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L’hystérie anti-russe du régime Macron semble difficile à expliquer par des motifs rationnels, tant cette diplomatie va à l’encontre des intérêts à long terme de la France. Pour bien comprendre son absurdité il convient d’adopter une perspective historique dans laquelle interviennent les 3 pôles qui structurent la cadre géopolitique de la France en Europe: le monde anglo-saxon, l’Allemagne et la Russie.
Depuis 1815, date à laquelle La France est définitivement supplantée comme puissance dominante en Europe par le Royaume-Uni, les relations franco-russes ont oscillé entre alliances stratégiques et rivalités, souvent déterminées par la position de la France face à l’Allemagne et aux puissances anglo-saxonnes. Cette note explore deux dynamiques majeures :
- La France gagnante quand elle s’allie à la Russie contre l’Allemagne (Congrès de Vienne, Première et Seconde Guerres mondiales, période gaullienne).
- La France perdante quand elle s’allie aux Anglo-Saxons contre la Russie (Guerre de Crimée, entre-deux-guerres mondiales, Guerre froide, Guerre en Ukraine).
Ces périodes révèlent une constante : l’équilibre européen et la sécurité française dépendent souvent de la capacité de Paris à s’allier à Moscou.
La France gagnante quand elle s’allie avec la Russie contre l’Allemagne
1. Le Congrès de Vienne (1815) : une réintégration habile de la France
Contexte : En 1815, après la défaite de Napoléon, les puissances européennes se réunissent à Vienne pour redessiner l’Europe. La France, vaincue, est représentée par Talleyrand, qui doit éviter le démantèlement du pays, souhaité par la Prusse,
Le tsar Alexandre Ier, bien que victorieux, se rallie à une solution modérée. Il craint une hégémonie prussienne ou autrichienne en Europe centrale, ce qui pourrait menacer les intérêts russes. Talleyrand exploite cette méfiance pour isoler les partisans d’une France affaiblie.
Résultat : Le traité de Vienne réintègre la France dans le concert européen. Elle récupère ses frontières de 1790 et évite une occupation prolongée. La Russie, en soutenant indirectement la France, permet à Paris de limiter les dommages et de conserver son statut de grande puissance.
2. La Première Guerre mondiale (1914-1918) : sans la Russie la France aurait perdu la guerre
Contexte : En 1892-1894, la France et la Russie signent une alliance pour contrer la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie). Cette alliance devient cruciale en 1914, lorsque l’Allemagne déclare la guerre à la Russie puis à la France.
Rôle de la Russie : Dès août 1914, la Russie envahit la Prusse orientale, forçant l’Allemagne à diviser ses forces. Malgré des défaites coûteuses (Tannenberg, 1914), la Russie maintient un front actif, empêchant une victoire allemande rapide à l’Ouest.
Impact sur la France : La résistance russe permet à la France de stabiliser le front occidental (bataille de la Marne, 1914).
Sans l’alliance russe, la France aurait probablement été submergée en 1914-1915.
3. La Seconde Guerre mondiale (1941-1945) : les victoires soviétiques permettent les débarquements
En 1941, l’Allemagne nazie envahit l’URSS. Malgré les tensions idéologiques, Staline et Churchill (puis Roosevelt) s’allient contre Hitler. La France, occupée, attend sa libération.
Rôle de l’URSS : lors des Batailles de Stalingrad (1942-1943) et de Koursk (1943) les Soviétiques brisent l’armée allemande ; fixation de la Wehrmacht : en 1944, 80 % des forces allemandes sont engagées à l’Est, facilitant les débarquements en Normandie et Provence.
Impact sur la France :
- Les débarquements (juin et août 1944) sont possibles grâce à l’engagement soviétique.
- Malgré ses tensions avec Staline, De Gaulle reconnaît l’apport soviétique et négocie une place pour la France à Yalta (1945).
Bilan : La France, libérée, retrouve un siège permanent à l’ONU et une zone d’occupation en Allemagne. Sans la victoire soviétique sur le front de l’Est, les débarquements seraient intervenus un ou deux ans plus tard. On ne peut exclure l’hypothèse que les Anglo-Saxons confrontés à une armée allemande beaucoup plus puissante aient utilisé l’arme nucléaire en Europe ou aient cherché un accord avec l’Allemagne nazie contre l’URSS.
Citation clé : « La Russie a payé le prix le plus lourd pour la victoire. » — Charles de Gaulle, Mémoires de guerre.
4. La Guerre froide : De Gaulle et la recherche d’une troisième voie (1958-1969)
Dans les années 1960, De Gaulle cherche à affranchir la France de la tutelle américaine. Il développe une politique d’indépendance nationale, incluant un rapprochement avec l’URSS.
Actions clés : De Gaulle se rend à Moscou en 1966, où il prône une « Europe de l’Atlantique à l’Oural » ; accords sur les échanges technologiques et culturels. La France quitte le commandement intégré de l’OTAN en 1966.
Résultats :
- Autonomie renforcée : La France devient un acteur indépendant, capable de médiation entre l’Est et l’Ouest.
- Prestige international : De Gaulle est perçu comme un leader visionnaire, défendant une Europe unie et souveraine.
L’alliance avec l’URSS permet à la France de retrouver une marge de manœuvre et d’éviter une soumission totale vis à vis des États-Unis.
La France perdante quand elle s’allie aux Anglo-Saxons contre la Russie
1. La Guerre de Crimée (1853-1856) : une victoire coûteuse et inutile
Contexte : La France de Napoléon III s’allie au Royaume-Uni et à la Turquie pour contenir l’expansion russe vers les Détroits (Bosphore et Dardanelles).
