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[POINT DE VUE] Censure, dissolution : Montchalin prend les agriculteurs en otage

Capture d'écran X
Capture d'écran X
Coucou, la revoilou : la dissolution est ressortie vendredi soir du chapeau de Maître Lecornu. Avec l'accord de son supérieur, selon les informations diffusées par l'Élysée. S'agit-il de redonner la parole au peuple ? D'acter enfin l'échec du macronisme, inscrit dans les urnes à deux reprises en 2024 ? Non, la dissolution est devenue un instrument de chantage, à plusieurs niveaux. Et Lecornu ne s'en cache d'ailleurs même pas.

Lecornu et le chantage aux parlementaires

Dans son message sur X, le Premier ministre a accusé les formations politiques ayant l'intention de le censurer de « choisir délibérément d’afficher des désaccords politiciens internes » et « d’affaiblir la voix de la France » à l’étranger. Comme si la voix de la France, portée par Macron, avec sa mise en minorité sur le Mercosur, n'était pas déjà très affaiblie depuis longtemps... Selon lui, ces motions retardent encore les discussions budgétaires « déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral ». On l'a compris : si tout va mal, c'est la faute à l'opposition. La dissolution, les interminables manœuvres pour accoucher de gouvernements impuissants depuis dix-huit mois, qu'ils se nomment Barnier, Bayrou ou Lecornu ? C'est pas lui, c'est pas eux. La crise agricole ? Idem. L'absence de budget ? Itou.

Bien sûr, la stratégie de Lecornu est limpide : faire pression sur les parlementaires LR et PS pour qu'ils ne cèdent pas aux sirènes de la censure. Mais la corde est usée : qu'ont-ils à perdre ? Qu'ont-ils encore à gagner à soutenir un pouvoir qui s'abîme dans l'impopularité et les emportera avec lui ? Il y a fort à parier qu'en pleine campagne des municipales (et donc, peut-être, des législatives), des candidats LR choisissent - enfin ! - la rupture. Ils peuvent en effet tabler sur leur implantation locale pour capitaliser pour les législatives. Macron et Lecornu tirent leurs dernières cartouches, mais ce sont des pétards mouillés, et la grenade qu'ils croient lancer dans les jambes de leurs adversaires risque d'exploser dans les leurs.

L'heure du jugement

Par ailleurs, la signature du Mercosur, véritable camouflet pour la France - et pour Macron -, ne ressemble pas à un prétexte idéal : on est au cœur du clivage entre européistes et souverainistes, mondialistes et patriotes, élites et peuple qui souffre à travers ses agriculteurs, soutenus par 80 % de la population. Comme l'écrivait Georges Michel, cette signature du Mercosur qui devait se faire tranquillement début janvier quand tout le monde aurait oublié est en fait l'aboutissement des quarante années de bradage de la souveraineté française, de Mitterrand à Macron : c'est l'heure du jugement. Et cette motion de censure, si elle était votée, aurait une signification historique bien au-delà de la petite carrière de Monsieur Lecornu.

Montchalin et le chantage aux agriculteurs

Dans l'indécence et le mépris des agriculteurs et du peuple (mais aussi des députés), Amélie de Montchalin a franchi, vendredi soir, un nouveau palier. Succédant à sa pauvre collègue Genevard, elle a montré qui était le patron : ces 300 millions d'euros de mesures pour les agriculteurs, attention, ils ne les auront que si le budget est voté, et donc si les motions de censure déposées par le RN et LFI sont repoussées ! Sa rhétorique vaut d'être citée. « Nous sommes devant une nouvelle menace : la motion de censure, qui aurait comme conséquence l'absence, le vide, le rien. » Rien que cela : eux ou le chaos. Même si, en ce moment, c'est bien : eux ET le chaos... lisez la suite : les députés qui censureraient seraient des bloqueurs qui seraient dûment dénoncés aux Français ! Se rend-elle compte, elle aussi, des sentiments qu'elle suscite, en agitant le hochet des aides aux viticulteurs, qui ne seront pas versées si...?

Les agriculteurs ? Une variable d'ajustement, des otages dans le jeu politique de Macron et Lecornu. Et rien que pour cette arrogance, ce gouvernement par le chantage et la peur si bien endossés par Montchalin, Lecornu mérite la censure. Le Président et son Premier ministre la méritent également pour le dévoiement des institutions dans lequel ils persévèrent depuis leur défaite de 2024. Alors, censure et dissolution ? Chiche. Le fruit est mûr. Voire davantage. Chiche : bien des Français et des députés auront ce mot à la bouche, après avoir écouté Montchalin. Dans le cas contraire, la colère des Français ne fera que croître, avec tous les risques que cela comporte ; et elle se tournera évidemment aussi vers cette poignée de députés qui auront une énième fois, dans un énième réflexe de couardise, sauvé le Titanic Macron.

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Frédéric Sirgant

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