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Importance de Maurice Barrès

Jamais Maurras ne parvint à le pousser jusqu'au nationalisme intégral. Maurice Barrès (1862-1923) s'attira pourtant les hommages répétés du Martégal, qui saluait son évolution intellectuelle à l'inverse de celle de Rousseau, de Chateaubriand et des romantiques.
Trop souvent négligé et méconnu, Maurice Barrès, un des plus grands prosateurs français, passe pour une sorte de dandy, de romantique avec un panache nationaliste. Il a séduit une certaine droite anarchiste qui le lit d'une manière trop superficielle. Du Culte du Moi au Roman de l'énergie nationale, quelle évolution ! La jeune école d'Action française reconnut sa dette envers celui qui, avec La Terre et Les Morts, "inventa", en quelque sorte, le nationalisme.
Seule faiblesse
Sa seule faiblesse fut l'incapacité de pousser l'amour de la France jusqu'à ses conséquences ultimes, jusqu'au nationalisme intégral, c'est-à-dire à la monarchie. Jamais Maurras ne put convaincre - et Dieu sait qu'il ne ménagea pas pour cette tâche sa puissance dialectique - de renoncer à la République celui qui fut député boulangiste et antidreyfusard (1), membre de la Ligue de la Patrie française, puis de la Ligue des patriotes, député de 1889 à 1893 et de 1906 à 1923. À sa mort, il siégeait à la Chambre au sein de l'Entente républicaine démocratique.
Lors des funérailles nationales de Barrès, Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, le compara à Chateaubriand en disant que le destin de Barrès lui paraissait « plus grand et meilleur ». Écoutons le commentaire de Charles Maurras :
« Voilà la vérité. Elle a été dite aux funérailles de Barrès par un ministre de la République, M. Léon Bérard. Cette vérité essentielle, il n'y a qu'à la pousser un peu pour comprendre que l'histoire intellectuelle de Barrès représente l'évolution inverse de celle de Rousseau, de Chateaubriand et des Romantiques : avec des éléments de même substance, Barrès a abouti en art, en morale, en politique, aux compositions qui renversent les thèses et les termes de tous ces "fameux musiciens". Tous les aveugles cherchent à instituer des analogies entre l'individualisme collectif du kantien Fichte, où le moi déifié divinise une race, et les constructions précises, positives, concrètes, physiciennes où l'analyste français, loin de conférer à sa race les attributs de Dieu, découvrait et sentait vivre dans son moi, cette race, cette province, cette famille qui lui versaient le suc nourricier et la force génératrice ! Nous avons tous joué du philosophème allemand au sortir du collège ou de la Faculté, mais Barrès est bien des premiers qui s'en soit affranchi ; même au temps où, avec la simplicité de son âge, il se figurait en être captif, comme il en était loin, ce moraliste français d'une ligne si pure ! » (2)
Dans un autre article, Barrès ou l'homme du rempart (3), Maurras montrait la perte que venait de subir la France dans un homme capable d'influencer dans le bon sens la politique allemande de la République. Il ajoutait, parlant de l'écrivain :
« Vers 1885-1888, quand il apparut, il était temps ! L'anarchie littéraire hésitait, comme une bacchante, des derniers disciples de Hugo aux derniers imitateurs de Zola. Si l'impressionnisme, le naturalisme et toutes les autres formes d'un romantisme dégénéré ont été vaincus devant l'intelligence française durant la décade suivante, c'est à Barrès, à Barrès seul, qu'est dû le principal honneur du triomphe ; et son triomphe venait beaucoup plus de la nature et de la qualité de l'écrivain que de son calcul et de sa volonté. »
Léon Blum
Et pour finir, nous laisserons la parole, une fois n'est pas coutume, à un homme qui n'est pas tout à fait de notre famille d'esprit ! Dans La Revue Blanche, le jeune avocat Léon Blum, malgré ses préjugés idéologiques qui le font pencher vers Zola, donne la primauté à Barrès :
« Je sais bien que Monsieur Zola est un grand écrivain ; j'aime son oeuvre qui est puissante et belle. Mais on peut le supprimer de son temps par un effort de pensée ; et son temps sera le même. Si Monsieur Barrès n'eût pas vécu, s'il n'eût pas écrit, son temps serait autre et nous serions autres. Je ne vois pas en France d'homme vivant qui ait exercé, par la littérature, une action égale ou comparable. »
GÉRARD BAUDIN L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 21 mai au 3 juin 2009
1 - Cf. Correspondance Barrès-Maurras, La République ou le Roi, édition établie par Guy Dupré, Plon, 1965.
2 - L'Action Française, 9 décembre 1923, repris dans Maîtres et témoins de ma vie d'esprit, Flammarion, 1954.
3 - L'Action Française, 7 décembre 1923.

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