Manuel Valls, lui qui lancé vendredi dernier un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme doté de 100 millions d’euros. De quoi réjouir les gamellards des officines dites antiracistes et autres supplétifs de la police de la pensée, les copains des agences de com et de publicité, tous bénéficiaires directs ou indirects depuis des années de la générosité des gouvernements UMPS…avec l’argent des contribuables français.
M. Valls a dit vouloir faire face à la hausse « insupportable» des actes racistes en France. « Le racisme, l’antisémitisme, la haine des musulmans, des étrangers, l’homophobie augmentent de manière insupportable dans notre pays ». Selon Gilles Clavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, les 100 millions serviront à une « grande compagne de communication », à des actions au niveau local ; 25 millions seront engloutis chaque année au profit d’actions menées (par des associations amies) dans le cadre de la politique d’immigration, dite « politique de la ville ».
Bruno Gollnisch constate que les grands oubliés de ce plan contre le racisme sont encore une fois les autochtones Français et les Chrétiens, pourtant premières victimes dudit racisme. Français de souche désignés implicitement comme intolérants, racistes, rétifs à l’immigration et qu’il s’agit de mater. Manuel Valls l’a affirmé à la télévision portugaise, nous l‘évoquions: «La France possède l’arme nucléaire, il est hors de question que ce pays (sic) tombe entre les mains du Front National ». Bref si l’opposition patriotique remportait la présidentielle, elle serait annulée.
Une menace directe que le Premier ministre a réitéré vendredi : « Dans une France travaillée par le populisme, notre devoir est d’organiser le sursaut ». Sursaut d’un Système qui vacille, d’une idéologie antiraciste dont la nature illégitime, nocive et inquiétante se révèle chaque jour davantage aux yeux de nos compatriotes.
-
Journée régionale de Synthèse Nationale avec Konstantinos Boviatsos (Nieppe, 26.04)

-
Eléments #155: Faut-il haïr le communautarisme?

-
Charles Péguy, fils mal-aimé de la gauche française
Il y a 100 ans, Péguy était tué à la guerre. Ecrivain déroutant, il fut tour à tour socialiste et dreyfusard, puis fervent chrétien et patriote, sans rien renier de ses engagements initiaux. Incompris et caricaturé, la gauche l’a largement renié. Elle a eu tort.
Il fut le premier des écrivains reconnus à périr à la Grande guerre, quand le conflit faisait encore mouvement avant de s'enterrer dans les tranchées. Le 5 septembre 1914, alors que les armées se portent à la rescousse d'un Paris menacé, Charles Péguy est abattu d'une balle en plein front dans un champ près de Meaux. Il a 40 ans, et occupait jusqu'alors le grade de lieutenant dans l'armée de réserve.
Une fois sa disparition notifiée, un hommage unanime fut rendu à cette grande voix des lettres françaises, essayiste et poète, et à son sacrifice mené pour la défense de la patrie. Un siècle après, en revanche, les évocations de sa mémoire sont rares, en dehors du cercle des péguystes fervents (tel le Centre Charles-Péguy d'Orléans, qui vient d'ouvrir un musée à lui consacré). Notamment si on compare celles-ci avec l'abondante production éditoriale et médiatique mise en place pour le centenaire de l'assassinat de Jaurès.
Si leur influence était sans commune mesure (l'un fut chef de parti quand l'autre demeura relativement isolé), les deux hommes avaient été un temps liés d'amitié, partageant les mêmes idéaux socialistes, avant de mettre un terme brutal à leurs relations. Or les motifs du contentieux disent tout de la difficulté d'appréhender le personnage complexe qu'est Péguy, et sa réception toujours brouillée et problématique.
Rupture avec Jaurès
Au tournant du XXe siècle, Charles Péguy, qui était auparavant un des plus ardents animateurs de la défense socialiste de Dreyfus, commence à prendre ses distances avec Jaurès et par delà, tout le mouvement socialiste officiel. Alors que le député de Carmaux tente d’accommoder le marxisme avec la tradition républicaine, Péguy entend rester fidèle à un socialisme de tradition française, mélange de courants utopistes et des principes mutualistes d'un Proudhon ou d'un Leroux.
Chez lui, la vision ne s’embarrasse guère de conditions historiques et autre rapports de production, et mise avant tout sur la réforme morale et les liens coopératifs. Surtout, elle entretient une méfiance instinctive, quasi anarchisante, avec le pouvoir et la politique –dont les noces avec le socialisme sont susceptibles selon lui de conduire à des postures démagogiques, et notamment à la pire d'entre elles, la «démagogie intellectuelle».
