(Chronique à lire dans Causeur d’avril)
Claude Malhuret est rigolo. Derrière le pâle sénateur centriste s’épanouit le blagueur de banquet. Il n’a pas son pareil pour faire glousser l’hémicycle du palais du Luxembourg. « Les formules, ça me vient comme ça ! », a-t-il expliqué après le succès de son discours du 4 mars, repris jusqu’aux Etats-Unis. En huit minutes, l’amuseur des notables avait torpillé Donald Trump (« Néron, empereur incendiaire ») et Elon Musk (« bouffon sous kétamine »). Déjà, le 10 avril 2019, il avait ravi son auditoire compassé quand, parlant des Gilets jaunes et de leurs « gouverneurs de ronds-points autoproclamés », il avait lancé devant ses pairs hoquetant de plaisir : « J’ai entendu plus d’âneries en six mois qu’en trente ans de vie publique ». Malhuret, c’est la banalisation du mépris pour la piétaille. C’est la morgue arriviste des puissants qui ridiculisent les faibles et ceux qui leur prêtent attention. Malhuret symbolise la caste accrochée méchamment à son rang : un monde trop vieux, menacé par les humiliés.
Dans son expression satisfaite d’une supériorité de classe, ce sénateur prisé des médias symbolise la rupture sociale au cœur de la nation et de l’Europe. Pourtant, ses plaisanteries boulevardières contre les « populistes » ne sont rien en comparaison de ceux qui appellent, sur ce même registre prolophobe, à éradiquer « l’extrême droite ». Tous ont comme ennemis communs les méprisés qui se rebiffent. Cela fait du monde. La décision de la commission électorale roumaine de rejeter, le 9 mars, la candidature du favori à la présidentielle, Calin Georgescu, jugé trop proche de Moscou, a été saluée par ces drôles de démocrates. LFI, dans son appel du 22 mars à marcher « contre l’extrême droite, ses idées et ses relais » a placardé Cyril Hanouna parmi ses cibles, représenté sur un visuel (ensuite retiré) avec les codes antisémites des nazis. Une élimination procédurière de Marine Le Pen pour la présidentielle comblerait d’aise les épurateurs. Ces dérives sont des pratiques totalitaires.
Les défenseurs de la « dictature de la pensée sociale-démocrate » (François Fillon) sont prêts à tout pour conserver leur pouvoir. Quitte à faire la guerre. Quand Emmanuel Macron décrit la Russie de Vladimir Poutine comme une « menace existentielle », ou quand François Bayrou reproche à Donald Trump de « rendre le monde plus dangereux », ils désignent deux épouvantails en espérant consolider leur socle. Or ce recours à la peur du « fascisme » signe l’échec à s’imposer autrement que par la soumission craintive, expérimentée il y a cinq ans avec le Covid. Alors qu’un processus de paix en Ukraine a été initié par le président américain, le président français a voulu, dans son discours anxiogène du 5 mars (« La patrie a besoin de vous ! »), s’entêter dans sa prédiction du 14 mars 2024 : « La Russie ne peut pas, ne doit pas gagner cette guerre ».
En réalité, la Russie a remporté cette guerre inutile. L’Ukraine, trahie par l’allié américain et lâchée par l’Otan, a perdu ses territoires occupés en dépit de sa défense héroïque. Conséquence : la défaite est aussi celle de Macron et des européistes, des perroquets à cartes de presse, des va-t-en-guerre en pantoufles, des supporteurs du ricanant Malhuret. Leur refus d’admettre les grandes mutations géopolitiques et civilisationnelles a, partout, attisé la radicalité des parias, ces exclus des sociétés ouvertes. A leur tour, ils pourraient vite devenir féroces.
Mes interventions de mardi sur Ligne Droite (8h40-8h50) et CNews (14h-15h)
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