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19/05/2017

Au bonheur des vestes retournées

La nomination d'Édouard Philippe comme Premier ministre ce 15 mai a aussitôt donné lieu à une réaction alambiquée de son mentor Juppé. Ce petit événement confirme à sa manière le projet présidentiel. Faussement réconciliateur il s'inscrit en fait dans une continuité assez repérable.

Il ne s'agit pas seulement de la volonté des derniers survivants de la démocratie chrétienne et des rogatons barbus de nos plus anciens partis de revenir aux régimes des IIIe et IVe république.

Il s'agit plutôt d'une conjonction, que certains nomment énarchie, d'hommes issus de la même école technocratique tous désireux de gommer le rôle des élus. Cette identité de formation et de réseau, à Matignon et à l'Élysée, s'est rencontrée 3 fois en 59 ans de Ve république, 6 ans de gouvernement en tout : Giscard-Chirac entre 1974 et 1976, Chirac-Juppé entre 1995 et 1997, Chirac-Villepin entre 2005 et 2007. Aucun de ces attelages n'a laissé le souvenir d'une réussite.

Dans cette réitération de l'expérience, tant le Premier ministre, que l'équipe de "compétences" dont il affirme vouloir s'entourer, resteront sur un siège éjectable jusqu'au 18 juin, date du second tour des élections législatives.

Certes ces gens peuvent l'emporter, car l'impopularité reste un plat qui ne se mijote généralement pas en 24 heures. Mais ils peuvent aussi perdre car trop de problèmes non résolus les assaillent, trop de promesses incertaines les alourdissent, trop de revirements cocasses ternissent leur crédibilité.

On a charcuté maintes fois la constitution de 1958, mais son article 24, à peine modifié en 2008 (1)⇓, dispose toujours que le parlement "vote la loi" et qu'il contrôle l'action du gouvernement."

C'est donc bien la composition des deux assemblées qui jouera un rôle décisif.

On présente en effet le nouveau chef du gouvernement comme un fils spirituel de Juppé, désormais au service de Macron. Cette petite famille s'étiquette elle-même de droite. Or, elle ne manifeste pratiquement rien de commun avec les références culturelles auxquelles on associe la droite. Ceci souligne aussi à quel point la gauche est démonétisée : autrefois tout le monde voulait être considéré comme "de gauche", aujourd'hui en dehors de Mélenchon et du parti communiste, on dirait que ce voisinage sent le poisson.

Juppé, sur BFMTV, souhaite donc "bonne chance" au nouveau premier ministre Édouard Philippe. "C'est un maire apprécié par la population de sa ville. C'est aussi un député qui connaît parfaitement les rouages" du pouvoir. "Je lui souhaite évidemment bonne chance. Cela dit, nous entrons maintenant dans une séquence nouvelle de la vie politique."

Sur cette séquence Juppé "le meilleur d'entre nous" – Chirac dixit : ce "nous" s'appliquait aux chiraquiens… – reste encore assez évasif.

Il affirme en effet qu'il soutiendra, pour sa part, "les candidats investis par LR et UDI". Le Juppé considère que c'est "à la lumière du résultat de ces législatives et des initiatives que le président de la République prendra" qu'il conviendra aux Républicains de fixer leur ligne. "Si la droite n'est pas majoritaire à l'Assemblée nationale, les citoyens ne comprendraient pas que nous soyons" dans une attitude de blocage, a-t-il lâché.

Attention, avant de prendre parti choisissons bine le camp du vainqueur, telle reste la formule prudentielle de ces gens qui ne finissent jamais les batailles dans le camp où ils les ont commencées, à moins d'avoir eu le temps de trahir deux fois.

Dois-je cependant l'avouer ? Leurs ralliements opportunistes me semblent prometteurs d'un débarras que l'on pourrait souhaiter plus généralisé encore. La combinaison, certainement très calculée, qui déterminera la formation du cabinet, qu'on doit nous annoncer ce 16 mai dans la journée, ne nous donnera qu'un aperçu de la manœuvre générale, pour une raison toute simple : les portefeuilles ministériels, étant promis pour demeurer peu nombreux, même si les ralliés se bousculaient en nombre au portillon du macronisme, beaucoup resteront dans l'antichambre du pouvoir et on se contentera de sourire de leurs professions de foi à géométrie variable.

La machine à identifier les impurs opportunistes en stigmatisant les ralliements restera sans doute à parfaire. Au peuple français, sur ce point, de se fier à son instinct. Il les sentira, nous devons l'espérer, comme les chevaux qui rejettent les mauvais cavaliers.

JG Malliarakis

Apostilles

(1) Issu de la réforme sarkozienne, le texte toiletté précise désormais le nombre de sénateurs qui ne peut excéder 348 et celui des députés qui reste limité à 577 soit un total de 925, pour parler au nom de 67 millions d'habitants, et il ouvre aux représentants des Français de l'Étranger, qui ne figuraient qu'au sénat, la voie de l'assemblée nationale.

http://www.insolent.fr/

 

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