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Chute de Bayrou : dans les coulisses d’une journée folle à l’Assemblée

Assemblée nationale
Assemblée nationale
Il règne, en ce lundi 8 septembre à l’Assemblée nationale, l’ambiance électrique des journées parlementaires qui marquent un mandat. Tous les projecteurs sont braqués sur le palais Bourbon où le sort du Premier ministre et de son gouvernement est quasiment scellé. La presse étrangère a fait le déplacement. « Je n’ai jamais vu autant de médias présents », nous glisse un collaborateur parlementaire expérimenté.

Salles des Quatre Colonnes et des pas perdus, micros et caméras vont et viennent, telle la marée, au gré des arrivées des parlementaires. Dans quelques heures, la France sera à nouveau à l’arrêt. La question brûle toutes les lèvres : qui pourra faire consensus et devenir le cinquième Premier ministre depuis 2022 ? Xavier Bertrand ? Le député RN de Moselle sourit : « Il n’aura pas le temps de défaire ses valises. » « Le problème n’est pas le casting mais le scénario », précise Laurent Jacobelli.

Le RN veut « revenir aux urnes »

À 13 h 30, les parlementaires marinistes se réunissaient autour de leur chef. Les éléments de langage ont été mis en place, pas question de donner la même image de cacophonie que chez les Républicains. La formation nationaliste demande « à revenir aux urnes » pour « obtenir une majorité solide », explique à Boulevard Voltaire un parlementaire, et sortir ainsi de l’ingouvernable situation actuelle.

La démission du président de la République réjouirait le RN, bien sûr, mais elle semble peu probable. La nomination d’un nouveau Premier ministre sera donc examinée à la loupe. À écouter les parlementaires de tous bords, la dissolution paraît peu probable. Mais à l’Assemblée nationale, l’inquiétude est grande chez les assistants parlementaires où le bruit de nouvelles élections législatives circule et, avec lui, l’ombre du chômage. La députée macroniste Olivia Grégoire s’accroche à son siège : « Il faut qu’on trouve un chemin », explique-t-elle. Du côté du bloc central, on entend le petit refrain d’un énième « pacte global ». Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, prévient : renverser François Bayrou est « un message clair pour inciter Emmanuel Macron à la dissolution ». Tout à coup, mouvement de foule, la délégation insoumise arrive, tel un seul homme, avec à sa tête la rock star Jean-Luc Mélenchon. Non élu, il est venu assister aux débats dans les tribunes. Plus loin, la silhouette de Bruno Gollnisch se distingue. « Ca me ramène en arrière », s’amuse l’ancienne figure du Rassemblement national, qui fut député du Rhône de 1986 à 1988. « Qu’est-ce qu’il fout là, lui ? », glisse, sarcastique, le député LFI Antoine Léaument à son voisin.

Gabrielle Cluzel, ministre de la Famille

15 heures. La séance va commencer. La présidente de l’Assemblée nationale traverse le palais, entourée, selon la coutume, par la Garde républicaine. Yaël Braun-Pivet affiche un sourire figé - celui des mauvais jours. La voix enrouée, François Bayrou entame un discours atone de quarante-cinq minutes. « Encore un instant, Monsieur le bourreau », semble-t-il dire. Sur les bancs de la gauche, c’est l’éruption et l’invective permanentes. Au simple mot légèrement écorché, La France insoumise transforme le Parlement en mauvaise salle d’études de pensionnat ; le Premier ministre joue le surveillant qui subit les quolibets. Lui a la sérénité des condamnés. « Si vous criez, je bois », plaisante-t-il, avec un brin de niaiserie, en portant à ses lèvres un verre d’eau préparé par les huissiers. Marine Le Pen attend sagement son tour et annote encore une fois sa prise de parole, aux côtés de Jean-Philippe Tanguy, le « Monsieur Économie du RN ». Suspension de séance entre deux prises de parole. Salle des Quatre Colonnes, Nicolas Meizonnet, député RN du Gard, veut croire à la dissolution : « Personne ne sait si elle est écartée. » Sébastien Lecornu, Premier ministre ? Le ministre des Armées « n’a pas eu de virulence dans ses propos à notre égard », souffle Meizonnet. Mais peu importe l’homme. « Si le prochain gouvernement est imperméable à nos demandes, il subira le même sort que ses prédécesseurs. » Bruno Gollnisch a profité des débats pour dresser, sur un bristol, le cabinet-fantôme de ses rêves. À la « Culture et Mémoire nationale », il place Philippe de Villiers ; à la « Famille et Condition féminine »... Gabrielle Cluzel !

The poor lonesome cowboy

Avant de prendre la parole, Marine Le Pen réajuste sa veste : l’instant a la solennité des grands jours. Derrière elle, l’imposante masse des 138 députés que compte son groupe et ses amis ciottistes.

À 19 heures, le couperet tombe. Par 364 voix contre et seulement 194 pour, la confiance est refusée à François Bayrou, qui devra remettre sa démission au président de la République dès le lendemain. Le Palois quitte l’Hémicycle penaud, serrant quelques mains, dans une totale indifférence. À l’image de ces neuf mois à Matignon. À la sortie, Laure Lavalette, députée RN du Var et porte-parole de sa formation, l’assure : « Le RN est au centre du jeu. » Et prévient : « Le prochain Premier ministre doit écouter nos revendications qui sont celles de nos onze millions d’électeurs. » Trois quarts d’heure plus tard, l’Élysée fait savoir par communiqué qu’Emmanuel Macron « nommera un nouveau Premier ministre dans les tout prochains jours ».

« C’est le deuxième gouvernement que vous faites tomber en huit mois ! » Interpellé, dans l’après-midi, en se rendant en séance, le député RN du Nord Sébastien Chenu répond à son interlocuteur : « Jamais deux sans trois ? »

Yves-Marie Sévillia

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