Le physicien et enseignant Daniel Husson lance un véritable « appel à la raison » dans son livre Climat, de la confusion à la manipulation (Éditions L’Artilleur, 192 pages, 18 euros), dans lequel il explique avec une grande clarté pourquoi le réchauffement climatique ne sera pas insoutenable et ne conduira pas à une submersion des côtes maritimes.
En revanche, « l’humanité doit intégrer rapidement la finitude prochaine des ressources fossiles », ce qui rend « désormais urgent pour l’Homme de changer certaines de ses habitudes, trop nocives pour la planète et pour lui-même ».
L’auteur précise qu’il « ne roule ni pour le camp des pétroliers ni pour celui des partisans du nucléaire-seule-énergie-décarbonée », mais qu’il refuse tout simplement « de verser dans la sinistrose organisée qui joue sur les réflexes de peur dans le but d’imposer sans débat des choix de société contestables ».
Le GIEC en question
En 2023, le « rapport des rapports » du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) décrivait une situation d’extrême urgence qui ne manquait pas d’alimenter, surtout chez les jeunes, une « éco-anxiété délétère ». Le GIEC n’est pourtant pas « un club de scientifiques », mais une « assemblée politique » qui rédige des rapports à partir de contributions scientifiques.
De fait, les « simulations informatiques du climat global [reprises dans les rapports du GIEC] donnent de bien piètres résultats ». Les chiffres du réchauffement climatique avancés couramment — une augmentation « entre 1,5 et 4,5 degrés d’ici un siècle » — ne proviennent pas de simulations complexes, mais du « bon docteur Arrhenius », prix Nobel de chimie en 1903 !
« Au vu de ses piètres résultats, on se demande encore quel crédit accorder aux “scenarii” du GIEC, prophéties chiffrées qui semblent précises aux yeux du grand public, alors qu’elles sont basées exclusivement sur des extrapolations linéaires (la linéarité, c’est dire que 0,03 degré l’an dernier feront 3 degrés dans cent ans). »
Ce qui est avéré, c’est que « les mesures consignées de 1850 à 2016 donnent très exactement 1,09 °C d’augmentation sur cent soixante ans », mais « la machine climatique est tout sauf linéaire ». En effet, « la courbe des températures moyennes a été plate de 1850 à 1920, augmentant ensuite jusqu’en 1940 pour redescendre de 1940 à 1975 (!) avant de remonter depuis ».
Par ailleurs, « la puissante modération du climat par le radiateur de Planck reste largement ignorée des médias, des écologistes encartés et du grand public ». Les corps naturels rayonnant à la puissance quatre de leur température, si celle du globe augmentait de 1 %, la quantité de rayonnement renvoyée vers le cosmos augmenterait instantanément de 4 %, ce « qui entraînerait illico son refroidissement ! »
Une submersion fantasmée
« Contre la logique la plus élémentaire, la doxa du moment prétend qu’à cause du CO2, l’atmosphère voit sa température augmenter et que donc, mécaniquement, l’océan va suivre… Sommes-nous condamnés à écouter de pareilles sornettes ? […] Il suffit de savoir que cette masse d’eau salée vaut deux cent cinquante fois celle de l’atmosphère. » La masse des corps gouverne également ce type d’échange. « Thermiquement parlant, les océans sont mille fois plus “lourds” que l’air » et la proportion de molécules de CO2 dans l’air — quatre sur dix mille — n’y changera pas grand-chose.
« Partout sur la planète, c’est l’océan qui dicte sa loi à l’atmosphère, et non l’inverse. »
« Certains climato-alarmistes prétendent que l’eau douce des glaciers nordiques va empêcher les eaux “trop peu” salées du Gulf Stream de plonger dans l’océan Arctique. » Cette menace « est non seulement ridicule au regard des énergies en jeu », mais également « contre-productive dans l’argumentaire des alarmistes », car « un arrêt de ce courant marin signifierait un pôle Nord plus froid ! »
Dans l’Antarctique, où un record de froid de –98 °C a été enregistré le 30 janvier 2021, une perte de glace de la banquise a été évaluée à 150 kilomètres cubes par an entre 2002 et 2005, sur une masse totale de vingt millions de kilomètres cubes. « On peut transformer cette fonte en élévation de la hauteur d’océan sur le globe, le calcul indique 0,4 millimètre par an. […] Le socle Antarctique est en place depuis plus d’un million d’années, malgré des variations de température du globe considérables, et dans les deux sens, sans que la main de l’homme y soit pour quoi que ce soit. »
Dans le film célèbre d’Al Gore de 2006, il est avancé qu’il ne restait « que dix ans avant la catastrophe » et que le niveau de la mer bondirait bientôt de six mètres ! La cause principale du blanchiment des coraux était également attribuée au réchauffement de l’océan. « On le sait peu, mais en 2007 un tribunal américain a tranché net à propos des neuf “vérités” énoncées dans Une vérité qui dérange. » [La même année, l’ancien vice-président américain a obtenu, en compagnie du GIEC, le prix Nobel de la paix. Plus tard, il s’est lancé dans le négoce de certificats d’émission de CO2.]
