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Myret Zaki La fin du dollar est programmée

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Propos recueillis par Patrick Péhèle

Myret Zaki La fin du dollar est programmée.jpegNée au Caire, Myret Zaki est rédactrice en chef adjoint du magazine économique suisse Bilan En trois ouvrages, UBS, les dessous d'un scandale, Le secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale et La fin du dollar, tous publiés aux éditions Favre, cette journaliste pugnace s'est imposée comme une des meilleures pédagogues de la crise financière. Pour elle, le dollar est devenue la plus grande bulle spéculative de l'histoire.

Éléments : Si on s'en tenait au titre de votre livre, La fin du dollar, et vu la crise que traverse actuellement l'euro, on pourrait penser que vous vous êtes trompée de sujet ou de monnaie ?

Myret Zaki : La première réaction de mes interlocuteurs lorsque mon livre a paru a été de me dire : vous auriez du écrire La fin de l'euro, et non La fin du dollar ! Pourtant, même aujourd'hui, je ne crois toujours pas à la fin de l'euro. Lorsque j'ai écrit ce livre, le consensus autour de la fin de l'euro était si écrasant que j'ai voulu, en toute conscience, expliquer que la véritable crise que nous vivons et qui explique les secousses de l'euro, c'est la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale. Cette menace-là agrège en réalité des intérêts convergents qui déstabilisent l'euro.

Vous expliquez que pour des raisons de survie du dollar, les intérêts américains ont convergé pour discréditer l'euro, en s'appuyant sur une faille, celle des petits pays périphériques de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, etc.).

Il fallait attaquer le ventre mou de la zone euro. En 2008, peu avant que la crise n'éclate, l'euro était devenu une monnaie tout à fait crédible aux yeux de l'OPEP les pays producteurs de pétrole. Il était très sérieusement question de libeller une partie des échanges pétroliers en euros. Ces discussions étaient très avancées. A l'époque, l'euro était à 1,60 dollar Les investisseurs avaient nettement confiance dans la dette européenne comme alternative crédible à la dette du Trésor américain. S'il y avait eu une dispersion massive des investisseurs au profit de la dette européenne, les taux d'intérêts de la dette américaine se seraient envolés vers des taux d'intérêts catastrophiques. La réalité, c'est que les États-Unis ne peuvent pas se permettre un taux d'intérêt ne serait-ce que normal. Ils sont à moins de 3 %. Un taux anormalement bas, pour une dette que je qualifie de défaillante. La Réserve fédérale américaine fait donc tout pour que ce taux reste bas. La dette américaine doit être perçue comme la plus stable et la plus sûre possible. Le dollar ne peut pas avoir d'alternative.

Votre livre ressemble quelquefois à un polar financier Vous racontez que tout a commencé par un dîner à New York avec les représentants des principaux fonds d'investissement de la place financière qui vont mettre en place cette stratégie offensive…

Dès la fin 2009, quelques fonds spéculatifs américains adoptent des positions vendeuses massives contre l'euro et sur la dette grecque. Mais à partir de février 2010, il s'agit d'une stratégie concertée. Ces positions massives avaient alerté le ministère grec des Finances, qui s'en était inquiété. Les spéculateurs avaient en effet délaissé leurs positions sur les marchés dérivés pour se consacrer uniquement à la vente à découvert de dettes souveraines grecques. Début 2010 effectivement, il y a cette rencontre, tout à fait routinière, où les principaux représentants des hedge funds se voient pour échanger des idées. Là, ils discutent très sérieusement - Georges Soros fait partie de ce groupe - de se concerter pour attaquer de manière coordonnée les petits pays de la zone euro, avec l'idée de produire un effet domino.

Une attaque qui va se faire par l'intermédiaire des fameux CDS (crédit défaut swaps), équivalent d'un contrat de protection financière inventé par la banque JP Morgan en 1994. Quel a été leur rôle dans la crise ?

Les CDS (crédit défaut swaps) sont un instrument redoutable une assurance contre le défaut de paiement d'un État dont la valeur augmente avec la hausse de la probabilité de défaut d'un pays. En accumulant beaucoup de positions vendeuses avec ces CDS, c'est-à-dire en pariant sur un effondrement de la valeur de la dette grecque, un petit groupe d'investisseurs a créé une sorte d'alarme sur le marché. Un mécanisme de panique a saisi les investisseurs, qui à leur tour ont alerté les marchés financiers au sens plus large. Ce sont ces ventes massives qui ont provoqué la hausse du taux d'intérêts, désormais réclamés par ces mêmes marchés, pour financer la dette grecque. Les taux à 2,5 et 10 ans ont explosé d'un coup, jusqu'à atteindre le taux ridicule de 20%, qui a fait sortir la dette grecque du marché pour être géré par le Fonds européen de stabilité.

Ces CDS ont-ils été réglementés ?

Pour les trois quarts d'entre eux, ce sont des titres qui se traitent de gré à gré, en dehors des bourses. En clair nous pouvons décider vous et moi de faire un contrat. Aucune bourse officielle n'enregistrera nos transactions ni ne recensera l'origine des ordres. Les décisions de réglementations de ce marché, pris il y a peu par l'Europe, ne concernent que 25 % de ce marché. Nous n'en sommes qu'au balbutiement d'une réglementation. Même si l'Europe voulait réguler ce marché, elle ne pourrait pas contraindre les places financières de Londres, New York et Hong Kong. Dans cette affaire, l'Europe a les mains liées.

Si l'on vous suit, le but de la manœuvre, c'était de vendre du dollar coûte que coûte ?

Au bout du compte, l'investisseur qui doit compartimenter ses risques en achetant de la dette sûre n'a que le choix du dollar qui reste en apparence le plus sûr. Attention : je ne suis pas en train de dire que les budgets de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande se portaient bien. Ces pays étaient dans des situations vulnérables, mais leur situation n'était pas pire que celle des États-Unis, du Royaume-Uni ou du Japon. Le Japon possède un taux de 200 % d'endettement, un niveau que la Grèce n'a jamais atteint, et arrive tout de même à se financer avec des notations honorables (même si ce pays a perdu son triple A). L’Angleterre possède toujours son triple A, ce qui est absurde pour un pays qui a frôlé la faillite, et qui continue à être en récession. La livre sterling est au plancher. Les agences de notation, toutes basées à New York, ont montré qu'elles n'étaient pas du tout objectives dans leur notation. Elles ont dégradé à Junk les pays de la périphérie de l'Europe, tout en gardant en triple A des pays comme l'Angleterre. Ce qui est totalement absurde. Et ce, alors que la zone euro est bien plus solvable que les États-Unis. Un grand nombre d'études l'ont montré. C'est un fait qui n'est pas contesté, même parmi les économistes les plus anti-européens.

À suivre

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