Déroulé :
- Siège de Sébastopol (1854-1855) : Long et meurtrier, avec des conditions sanitaires désastreuses.
- Victoire à la Pyrrhus : La Russie capitule (traité de Paris, 1856), mais l’armée française est durement éprouvée et la France ne tire aucun avantage durable, seul le Royaume-Uni tire profit de la victoire en contenant la présence russe en Méditerranée.
Conséquences :
- Coût humain et financier : 100 000 morts côté français, dette publique accrue.
- Affaiblissement stratégique : La Russie se tourne vers l’Asie, tandis que la France perd en influence en Europe.
- La Prusse reste neutre, renforce son outil militaire, et maintient de bonnes relations avec la Russie.
Analyse : Une alliance avec le Royaume-Uni qui affaiblit la France, renforce la Prusse et la coupe de la Russie sans lui apporter de gain territorial ou politique.
2. La Guerre franco-prussienne (1870) : l’isolement et la défaite
Contexte : Napoléon III, isolé diplomatiquement, déclare la guerre à la Prusse de Bismarck. La France n’a aucun allié. La Russie affaiblie et par rétorsion, reste neutre. Le Royaume-Uni refuse de s’engager aux côtés de la France.
Rôle de la Russie : La Russie aurait pu être un allié potentiel, mais la France a ignoré cette option, préférant une politique agressive au profit du Royame-Uni.
Bilan : Une défaite humiliante, due à l’absence d’alliance avec la Russie et à un alignement erroné sur une politique contraire à l’intérêt national.
3. L’entre-deux-guerres : le refus d’une alliance avec l’URSS (1919-1939)
Contexte : Dans les années 1920-1930, la France refuse une alliance avec l’URSS contre l’Allemagne nazie, par hostilité au communisme et confiance excessive dans la SDN.
Erreurs stratégiques : La France préfère des accords avec l’Italie fasciste (accords de Rome, 1935) plutôt qu’avec Staline. La France mise sur la ligne Maginot et les accords de Locarno, sans préparer une défense active.
Conséquences :
- Pacte germano-soviétique (1939) : Staline, lassé des tergiversations occidentales, signe un accord avec Hitler, laissant la France isolée. Une partie importante de la classe dirigeante française, alignée sur l’anglaise espère une attaque allemande contre l’URSS.
- Pendant la « drôle de guerre » les armées russo-britanniques restent l’arme au pieds face à l’armée allemande tandis que les états-majors concoctent une intervention contre l’URSS en Finlande.
- Défaite de 1940 : L’Allemagne envahit la France en six semaines, faute d’un second front à l’Est.
Analyse : Une occasion manquée de contenir Hitler, due à un refus de s’allier à l’URSS.
4. La Guerre froide (1947-1991) : la dépendance à l’OTAN et ses coûts
Contexte : Après 1947, la France s’aligne sur les États-Unis dans la politique de containment contre l’URSS. Elle rejoint l’OTAN et participe à la course aux armements.
Coûts pour la France : perte d’autonomie. La France dépend des États-Unis pour sa défense et sa politique étrangère.
Occasions manquées : De Gaulle tente un rapprochement (années 1960), mais ses successeurs (Pompidou, Giscard) reviennent à l’alignement atlantiste.
Bilan : Une période de tension inutile, avec peu de gains pour la France, qui aurait pu jouer un rôle de médiateur en Europe.
5. La Guerre en Ukraine (2022-présent) : une alliance risquée avec les Anglo-Saxons
Contexte :
Depuis 2022, la France soutient le régime de Kiev contre la Russie, en alliance avec les États-Unis et l’Otan. Cette position s’inscrit dans une logique de containment de la Russie, souhaitée par les néo-conservateurs.
Risques pour la France : Escalade militaire : Menace d’une guerre élargie en Europe ; dépendance énergétique : la France, déjà fragilisée, subit des pénuries et une inflation accrue. Tensions internes : Divisions politiques et sociales sur la stratégie à adopter.
Analyse : En suivant les Anglo-Saxons, la France s’expose à des coûts économiques et géopolitiques, sans garantie de victoire ou de stabilité à long terme.
Conclusion
Les relations franco-russes depuis 1815 montrent que la France a tiré profit de ses alliances avec la Russie contre l’Allemagne (Congrès de Vienne, guerres mondiales, De Gaulle), tandis que ses alliances avec les Anglo-Saxons contre la Russie (Guerre de Crimée, 1870, Guerre froide, Ukraine) ont souvent conduit à des échecs ou à des coûts disproportionnés.
Dans un monde multipolaire, la France doit-elle repenser ses alliances pour retrouver une autonomie stratégique ? L’histoire suggère que Paris gagne en équilibre et en influence lorsqu’elle dialogue avec Moscou plutôt qu’en s’alignant systématiquement sur Londres ou Washington.
Comme sous Napoléon III la caractérise erratique, agressif et idéologique de la diplomatie de Macron a isolé la France. Les deux seuls partenaires qui lui restent sont le Royaume-Uni, qui privilégiera toujours ses relations avec ses alliés anglo-saxons, et l’Allemagne qui domine économiquement l’Europe et a pris le contrôle des institutions de l’Union européenne. Le réarmement accéléré de Berlin dont le budget militaire sera en 2030 le 3e du monde va accroître sa puissance sans que la France ne dispose de système d’alliance pour l’équilibrer.
Jean Lamolie