« Rivés au fil de l’actualité, nous oublions que la montée des eaux a déjà eu lieu. Il y a quinze mille ans, nos ancêtres allaient à pied de Dunkerque à Londres ! Quant à l’évolution future, il est certain que cette montée des eaux du passé ne se répétera pas au cours du siècle prochain, puisqu’elle fut causée par la fonte de l’énorme couvercle de glace qui recouvrait les continents, du pôle Nord jusqu’à la latitude de Paris. Cette formidable calotte de glace n’a pas attendu le GIEC pour fondre, elle est déjà retournée dans le vaste océan mondial. »
Un carbone qui n’en peut mais
L’équation de l’équilibre radiatif de la Terre (le rapport des températures Terre/Soleil est égal au rapport des longueurs : rayon du Soleil sur distance Terre–Soleil) établit que notre planète peut voir sa température augmenter ou diminuer sous l’effet de trois changements : le diamètre de notre étoile, sa température de surface ou sa distance.
Daniel Husson dénonce « l’erreur du carbone-seul-coupable » du réchauffement climatique, car cet élément chimique n’explique ni les grandes oscillations thermiques du Pacifique (El Niño), « ni les glaciations multimillénaires, ni la douceur du Groenland médiéval, ni les carottes de l’Antarctique [prélevées dans des glaces vieilles de 650 000 ans !], ni le froid des Trente Glorieuses, pas plus que les événements Dansgaard-Oeschger [ces deux savants ont découvert que la température du Groenland a augmenté, il y a 11 500 ans, d’environ huit degrés en quarante ans, avant une phase de refroidissement] ou la stabilité obstinée de la température de la basse stratosphère ».
Par ailleurs, « le gaz carbonique étant un aliment pour les plantes, même à surfaces boisées constantes, davantage de ce gaz dans l’air augmentera la masse végétale. D’où, mécaniquement, davantage de CO2 absorbé chaque jour. »
Sortir des énergies fossiles
L’auteur plaide également pour une sortie résolue de « l’addiction aux hydrocarbures ».
« Il y a mille raisons impérieuses pour sortir des combustibles fossiles. Particules de suie qui tuent massivement, oxydes NOx ou particules soufrées issues du raffinage, la pollution de l’air cause deux cent mille décès prématurés par an en Europe ; ce chiffre à lui seul devrait pousser à fermer les mines de charbon au plus vite. »
« Énergies indispensables, charbon et pétrole sont aussi le socle d’une industrie pétrochimique dont les émissions de déchets sont très préoccupantes. »
Mais à court terme, « une “décarbonation” synonyme de débranchement de l’économie n’aura pas lieu, qu’on se le dise. À moyen terme, elle repose sur l’attelage électrification–efficacité–biocarburants, et restons conscients que seule une fraction de l’énergie primaire passera à l’électrique, et que l’isolation complète des bâtiments s’étalera sur quatre ou cinq décennies ».
En attendant, « pour l’habitat, la nouvelle réglementation contre les passoires thermiques est tellement sévère (la France surtranspose les normes européennes) qu’elle en est insoutenable », ce qui conduira à la sortie du marché de quatre millions de logements mal classés en 2050 !
Sortir du nucléaire au profit de l’éolien
Très critique envers la politique nucléaire française, Daniel Husson ironise sur les arguments du polytechnicien médiatique Jean-Marc Jancovici, qui « pourfend les renouvelables, fabriqués grâce au pétrole et aux mines de métal. Hélas pour lui, cet argument s’applique à l’identique au nucléaire qu’il porte haut ! L’uranium utile ne constitue que 0,7 % du minerai qu’il faut extraire à grands coups de moteurs diesel. La séparation isotopique nécessite des tombereaux d’électricité, sans parler du démantèlement ou du stockage ».
« Isolé, l’Hexagone persiste et signe dans son aveuglement nucléaire sur un chemin caillouteux et, à terme, sans issue. » « Le nucléaire français est un peu à l’image du club de foot de Paris : arrogance et bling-bling, champion chez lui mais médiocre à l’international. » [Oups ! Le livre est sorti quelques mois avant que le PSG devienne champion d’Europe et vice-champion du monde…]
« Tant qu’à faire du nucléaire, un prototype du plus haut intérêt est développé en Belgique sur une idée du physicien nobélisé Carlo Rubbia. Le projet MYRRHA (sans uranium) a un triple avantage : aucun risque d’accident, combustible thorium très abondant (2 000 ans de réserves) et, en prime, reconditionnement de nos déchets nucléaires issus de l’uranium. »
Selon l’auteur, l’avenir n’est donc pas dans le nucléaire mais dans l’installation en masse des éoliennes maritimes, comme le prévoient la Grande-Bretagne, l’Espagne et le Danemark.
Johan Hardoy
https://www.polemia.com/daniel-husson-partisan-du-climato-realisme/