
Une petite phrase peut parfois provoquer un grand séisme. En Allemagne, les déclarations récentes du ministre-président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther (CDU), ont déclenché une onde de choc bien au-delà de son Land. Sur un plateau de télévision, ce responsable politique a ouvertement évoqué la possibilité d’interdire certains médias alternatifs, qu’il accuse de diffuser des « mensonges » et de saper la démocratie. Une sortie brutale qui, loin de rassurer, a ravivé un débat brûlant : jusqu’où peut aller le pouvoir politique dans sa lutte contre les opinions dissidentes ?
Des propos qui inquiètent jusque dans le camp gouvernemental
Günther s’en est pris frontalement à des plateformes d’information critiques envers le gouvernement, notamment celles issues de la sphère dite « populiste ». Il les a qualifiées « d’ennemis de la démocratie » et affirmé que leurs articles seraient dénués de toute base factuelle. Interrogé sur la possibilité de les encadrer, de les censurer, voire de les interdire, il a répondu sans détour par l’affirmative.
Même au sein de la presse traditionnelle, l’embarras est palpable. Certains tentent de minimiser ses propos, évoquant une maladresse, un emportement. D’autres, en revanche, parlent d’un réflexe autoritaire inquiétant, incompatible avec les principes d’un État de droit. Un avocat a même déposé plainte contre lui, estimant que ces déclarations constituent une attaque directe contre la liberté de la presse.
Une tentation autoritaire déjà bien installée
Le problème, c’est que cette sortie n’est pas un accident isolé. L’Allemagne s’est dotée ces dernières années d’outils juridiques qui inquiètent nombre de défenseurs des libertés publiques. Depuis 2021, un article du code pénal permet de poursuivre pénalement toute personne accusée d’« insulte » ou de « diffamation » envers des responsables politiques. Des milliers de citoyens ont déjà été visés par des procédures, parfois pour de simples messages publiés sur internet.
Ce climat a créé un précédent dangereux : les dirigeants politiques se posent de plus en plus en arbitres de la vérité. Toute critique devient suspecte, toute satire potentiellement répréhensible. À force de traquer l’irrespect, ils donnent surtout l’image d’un pouvoir hypersensible, prompt à utiliser l’appareil judiciaire pour faire taire ses détracteurs.
La censure produit toujours l’effet inverse
L’histoire l’a pourtant montré à maintes reprises : interdire, censurer, bannir ne fait qu’attiser la curiosité. Déjà au XVIIIe siècle, des penseurs dénonçaient l’absurdité de la censure : rien ne donne plus envie de lire un texte que son interdiction officielle. Aujourd’hui, les propos de Günther ont eu exactement cet effet. Les plateformes qu’il voulait discréditer ont vu leur notoriété exploser en quelques jours.
Ironie de la situation : en voulant protéger « sa » démocratie, le responsable politique a offert une publicité inespérée à ceux qu’il combattait. Beaucoup d’internautes sont allés vérifier par eux-mêmes ce que disaient ces médias alternatifs, précisément parce qu’on leur avait expliqué qu’ils ne devaient pas les lire.
Quand le pouvoir se ridiculise lui-même
Cette affaire s’inscrit dans une série de polémiques qui fragilisent la crédibilité du personnel politique allemand. On se souvient de cet épisode où un journaliste proche de l’AfD avait été condamné pour un montage satirique visant la ministre de l’Intérieur. Le verdict avait été perçu comme une preuve supplémentaire de l’intolérance du pouvoir face à la critique. Ironie encore : la justice a finalement annulé la condamnation, reconnaissant le caractère licite de la satire.
Autre exemple récent : des révélations ont montré que le chancelier Friedrich Merz avait lui-même multiplié les plaintes pour « insultes » avant son accession au pouvoir, alors qu’il se présentait comme un défenseur de la liberté d’expression. Une contradiction qui a renforcé l’image d’un dirigeant à géométrie variable, prompt à défendre la liberté… tant qu’elle ne le vise pas personnellement.
À Berlin, le maire Kai Wegner a lui aussi été pris en flagrant délit de mensonge lors d’une crise majeure liée à une panne électrique. Alors que ses services appelaient la population à se fier uniquement aux communiqués officiels, il affirmait être en cellule de crise… avant qu’on ne découvre qu’il passait en réalité son temps sur un court de tennis. L’épisode a profondément choqué l’opinion.
Le vrai problème : la perte de confiance
Tous ces scandales ont un point commun : ils nourrissent une défiance massive envers les dirigeants. Plus ces derniers cherchent à contrôler le récit, plus ils donnent l’impression d’avoir quelque chose à cacher. La chasse aux « fake news » devient alors un écran de fumée, derrière lequel se dissimulent incompétence, mensonges et stratégies de communication douteuses.
Comme le résumait récemment un éditorialiste allemand : ce ne sont pas les médias qui ont détruit la confiance, mais bien les politiques eux-mêmes, à force de promesses non tenues, de contradictions et de postures moralisatrices.
Un combat ancien, toujours actuel
La situation rappelle étrangement des épisodes plus anciens de l’histoire allemande, où des journaux satiriques ou contestataires avaient déjà été menacés de fermeture pour avoir osé se moquer du pouvoir. On croyait ces pratiques révolues. Elles semblent pourtant refaire surface, sous des formes plus policées, mais tout aussi préoccupantes.
Face à cette dérive, la mobilisation contre les propos de Günther a au moins un mérite : rappeler que la liberté de la presse n’est jamais acquise définitivement. Elle doit être défendue, y compris – et surtout – lorsque ceux qui prétendent gouverner au nom de la démocratie se comportent comme ses fossoyeurs.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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