Après la pompe à air, la pompe à fric
L’argument santé ne convainquant guère, et après avoir imprudemment proposé une aide à l’achat d’une voiture électrique (la dernière a été supprimée par son gouvernement en début d’année), dont on imagine le coût pharaonique pour 12 millions de véhicules concernés, Agnès Pannier-Runacher a fait volte-face. Elle s’appuie, désormais, sur une note de la Direction générale du Trésor, qui alerte sur le coût supposé d’un retour en arrière. Après la pompe à air, la pompe à fric... Avec une touchante complaisance, BFM TV nous explique donc « pourquoi la suppression des ZFE pourrait coûter plus de 3 milliards d'euros à la France ». En réalité, plutôt aux alentours de 3,5 milliards, et ce, pour deux raisons. En premier lieu, en supprimant les ZFE, nous nous exposerions « à un risque de remboursement pouvant aller jusqu'à un milliard d'euros ». Le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher indique, par ailleurs, que la Commission européenne pourrait « considérer cette suppression comme une annulation d'engagements, ce qui mettrait en péril les prochains paiements de l'UE dans le cadre du plan national de relance et de résilience (PNRR) de la France ». On pourrait traduire ce galimatias technocratique par « pas de ZFE, pas de bon argent bruxellois ».
Or, comme l’explique Pierre Meurin, joint par BV, si le flou des déclarations peut laisser penser qu’il s’agit d’une perte sèche de subvention, « il ne s'agit pas d’un don mais d’un prêt. Donc, même si on le recevait, on devrait de toute façon le rembourser à horizon 2058. Ce n'est quand même pas tout à fait la même chose. » Le député RN s’étonne, par ailleurs, que le ministère balance un chiffre, sans d’ailleurs donner plus de précisions pour le justifier, sur le coût supposé du renoncement aux ZFE, alors que depuis trois ans, il a « demandé à plusieurs reprises une évaluation d'incidence des ZFE sur l’économie en général et sur la vie des personnes interdites de circuler en particulier ». Car « aucune étude d’impact ne figure dans la loi Climat et Résilience qui a instauré les ZFE. Sur 300 pages, cet aspect y est abordé sans détail sur une seule page. » Et s’agissant d’une mesure prétendant protéger la santé, Pierre Meurin estime que « l’on pourrait aussi étudier l’impact négatif des ZFE sur les millions de personnes qui ne peuvent plus se rendre à une consultation ou recevoir un médecin ou une infirmière ».
Des Français exclus des villes
Pour Samuel Lafont (directeur de la stratégie numérique de Reconquête), contacté par BV, « c’est le dernier argument trouvé par le ministère pour tenter de sauver un dispositif massivement rejeté par les Français. Plus personne ne le défend, à part le gouvernement, et même les écologistes se taisent. » Par ailleurs, « il ne faut pas oublier que l’argent de Bruxelles, c'est en grande partie notre argent. Donc, en fait, on nous dit "attention, vous n'allez pas retoucher votre argent si vous ne faites pas ce qu'on dit". » Et Samuel Lafont d’ajouter que sur les ZFE comme dans d’autres domaines comme la réglementation agricole, « on a fait de la "surtransposition". Nos technocrates nationaux ont mis en place des mesures extrêmement coercitives, allant au-delà de ce que demandait Bruxelles, sans aucune conscience de ce que veulent et endurent les Français. » « On nous parle, aujourd’hui, de 3,5 milliards, mais il n'y a pas que l'aspect budgétaire. Il y a surtout et avant tout des Français qui sont exclus des villes. »
L’entêtement d’Agnès Pannier-Runacher a d’ailleurs pour première conséquence de faire monter la mobilisation anti-ZFE dans le pays. La pétition déposée par Pierre Chasseray et 40 millions d’automobilistes a déjà recueilli près de 30.000 signatures. Par ailleurs, la Fédération des motards en colère, qui a rejoint le mouvement anti-ZFE des Gueux lancé par l’écrivain Alexandre Jardin, a appelé ses adhérents à des manifestations, dimanche 6 avril, dans une douzaine de villes.