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Avenir de l’Europe: Bruxelles mise sur l’Afrique!, par Nicolas Bay.

La députée européenne Chrysoula Zacharopoulou (LREM) a les plus hautes ambitions pour le partenariat UE-Afrique... © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00908691_000032

Pour construire le monde d’après, la solidarité et l’inclusion sont les maîtres-mots des eurobéats...

Une tribune libre de Nicolas Bay, député français au Parlement européen (RN)

Le XIXème siècle avait assuré au monde que l’Europe, ses découvertes scientifiques, ses inventions, sa civilisation, allaient devenir, de gré ou de force, l’avenir de l’Afrique. En 2021, a contrario, l’Union européenne affirme que l’Afrique serait l’avenir de l’Europe. Dans un rapport paru en ce début d’année, intitulé « une nouvelle stratégie UE-Afrique – un partenariat pour un développement durable et inclusif », la commission Développement du Parlement européen présidée par une députée LREM proclame l’absolue « nécessité » d’unir étroitement notre continent à l’Afrique.

Cette « nécessité » reposerait sur une prétendue « proximité géographique ». Or, s’il est vrai que Bruxelles est à 1 600 km d’Alger, elle est tout de même séparée par 9 800 km de Johannesburg. Or, Moscou, désigné à mots couverts dans ce même rapport comme une des capitales du Mal avec Pékin, n’est qu’à 2 200 km de Bruxelles. L’argument de la géographie est à l’évidence un mauvais prétexte.

L’idée d’un vrai « partenariat », c’est-à-dire équilibré, ne résiste pas davantage à l’analyse. En effet, le rapport prévient d’entrée de jeu que « loin de vouloir promouvoir une idée européenne du partenariat, c’est bien la vision africaine qui a été le fil conducteur des consultations (…) les intérêts et priorités de l’Afrique doivent jouer un rôle central dans la refondation de notre relation ». Si ces « intérêts » et « priorités » sont « centraux » dans la relation, c’est donc que les intérêts et les priorités de l’Europe deviennent secondaires voire nuls. Et il ne faut pas chercher longtemps pour en trouver des exemples dans le rapport.

Un néo-colonialisme inconscient

Ainsi, celui-ci préconise qu’en cas de litige sur des investissements entre des États africains et des entreprises ou des États européens, ces derniers renoncent à porter plainte ou s’engagent à mettre un terme aux procédures déjà lancées.

Dans le domaine agricole, le rapport plaide pour « le droit à la souveraineté alimentaire » de l’Afrique. Mais voilà… le continent est massivement dépendant des exportations alimentaires européennes. Les subventions aux paysans de notre continent sont donc dénoncées comme faisant une concurrence dangereuse aux paysans africains. Comment y remédier ? En arrêtant la mondialisation ? Non, il faut —  prière de ne pas rire — encourager entre autres : « les échanges de connaissances et de bonnes pratiques entre les agriculteurs européens et africains, en particulier les contacts entre les jeunes agriculteurs, les femmes et les représentants des communautés rurales autour des méthodes de production durables et de la protection de la biodiversité ». Pendant ce temps, les Émirats arabes, la Chine, l’Inde et bien d’autres achètent des millions d’hectares de terres, notamment au Cameroun.

Le grand paradoxe de ce rapport qui prône la préférence africaine est qu’il décline tout au long des pages un corpus politique et philosophique progressiste typiquement occidental, celui de l’inclusivité, du multilatéralisme, des droits de l’Homme vus par Bruxelles, etc. Un néo-colonialisme inconscient, reposant sur l’absolue certitude de la supériorité morale du système européen sur tous les autres. Dans un style différent, Jules Ferry et ses « races supérieures » suivaient le même cap. À ceci près que la IIIème République voulait faire des Africains des Européens, et non l’inverse.

Le résultat de cette schizophrénie risque d’être dramatique pour l’Europe. Le rapport ne tergiverse pas avec l’intérêt de l’Afrique : les Européens doivent se préparer à payer comme ils n’ont jamais payé car « le succès du partenariat dépendra des enveloppes financières qui lui seront consacrées; (il faut) une action de soutien massif en faveur de l’Afrique ».

