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Affaire Depardieu : Les lynchages éthiques, ça n’existe pas

par Régis de Castelnau

La presse-système française aux mains de l’oligarchie, se fait désormais une spécialité de lancer de plus en plus fréquemment des lynchages médiatiques géants. L’aspect diversion pour détourner l’attention des véritables problèmes qui accablent notre pays, est une évidence. Il vaut mieux en effet clouer Gérard Depardieu au pilori, plutôt que d’informer sur l’effondrement politique, économique et sécuritaire de notre pays, sur la catastrophe qui attend l’Europe, sur la défaite de l’OTAN qui se profile et sur le massacre des enfants que poursuit résolument l’État d’Israël à Gaza. Et sur la guerre mondiale qui se profile.

Le journal Libération s’en est fait désormais une spécialité quasiment quotidienne. Après avoir apporté son écot au lynchage Depardieu avec une affaire obscure vieille de 41 ans (!), Voilà qu’il vient de réouvrir le procès de Louis Althusser meurtrier de sa femme il y a 42 ans ! Tout le monde a oublié Althusser, qui avait effectivement étranglé sa femme, permettant aux petits malins de l’appeler «aïe tu sers». Il avait été jugé pour ce crime mais reconnu en état de démence au moment des faits, avait fait l’objet d’un non-lieu. Quel intérêt de déterrer aujourd’hui ce fait divers ? Ah mais si, il y avait urgence quatre décennies plus tard, de qualifier le meurtre de la femme d’Althusser de «féminicide» !

Cette anecdote sur le cadavre de Althusser qu’on exhume est révélatrice de l’idéologie du bloc élitaire dans toutes ses composantes, en particulier celles des petits-bourgeois chargés de dispenser la bonne parole dans une presse aux ordres. Tout est bon pour toiser les couches populaires et leur donner en permanence des cours de morale. Y compris en prenant des libertés avec la simple vérité, en n’hésitant pas devant les anachronismes les plus stupides, et en piétinant gaiement tous les principes qui devraient gouverner normalement une société civilisée

Je me désintéresse depuis le départ de l’affaire Depardieu, sûr que ses péripéties ne font rien d’autre que dévoiler les tares médiatico-juridiques et mondaines de l’époque. Pourquoi l’acteur a été cette fois-ci choisi pour passer au tourniquet, je n’en sais rien. Et pour tout dire je m’en fous, il y a en ce moment, des choses beaucoup plus importantes que ce règlement de comptes. Et je pense qu’une majorité de l’opinion publique est de cet avis. Mais comme d’habitude la façon dont cette séquence se déroule témoigne de la dégradation rapide du respect des principes et de l’abaissement de l’intelligence chez ces professeurs de maintien qui ont table ouverte dans l’ensemble du système médiatique.

 Si ce n’est qu’en réaction à une pétition (que je n’ai pas lue) de soutien à Depardieu par des artistes (que je ne connais pas), je suis tombé sur plusieurs interventions présentant cette initiative en défense de l’acteur, comme le choix réactionnaire de l’Ordre contre le primat de la Justice, comme cela devrait être normalement le cas dans une société civilisée.

Passé le premier rire, et devant l’énormité de l’inversion, j’ai cependant souhaité revenir sur quelques éléments et donner un avis sur cette façon de présenter la dialectique Ordre et Justice. En général, les propos passent subrepticement d’une revendication de Justice à une revendication Éthique. Désolé mais ce n’est pas la même chose. Et l’éthique ici convoquée, permet de s’affranchir justement des principes et des règles de la Justice. C’est ce nouvel ordre que l’on cherche à imposer à base d’abandon de ces principes qui organisent précisément la primauté de la Justice sur l’Ordre. Alors bien sûr, en toute bonne conscience on va le faire au nom de la meilleure des causes. Quoi qu’on pense de Gérard Depardieu (j’insiste, je n’ai pas d’avis) force est de constater qu’il est l’objet d’un lynchage médiatique. Lequel obéit aux mêmes règles qu’un lynchage physique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de règles ! Cela s’appelle l’arbitraire.

Et c’est justement ce à quoi la Justice s’oppose. Procédure, présomption d’innocence, débat contradictoire, droits de la défense, mon Dieu que tout cela est encombrant. Alors que le nouvel ordre «éthique» des «on vous croit», «me too», et autres «balance ton porc» est tellement plus commode, tellement plus confortable, et surtout tellement plus gratifiant de s’en réclamer comme signe extérieur de richesse morale..

Malheureusement un lynchage est toujours un lynchage. Mais qui présente à chaque fois le même avantage, celui de recycler la formule de Tuco dans le film «Le bon la brute et le truand» : «à chaque lynchage, le monde est partagé en deux : il y a ceux qui se sentent au chaud dans la meute, et ceux qui préfèrent se mettre en face».

C’est comme ça, mais hurler avec les loups au nom «de la Justice contre l’ordre», c’est quand même un peu gonflé.

source : Vu du Droit

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