
À la page 19 de son magazine institutionnel du printemps 2026, le département des Yvelines consacre un dossier aux mineurs non accompagnés (MNA). Le lecteur y découvre les parcours de Derick, Issouf ou Mamadou, présentés comme autant d'exemples d'intégration réussie. Le département met en avant leur apprentissage du français, leur insertion professionnelle et leur contribution future à l'économie française. « Ils sont nos futurs plombiers, boulangers, maçons », explique ainsi Jérôme Deville, chef du service MNA.
Le dossier rappelle également que l'accueil des mineurs non accompagnés constitue une obligation légale pour les départements et souligne une augmentation de 50 % du nombre de jeunes pris en charge depuis fin 2022. En revanche, aucun chiffre précis n'est communiqué sur le nombre de MNA présents dans les Yvelines ni sur le coût de cette politique publique pour les contribuables.

Magazine des Yvelines n°58
Une facture qui peut atteindre 50 millions d'euros par an
Pourtant, ces données existent et le phénomène a connu une croissance spectaculaire au niveau national. Selon une étude publiée en avril 2026 par l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID), le nombre de mineurs non accompagnés pris en charge par les départements est passé d'environ 4.000, au début des années 2000, à plus de 40.000, aujourd'hui. Une augmentation supérieure à 900 % en vingt ans qui a profondément transformé les missions de l'aide sociale à l'enfance et alourdi les budgets des collectivités. À l'échelle nationale, le coût de leur prise en charge atteignait déjà près de 2 milliards d'euros pour les départements dès 2018.
Selon les informations publiées par Actu.fr à l'occasion de la présentation des futurs villages d'accueil, les Yvelines prendraient actuellement en charge entre 800 et 1.000 mineurs non accompagnés. Or, selon l'étude de l'OID, le coût annuel moyen d'un MNA s'élève à environ 50.000 euros. La prise en charge de ces jeunes représenterait donc entre 40 et 50 millions d'euros par an pour les finances départementales. Un montant qui n'apparaît nulle part dans le dossier publié par le département.
Un dispositif sous tension
L'étude de l'OID met également en lumière plusieurs réalités peu évoquées dans la communication institutionnelle. Les personnes se déclarant mineures isolées sont aujourd'hui des hommes dans 93,2 % des cas. Plus frappant, encore : seuls 23 % des individus se présentant comme mineurs sont finalement reconnus comme tels à l'issue des procédures d'évaluation.
L'organisme estime également que 15 à 20 % des places occupées par les MNA au sein de l'aide sociale à l'enfance le sont au détriment de mineurs français relevant, eux aussi, de la protection de l'enfance.
Conseiller départemental des Yvelines, Olivier de La Faire estime que la communication du département occulte une partie de la réalité. « Ceux qui sont présentés dans le magazine sont très bien présentés, mais ce n'est pas le cas de la majeure partie de ceux que nous avons sur le territoire », explique-t-il à Boulevard Voltaire. Selon lui, « on est en train de pallier un manquement de l'État » en prenant en charge des jeunes qui relèvent avant tout d'une politique migratoire nationale.
Par ailleurs, une fois leur situation régularisée, certains de ces jeunes peuvent bénéficier des dispositifs de regroupement familial prévus par le droit d'asile, permettant dans certains cas l'arrivée de membres de leur famille en France.
Cinq villages d'accueil pour 34 millions d'euros
Face à l'augmentation du nombre de MNA et à l'interdiction de leur hébergement à l'hôtel depuis la loi Taquet de 2022, les Yvelines ont choisi d'investir dans de nouvelles structures dédiées.
Le magazine évoque ainsi la création de cinq villages d'accueil destinés aux mineurs non accompagnés. Mais là encore, aucun montant n'est indiqué. L'investissement global s'élèverait pourtant à 34 millions d'euros. Le premier village ouvrira au printemps à Mantes-la-Jolie et les autres doivent suivre dans les prochaines années.
Ces investissements viennent s'ajouter aux dépenses de fonctionnement déjà supportées chaque année par le département.
Une politique qui interroge jusqu'à droite
Cette communication très favorable aux MNA intervient dans un contexte politique particulier. Depuis plusieurs années, Pierre Bédier, président LR du département, fait l'objet de critiques récurrentes concernant sa gestion des questions migratoires et communautaires. Plusieurs enquêtes de presse, notamment de Marianne et du Canard enchaîné, ont alimenté les débats sur ses relations avec certains acteurs associatifs ou religieux controversés.
Pour Olivier de La Faire, le magazine départemental participe d'une forme d'angélisme. « On essaie de mettre la poussière sous le tapis en ne parlant pas du budget et en ne montrant que le côté positif », regrette l'élu. Avant de conclure : « On essaie de montrer que c'est une chose normale. »
Or, derrière les quelques récits de réussite individuelle mis en avant par le département se cache une réalité budgétaire, sociale et migratoire dont les Yvelinois n'auront trouvé aucune trace dans les pages du magazine déposé dans leurs boîtes à lettres.