Cette question tourne bientôt chez lui à l'obsession, et n'est pas étrangère à sa rupture avec la presse socialiste accréditée au profit du lancement de ses Cahiers de la quinzaine, avec pour devise «Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste». Lancée avec beaucoup d'ambition mais peu de moyens, la revue propose à chaque numéro le traitement d'un grand thème par un auteur, mis en balance avec la publication in extenso de pièces et documents sur le sujet. Un peu l'ancêtre du «fact checking» d'aujourd'hui.
Péguy laisse sa santé dans l'aventure en assurant seul une partie de la rédaction –il multiplie les pseudonymes– en corrigeant les copies et en allant jusqu'à superviser personnellement la typographie. Il évite de justesse la faillite à de multiples reprises, les ventes ne parvenant jamais vraiment à décoller, à son grand désespoir.
Religiosité
Il faut dire que l'évolution personnelle de Péguy prend une tournure singulière: le socialisme utopique de ces débuts, dont les accents quasi évangéliques n'étaient pas sans évoquer le christianisme des catacombes, prend au fil des ans une tournure franchement religieuse. Aux prises avec de dures conditions matérielles, inquiet pour l'avenir de sa famille (il a avec son épouse, Charlotte Beaudoin, quatre enfants), Péguy succombe à la nostalgie de l'enfance dans ce milieu rural et pauvre des faubourgs d'Orléans, dont il s'était extrait par les vertus de l'école laïque et obligatoire. Voilà que devenu homme, il y revient, loue les qualités des âmes de jadis, paysans, ouvriers ou artisans préservés de la corruption moderne et des vices bourgeois.
Les accents qu'il prend dans son pamphlet L'argent (1913) annoncent parfois Orwell, autre électron libre, comme lui «anarchiste conservateur» et défenseur du bien commun (common decency), la dignité ordinaire des gens simples. Péguy s'interroge sur le peuple, entreprend de remonter à sa source, de faire résonner sa voix, son espérance, son credo. Habité par une foi qui maintenant déborde et le submerge, Péguy produit des milliers de vers, entendus comme les suppliques des damnés de la terre, remontant le fil du temps et la longue lignée de sa généalogie anonyme. On y croise la figure de Jeanne d'Arc, héroïne chrétienne et populaire par excellence, quand ce n'est pas Dieu lui-même qui médite sur la création du monde. Péguy reste en marge de l'Eglise (dont il critique la situation à la remorque des classes aisées), mais n’a de cesse de prier et se lance dans le pèlerinage. Mais pour son lectorat dont le profil type dessine un instituteur d'opinion radical-socialiste, l'évocation fiévreuse de la cathédrale de Chartres a quelque chose de déroutant : plus le profil religieux de Péguy s'affiche dans sa revue, et plus les désabonnements suivent.
Pour la guerre
Prise de distance politique avec les socialistes, suivie d'une crise mystique. Le dossier de Charles Péguy est d'ores et déjà chargé, mais c'est sur sa condamnation du pacifisme de Jaurès qu'achoppe aujourd’hui la rencontre avec les contemporains, le cantonnant dans l'enfer des auteurs étiquetés «réacs». Voyons ce qu'il en est.
Sur la guerre qui va venir interrompre brutalement le cours de la «Belle époque», on ne peut que donner rétrospectivement raison à Jaurès contre la plupart des acteurs de son temps. Percevant avec sagacité que la modernisation des armements risquait de faire payer aux nations un tribut particulièrement lourd, il tente de prévenir le conflit de tout son poids.
Péguy, lui, est persuadé depuis 1905 (date où il publie Notre patrie) et l'accumulation des incidents diplomatiques avec l'Allemagne que la France ne coupera pas à la guerre, et plaide pour un réarmement autant militaire que moral en vue du conflit. Sa méfiance envers la technique industrielle –il oppose le travail soigné de l'artisan du bois à la production en série de l'acier, matière «prostitutionnelle» par excellence– et sa conscience de la barbarie toujours afférente chez l'homme auraient pu le prévenir davantage. C'est la thèse de son disciple et proche Romain Rolland, qui fuira en 1914 le bellicisme ambiant pour publier depuis les alpages suisses son fameux Au-dessus de la mêlée, qui lui vaudra l'admiration de Gandhi: Péguy n'aurait été sur ce coup-là pas assez «péguyste», n'aurait pas été au bout de sa logique et aurait ainsi manqué l'intuition de l'orage d'acier qui allait s'abattre sur l'Europe.
Mais Péguy a alors l'esprit ailleurs: nourri des vers héroïques de Hugo et Corneille, il voit dans la guerre une «épreuve de vérité» où toutes les mystiques françaises, celle de Saint-Denis comme celle de 1789, ont ensemble rendez-vous avec leur destin. Tout à sa fièvre belliciste, il voue aux gémonies le pauvre Jaurès, lui prédisant un sort mauvais:
«En temps de guerre, il n'y a plus qu'une politique, et c'est la politique de la Convention nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la politique de la Convention nationale c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix.»
