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Puisque l'on fête le travail

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Les historiens sérieux de la Gaule, de Camille Jullian à Régine Pernoud mettent tous en lumière un fait essentiel. Ce trait traversa les siècles : ceux que l'école d'autrefois apprenait aux enfants à considérer comme leurs ancêtres, formaient un peuple d'artisans et de paysans, tous amoureux du travail bien fait. Quelques très belles pages de Péguy nous le rappellent, l'art des cathédrales du Moyen Âge ou le mobilier du XVIIIe siècle le confirment.

Leurs descendants actuels le sont-ils demeurés ? Les dirigeants de la république les respectent-ils vraiment ? On peut en douter au vu des débats sabotés, des oukases technocratiques et des agitations sinistres tournant autour de la non-réforme des retraites.

On doit d'abord s'interroger sur la réalité quantitative de leur assiduité au travail que l'on est supposé "fêter" en ce premier Mai. Globalement, voilà les chiffrages standards de temps hebdomadaire et d'âge légal de la retraite dans différents pays : Corée du Sud : 52 heures, 63-65 ans ; Royaume-Uni : 48 heures, 67-68 ans ; 
Suisse : 45-50 heures, 65 ans ; Grèce : 48 heures, 67 ans 
; Espagne : 40 heures, 65 ans ; États-Unis : 40 heures, 68 ans ; Belgique : 40 heures, 65-67 ans ; Finlande : 40 heures, 65 ans ; Italie : 40 heures, 67 ans ; Japon : 40 heures, 65 ans ; Canada : 40 heures, 65 ans Canada. 40 heures, 65 ans ; Serbie : 40 heures, 65 ans. Citons aussi : la Russie : 40 heures, 70 ans et Venezuela : 40 heures, 65 ans. La législation de l'Allemagne réunifiée a ramené la durée hebdomadaire à 39 heures, mais l'âge de la retraite est fixé à 65-67 ans, en Norvège la semaine est de 37,5 heures, mais l'âge de la retraite est fixé à 67 ans… La France fait figure de lanterne rouge avec sa semaine de 35 heures, et un âge légal de 62 ans qu'elle éprouve les plus grandes difficultés à hausser à 64 ans.

Aujourd'hui le pouvoir, adossé aux calculs économétriques de Bercy, a donc fait voter au forceps un nouveau texte qu'il n'a pas su négocier avec les représentants du travail. En droit, ceux-ci sont pourtant, depuis l'institution de la sécurité sociale en 1945, et même depuis la charte du travail de 1941, les administrateurs théoriques des caisses sociales et professionnelles en parité avec leurs partenaires de l'entreprenariat. On ne les a pas associés à l'élaboration de la loi. Au-delà des bureaucraties syndicales, unanimement regroupées, pour la première fois depuis des années, cet aspect de la prise de décision indispose évidemment la grande masse de l'opinion.

De plus, pour l'ensemble du système de protection sociale, la question des principes présidant à sa comptabilité a été posée dès 1952 par la Cour des comptes. Mais elle est, à ce jour, restée sans réponse. S'agissant de l'assurance vieillesse monopoliste, cette absence ne semble toujours scandaliser personne.

Une seule réforme sérieuse avait été initiée par le gouvernement Balladur en 1993 : elle tendait à imposer que les caisses et les branches soient séparées et que leurs comptes soient équilibrés. La première esquisse d'application donna cependant lieu à la crise de 1995, au plan Juppé et à la réforme constitutionnelle inepte de 1996. Nominalement les comptes sociaux relèvent du ministère de la Santé et des Solidarités : en réalité, ils sont pilotés de toute évidence par les bureaux du ministère des Finances.

Depuis, pas une seconde on n'a entendu parler, surtout pas dans la crise actuelle, ni de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, ni de son président. Celui-ci, inconnu du grand public et des médias a été "élu" par un conseil d'administration de mars 2022, "en présence" de l'obscur Laurent Pietraszewski secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail. Il s'agit du syndicaliste Éric Blachon.(1)⇓

En vérité, l'une des caractéristiques de la Macronie est aujourd'hui, plus encore que par le passé, qu'elle se moque de tout ce qui n'émane pas des structures de la haute administration et du pouvoir central parisien.

Depuis le XIIIe siècle et le règne de saint Louis, le Royaume des Lys avait reconnu, libéré et consolidé les institutions corporatives. Bien plus tard, au nom de la liberté du commerce et de l'industrie, les constituants avaient entrepris, au gré du décret D'Allarde – accepté par le roi en mars 1791, – de balayer un édifice devenu effectivement vermoulu, après 500 ans de bons et loyaux services. Ils ont par la suite achevé ce qui devint, hélas une œuvre de destruction liberticide par la loi Le Chapelier votée par l'Assemblée en juin. L'épisode de Varennes, allait écarter désormais Louis XVI de tout rôle réel dans le processus législatif, les révolutionnaires empêchèrent alors de substituer au vieil ordre corporatif aucune nouvelle institution professionnelle libre. Par la suite, Robespierre puis Bonaparte réprimeront pénalement toute tentative de reconstitution. À partir des années 1820 la société, lentement et difficilement, invente cette reconstitution nécessaire des liens concrets de la solidarité, sous forme de mutuelles d'abord puis de syndicats ; la première mutuelle connue était apparue à Grenoble en 1803 au sein de la profession des gantiers. Le code de la Mutualité ne fut promulgué qu'en 1898.

Quant à eux, les syndicats ouvriers ont vécu une tout autre histoire. La répression et l'interdiction faite aux gens de métiers de se regrouper pour la défense de "leurs prétendus intérêts communs" découlait de l'idéologie jacobine. La volonté de restaurer des associations professionnelles indépendantes constitua au contraire une part essentielle de la revendication contre-révolutionnaire. Elle fut portée par les légitimistes, puis reprise par le Comte de Chambord dans sa Lettre aux ouvriers de 1865, avant d’être théorisée plus tard par La Tour du Pin et ses disciples.(2)⇓

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On est en droit de penser que l'esprit de la Loi du 24 avril 1941 instituant la Fête du travail du Premier Mai entendait témoigner, face aux malheurs du temps, de cet esprit authentiquement solidariste, celui de la concorde sociale .

Au gré la mobilisation contre le report à 64 ans de l'âge légal théorique du droit à la retraite, on a pu mesurer à l'inverse combien tout cela se trouvait bousculé, par la technocratie régnante, sans discernement et sans considération pour les corps intermédiaires.

À défaut de représentants légitimes du travail français, cette "fête" fait la part belle aux dinosaures de la CGT, sans même parler des casseurs et provocateurs. Les communistes et gauchistes de toutes tendances se réclament toujours impunément des travailleurs. Le sont-ils réellement ? Poser la question revient à y répondre par la négative. Selon les nuances de rouge, ils tendent tous à exalter et à recommencer l'œuvre des deux continuateurs de Lénine, aussi bien Staline que Trotski. Dès mars 1921 Lénine et Trotski écrasaient la révolte des marins de Cronstadt. Et en 1931, alors que Staline avait institué sa dictature sans partage, liquidé la NEP et mis en route depuis quelque mois l'horrible processus de la collectivisation des terres, qui allait conduire à la famine, il déclarait la guerre à "l'égalitarisme", légalisant les privilèges de la nomenclature soviétique.

On fête donc le travail, très bien. Cessons de sacrifier au mensonge, à l'oppression et à l'imposture.

JG Malliarakis 

Apostilles

  1. cf. L'Insolent du 16 mars : "Qui a peur du 49-3"
  2. cf. son livre "Vers un ordre social chrétien".

https://www.insolent.fr/

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