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Merkel se meurt, Merkel est morte

Angela Merkel vient elle-même programmer le clap de fin de sa carrière politique. Tirant, avec un courage rare chez les politiques, la conclusion de ses récents revers électoraux, celle qui fut l'un des hommes politiques les plus puissants de la première partie du XXIe siècle referme la page d'une vie publique bien remplie sans paraître manifester la moindre émotion. Comme trois décennies plus tôt, le 9 novembre 1989 apprenant la chute du mur de Berlin, elle était rentrée tranquillement chez elle afin d'être en forme le lendemain matin au travail.

Merkel se meurt, Merkel est morte ! Bossuet me pardonnera ce plagiat sans lyrisme. Mais l'analyste politique ne peut que s'étonner de voir le chancelier allemand programmer son départ comme s'il ne concernait pas Angela Merkel - et quasiment écrire l’épitaphe d'une inconnue.

Peut-être, en définitive, le grand écart des opinions, voire des idées politiques aura-t-il été trop difficile. Fille d'un pasteur de l’Allemagne de l'Est que sa proximité idéologique avec le régime avait fait surnommer « le Rouge », Angela était devenue pour l'Allemagne tout à la fois le symbole du libéralisme achevé et de la réussite politique. Une petite fille de derrière le rideau de fer tutoyant les grands de ce monde, l'image était belle !

Une politique sans convictions

Nombreux, pourtant, sont ceux qui lui ont reproché de n'être pas politique, de n'avoir pas même de convictions très ancrées. Et sans doute était-elle plus pragmatique qu'animée par une flamme. Et cela a payé. Mais la flamme s'est éteinte.

Le grand écart encore ! On ne savait plus trop bien si elle se voulait chef de file de l'Union européenne ou la première des Allemands, et, dé part et d'autre, on finissait par la suspecter de n'être pas sincère. En définitive, ce pragmatisme l'a tuée. Et, depuis qu'elle a annoncé son retrait de la CDU et à terme de la politique, les candidats à sa succession se font légion. Avec d'autant plus d'avidité, sans doute, qu'elle avait également perdu son aura au sein de sa famille politique.

Sa retraite est certes sage, qui lui évite une chute brutale. Elle n'en est pas moins risquée. Car, des difficultés actuelles, Angela Merkel pourrait sortir par le haut. N'ayant plus de perspective politique, n'étant plus candidate à quoi que ce soit, il lui est donné, en quelque sorte, d'agir enfin sans tenir compte dû qu'en dira-t-on politicien. Les Allemands, pour beaucoup, et de plus en plus, l'attendent à ce tournant.

Il ne semble pas cependant qu'elle en ait, aujourd'hui, le courage. Tourner le dos au marasme européen, revenir sur sa politique migratoire, répondre enfin à l’appel de son peuple. Il lui faudrait sortir du chemin, somme toute bien balisé, dans lequel elle s'est enfoncée - au point sans doute de créer une ornière.

On en est très loin ! Pour complaire à ses partenaires d'un gouvernement pourtant en déshérence, elle a renforcé, ces derniers temps, sa politique d'immigration. Elle continue, de la même manière, d'évoquer un « nouvel élan » pour une Union européenne dont les peuples ne cessent de se détourner de plus en plus visiblement.

Comme tant d'autres de ses partenaires, Angela Merkel aura tout perdu pour avoir cru que l'on pouvait se passer des peuples. De son peuple. Celui qui - pourtant ! - vous a fait roi, et dont vous êtes le garant.

Stérilité des idéologie

Les grandes idées, fussent-elles généreuses, ne sauraient suffire. Car la case « élections » est toujours là. Et les électeurs veulent du concret et, pourquoi ne pas le dire ? de l'identité. Si l'on veut persister dans une voie contraire, il faudrait sans doute supprimer, à défaut des peuples, les élections.

Car c'est bien l’élection qui a sonné l’hallali pour Angela Merkel. Elle a eu l'intelligence de le comprendre sans attendre que d’autres résultats viennent aggraver sa situation. Mais elle part en laissant là les gravats. Pire ! Elle a passé la surmultipliée avant d'annoncer abandonner les rênes. C'est un triste pari sur l'avenir

Il y a pire, peut-être, sur le plan strictement politique. En prenant, au fil des années, le contre-pied des positions de la droite qu’elle était censée incarner, Angela Merkel a noyé les lignes de partage, rendu flou le paysage. Il n'y a plus guère aujourd'hui de différence réelle, sur le plan social notamment, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique. Ce n'est certes pas le cas de la seule Allemagne, bien au contraire. Mais c'est sans doute plus marquant à Berlin où le poids de l'histoire contemporaine avait pesé longtemps. La droite avait mis des décennies a s'affirmer, à faire admettre qu’elle ne portait pas, sous le fallacieux prétexte qu'il s'affirmait national, l'héritage d'un socialisme honteux.

En allant à Bruxelles, comme ses prédécesseurs allaient à Canossa, Angela Merkel a permis que l'on pointe du doigt cette revendication d'identité. Pour faire plaisir aux nouveaux maîtres, pour suivre leur mouvement, elle a cherché à la noyer sous les flots des migrants. Les électeurs ne s'en sont pas laissés conter pour autant. Ils ont redressé la tête, et Angela a perdu la sienne.

Hugues Dalric monde&vie 15 novembre 2018

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