Une rhétorique terrible, quand bien même elle fut fort répandue à l'époque. Même les thuriféraires les plus ardents de Péguy prennent aujourd'hui leur distance avec cette agressivité à l'endroit de l'ancien mentor. Pour noircir le tout, Vichy tentera de récupérer sa figure, en évacuant le penseur pour ne retenir de lui que les traits édifiants du paysan chrétien mort à la guerre. L'affaire Péguy semble dès lors entendue, et son cas irrécupérable.
Contre l’antisémitisme
L’instrumentalisation de Péguy par Vichy tenait pourtant largement de la fraude et du contresens, rappela Jean Bastaire, intellectuel chrétien et socialiste libertaire, dans un livre, Péguy contre Pétain. Le cénacle gâteux de la station thermale, compromis avec l'occupant, n'aurait pu que répugner à Péguy l'ardent républicain. Relisons l'admonestation de Péguy au sujet de l'éternelle querelle de la guerre juste, qui sonne comme un avertissement à l'endroit de la collaboration et l'abandon des principes:
«L’idée de la paix à tout prix (...) c’est que la paix a un prix unique à ce point que mieux vaut une paix dans l’injustice qu’une guerre dans la justice. Dans le système Droits de l’homme (et je n’ai pas besoin de le dire dans le système chrétien), un ordre fondé sur l’iniquité n’est pas un ordre; une paix fondée sur l’iniquité n’est pas une paix...»
On comprend mieux sur ces mots qu'une partie de la résistance se soit aussi réclamée de lui, à commencer par Charles De Gaulle qui salua les Français libres rassemblés à Londres en citant la prière de Péguy tirée d'Eve:
«Mère, voici devant toi tes fils qui se sont tant battus...»
Autre point primordial, Péguy restera toute sa vie un opposant farouche à l'antisémitisme, qui contaminait pourtant à l'époque non seulement la droite mais aussi une partie de la gauche.
«C'est pas facile d'être juif. Avec vous. Et même sans vous», déclare Péguy aux antisémites. «Le seul de mes créanciers qui se soit conduit avec moi (…) avec la dureté, avec la cruauté d'un usurier de Balzac n'était point un Juif. C'était un Français, j'ai honte à le dire, on a honte à le dire, c'était hélas un «chrétien» trente fois millionnaire. Que n'aurait-on pas dit s'il avait été juif?»
Cette philippique est extraite de Notre jeunesse, son essai le plus célèbre, rédigé au temps de la maturité, en 1910. Alors que les nationalistes se réjouissent de son virage chrétien et patriotique, Péguy se refuse dans le livre à condamner ces engagements passés, mieux, il en fait l’apologie, et juge qu’il leur est au fond resté fidèle. Au sujet de la défense de Dreyfus, dit-il, «tout au fond nous ne voulions pas que la France fut constituée en état de péché mortel.» Lui est resté pur, mystique, à la différence de ceux qui se livrent à de la politique, qui convoitent le pouvoir pour lui-même, qu’ils soient du Parti socialiste ou de l’Action française. Le livre évoque longuement à l’inverse la figure pour lui tutélaire de Bernard Lazare, pionnier du dreyfusisme, journaliste, anar et israélite, «cet athée ruisselant de la parole de Dieu». Péguy le décrit comme un descendant lointain des prophètes d’Israël, chargé de rappeler constamment au peuple complaisamment soumis aux puissances de l’heure le prix de la vérité. Qu’un écrivain de ce temps et de ce milieu ait ainsi l’intuition de la puissance subversive du judaïsme prophétique reste quelque chose d’unique, qui lui vaudra plus tard l’admiration du philosophe et kabbaliste Gershom Scholem.
Un style unique
Enfin, Péguy rédige d’une facon singulière, des bouts de phrases inlassablement repris, policés, précisés, comme les gestes d’un artisan, comme sa mère qui s’épuisait à gagner sa vie en rempaillant des chaises à Orléans. Un style répétitif et hypnotique, attaché à arracher le voile d’illusion de la vie moderne et de la domination bourgeoise sur les esprits, qui fascina des philosophes comme Daniel Bensaid ou Gilles Deleuze, peu suspects de conservatisme.
Malgré sa sévérité, ses excès, Péguy touche par son entière sincérité, sans calcul, perpétuellement tiraillée entre l’espoir du changement et la préservation de l’ héritage. Une recherche qui peut rencontrer aujourd’hui quelque écho, en ces temps de déshérence idéologique, après l’écroulement des grands mythes progressistes. Montrons-nous donc indulgents pour Péguy, cet enfant entêté et mystique, ce chrétien avide de fraternité, qui refusait de croire à la damnation éternelle. Après tout, nous autres modernes, avons aussi beaucoup à nous faire pardonner.
Samuel Bartholin - Slate :: lien