En 1990, à l’image des autres républiques soviétiques, la Moldavie acquit son indépendance après une très brève guerre civile de Moldavie (ou de Transnistrie) qui opposa l’armée transnistrienne (soutenue par la Russie) aux forces armées moldaves. Cette république autonome de Transnistrie qui en résulta, non reconnue par la communauté internationale, revendiqua depuis son rattachement à la Russie. Les russophones de Transnistrie continuent à s’opposer aux roumanophones de Moldavie. Coincée entre l’Ukraine et la Moldavie, nul doute que cette « République transnistrienne » se sentirait d’autant plus menacée en cas de rattachement de la Moldavie à la Roumanie, avec des troupes de l’OTAN qui se retrouveraient directement à ses frontières. La Moldavie, dans le cadre de cette réunification, se retrouverait en effet d’emblée à la fois dans l’Union européenne et dans l’OTAN. De « bonnes raisons » pour la Russie d’y intervenir directement.
Une Moldavie tiraillée entre Orient et Occident
Alors que faut-il y voir ? Pour cela, il faut revenir à presque deux siècles en arrière, comme souvent dans ces régions de l'Europe orientale qui ont de la mémoire ! Rappelons que la France, depuis l’époque de Napoléon III, facilita, notamment après le succès de la Guerre de Crimée et les accords de Paris de 1856, la création des principautés unies de Moldavie occidentale et de Valachie en 1859, sous l’autorité du prince Alexandre Jean Cuza, restant cependant soumises à l’empire ottoman. La Moldavie orientale, pour sa part, acquise depuis 1812 par la Russie suite à une guerre entre cette dernière et l’empire ottoman, resta russe. Les Moldaves orientaux furent russisés et, depuis cette époque, se sentent plus russes que roumains.
Par la suite, l’Autriche-Hongrie et la maison allemande des Hohenzollern-Sigmaringen évincèrent les Cuza et les Français, notamment après la défaite de 1870. Cependant, les Roumains restèrent très francophiles comme en témoignent encore aujourd’hui de nombreux signes tant dans la capitale Bucarest (« le petit Paris ») que dans la littérature locale. L’alliance franco-roumaine de 1916, la mission du général Berthelot et l’entrée de la Roumanie dans la « Petite entente » organisée par les Français en 1920, avec la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, n’empêchent pas les Roumains d’entrer en 1940 dans l’alliance allemande. Le rêve de « Grande Roumanie » assouvi en 1920 avec l’unification provisoire de la Transylvanie (austro-hongroise), de la Moldavie occidentale et de la Bucovine se développa encore avec l’offensive militaire germano-roumaine de 1941.
Le rêve d'une grande Roumanie
Ainsi le mouvement unioniste en Roumanie et en Moldavie vise-t-il, prenant exemple sur la réunification allemande, à constituer la Grande Roumanie, et à cet effet, la réunification de la Moldavie, après que cette dernière eut quitté la Communauté des États indépendants (CEI). Ces unionistes veulent tout bonnement réunir les roumanophones de Roumanie, de Moldavie mais aussi... de Russie, voire d’Ukraine et faire rentrer cette grande Roumanie dans l’Union européenne et l’OTAN.
Maia Sandu, qui possède la double nationalité moldave et roumaine, réélue présidente de Moldavie en 2024 avec plus de 55 % des suffrages, native en 1972 de Moldavie soviétique mais instruite à Harvard où elle obtint en 2010 une maîtrise en administration publique, fut ensuite conseillère au bureau exécutif de la Banque mondiale de Washington, chargée des relations avec les anciens pays du bloc de l’Est et de l’ex-Union soviétique. Depuis 2014, elle est membre du Parti Libéral Démocrate de Moldavie (PLDM), à la fois pro-européen et pro-roumain et crée le Parti Action et Solidarité en 2016. Ce parti lui permet d’abord d’être Première ministre en 2019, puis présidente de la République de Moldavie en 2020. Elle y combat les pro-Russes et milite pour l’entrée dans l’UE et dans l’OTAN. Son bon résultat à l'élection présidentielle de 2020 est favorisé par la diaspora moldave à l’étranger, notamment en Roumanie et en Ukraine.
Même Macron s'en est mêlé...
Le 4 septembre 2025, les trois chefs d’État allemand, français et polonais sont venus participer en grande pompe à la fête nationale moldave pour assurer de leur soutien très direct Maia Sandu, à la veille d’élections législatives (le 30 septembre de la même année), face à l’électorat jugé conservateur et pro-russe. Ainsi, dans cette nouvelle « Festung Europa*» qui se dessine, la Moldavie fait figure, avec l’Ukraine, de rempart contre la Russie. Nul doute que cette « nouvelle » idée de la Présidente Sandu, évoquée au détour d'une interview, n'est pas aussi fortuite que cela. Précisons que depuis 2014, les citoyens moldaves peuvent bénéficier déjà d’un passeport roumain et ainsi entrer dans l’UE. Le Conseil européen a d'ailleurs approuvé cette mesure dans la foulée...
Alors, demain, vers l’unification politique roumano-moldave ? Ce serait une manière d’accélérer le processus d’entrée de la Moldavie dans l’Union européenne. Mais aussi et surtout, ce serait ajouter une source de tensions, pour ne pas dire de guerre, avec la Russie. Ce risque a-t-il bien été calculé par l’Union européenne ? En tout cas, retenez bien le nom de cette petite région de 500.000 habitants à peine : la Transnistrie...
*« Forteresse Europe » : expression utilisée par la propagande nazie à partir de 1943 face aux menaces d’invasion à la fois anglo-saxonne et soviétique.