Bien naturellement, l’Europe doit accepter des « transferts de technologies » et autres « partages d’expériences » afin de se faire pardonner « le changement climatique » dont « l’Afrique n’est pas à l’origine (…) et est une des premières victimes ».

Donc aides massives en argent, en capitaux, en nature, mais également indemnités à verser au nom de la colonisation. En effet, il faut « permettre aux deux continents de recenser les legs des régimes coloniaux dans les relations actuelles et de négocier des mesures appropriées pour y remédier ». Rappel : l’UE et ses États membres versent 20 milliards d’aide à l’Afrique par an, soit 400 milliards depuis le début du siècle. L’équivalent d’environ deux ans et demi du budget de l’Union, mais il va falloir payer pour « Tintin au Congo » ou pour « Il est minuit, docteur Schweitzer ».

Un revenu de base vraiment… universel!

L’immigration ?  Le rapport est clair comme un matin de printemps dans le port de Lampedusa : « la réussite du partenariat passera par un renforcement substantiel des possibilités de mobilité ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris que le raz-de-marée est obligatoire, le texte avertit qu’il conviendra de « défendre le principe de non-refoulement » car « la migration constitue un instrument de développement durable ».

Enfin, l’Union « devrait permettre de participer au processus décisionnel en favorisant des structures garantissant la participation aux affaires sociales et politiques de groupes issus de la diaspora » africaine dans le cadre du partenariat. Et afin que cette diaspora se sente tout à fait à l’aise pour jouer son rôle central, il conviendrait que « les pays de l’Union européenne et d’Afrique s’attellent à réduire le coût de l’envoi de fonds (vers l’Afrique) à moins de 3 % ».

Les rédacteurs et signataires de ce rapport connaissent-ils vraiment l’Afrique, hors des ambassades et palais présidentiels ? On peut en douter. Ainsi, le rapport croit pouvoir possible de promouvoir en Afrique une « éducation sexuelle » dans le but de « transformer les normes de genre préjudiciables ». Bon courage ! Dans un autre genre, les jeunes européens, notamment les jeunes entrepreneurs, devraient pouvoir faire des stages en Afrique afin « de la comprendre » mais aussi afin de se former « aux processus d’intégration respectifs ». Sans oublier, bien sûr, l’indispensable « plan vert » commun avec l’Afrique dont l’un des éléments serait « une stratégie de la ferme à la table » (sic) !  Enfin, sommet du document dont on peut se demander s’il a été écrit par des fous ou si, au fond, tout cela ne serait pas une immense plaisanterie, la commission préconise à terme la distribution en Afrique comme en Europe d’un… revenu de base universel !

Perdus dans cet océan de délires, surnagent les débris d’une pensée géopolitique. En choisissant de s’unir avec un continent encore largement sous-développé, le moins connecté du monde au réseau électrique, le moins alphabétisé, le plus pauvre, aux gouvernements souvent corrompus, aux nations de bric et de broc, l’Union européenne imagine faire pièce à la Chine et à la Russie. C’est écrit en toutes lettres dans le rapport : faire de la « nouvelle route de la soie » qui passe par l’Afrique, une impasse. La Chine et la Russie sont accusées de ne songer qu’à leurs intérêts. Crime absolu dans le monde multilatéral, pacifié et post-politique de l’UE prônant à tour de bras les valeurs de l’inclusivité et des nouvelles normes sociales, de genre, industrielles, commerciales, environnementales, etc.

En outre, s’appuyer sur l’Afrique pour se fabriquer un avenir au motif que ce continent connaît une « forte croissance démographique qui devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies » alors que nous, Européens, ne faisons presque plus d’enfants, heurte la raison la plus élémentaire.

Ce choix idéologique et caricatural d’une certaine vision de l’Afrique est celui de Bruxelles et ne respecte d’ailleurs pas le continent africain puisqu’il consiste avant tout à vouloir y plaquer notre vision occidentale comme si elle était universelle, exportable et adaptable à toutes les civilisations. C’est finalement, encore et toujours, le choix de l’Europe de l’impuissance et de la repentance, de la sortie de l’histoire. Ce n’est pas le nôtre.

Député français au Parlement européen Vice-président du groupe « Identité et Démocratie »
 

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