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Jacques Myard : « Avec Assad qui comprend le français, c’était direct ! »

De retour de Damas, le député UMP des Yvelines raconte son entretien avec Bachar al-Assad et expose les raisons qui l’ont poussé à partir. 
Votre visite n’a-t-elle pas été mise en scène par le régime syrien ? 
Évidemment, c’était son jeu. Notre échange a duré une heure et demie. Le président syrien comprend le français. Il était d’un grand calme, maîtrisait parfaitement la situation, avec un discours structuré. Nous avons posé toutes les questions que nous souhaitions, sans aucun filtre. C’était direct. Nous avons parlé des gestes que Damas doit faire en matière de droits de l’homme. Sans savoir s’il y a un lien avec cette conversation, l’opposant Louay Hussein a été libéré sous caution, le 25 février. C’est un premier pas. Il y aura d’autres suites bénéfiques à notre voyage. 
Soutenez-vous Bachar al-Assad ? 
Je ne suis pas son avocat ! Il a sa part de responsabilité dans le conflit, mais il n’est pas le seul. La diplomatie, c’est l’art de parler, y compris avec les gens que l’on n’aime pas. Nous nous sommes illusionnés sur les opposants dits “modérés”. On nous a dit qu’Assad allait tomber. Il est toujours là. Qu’on le veuille ou non, il est devenu un élément incontournable pour trouver une solution. Je viens d’apprendre que le groupe Hazm, qui a bénéficié de l’aide des États-Unis et vraisemblablement de la France, a rallié les terroristes islamistes du Front al-Nosra. Si la France refuse de changer de politique, elle ira dans le mur. 
La situation évolue-t-elle vraiment ? 
Oui, les choses bougent. Des contacts sont noués entre les autorités syriennes et les Américains. J’ai même croisé un procureur américain sur place. Nous avons également appris qu’un État arabo-musulman emblématique va bientôt renouer ses relations avec la Syrie. D’autres pays sont en contact avec Bachar al-Assad. À terme, si la France continue de s’obstiner, elle sera le seul pays à ne pas pouvoir dialoguer avec Damas. Si elle continue de parier sur l’élimination d’Assad, ce sera le chaos dans toute la région. Le Liban sera balayé. 
Le gouvernement a-t-il été prévenu de votre initiative ? 
Toutes les personnes qui devaient être informées l’ont été. Nous avons donné un coup de pied dans le politiquement correct. S’il fallait retourner à Damas, je le ferais immédiatement. Lors de la guerre d’Algérie, on avait reproché à de Gaulle de traiter le FLN de « terroriste ». C’était vrai, mais nous avons été obligés de négocier avec lui. On ne conduit pas la politique étrangère au nom d’une posture morale mais au nom de nos intérêts. 
Comment comptez-vous maintenir la pression ?
Elle se maintiendra d’elle-même, car rien n’est résolu. En fermant toute porte de sortie et en vociférant, le gouvernement a montré un manque d’intelligence face à la situation. En politique étrangère, il faut toujours avoir un plan B. Certains disent que Laurent Fabius commence à bouger. La balle est dans son camp. 

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