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[ÉDITO] Ce diable tentateur qui attise le supplice des LR

Capture d'écran LCP
Capture d'écran LCP
Basculer du côté de la relève ou servir de béquille à la Macronie, voire au Parti socialiste ou à LFI ? La poutre LR subit des pressions contraires de plus en plus puissantes. Jusqu’où tiendra-t-elle ?

Les propos du général Christophe Gomart, député LR au Parlement européen, éclairent à nouveau d'une lumière crue la fragilité de la cohérence et du positionnement du parti de Laurent Wauquiez. Christophe Gomart, en bon militaire, a dit simplement ses convictions : « Si j’étais Niçois, je voterais Éric Ciotti. » Cet eurodéputé LR, vice-président de la commission Sécurité et Défense au Parlement européen, était, jeudi et vendredi derniers, à l’IPAG Business School de Nice, puis dans un centre de lutte contre le cancer, avant d’échanger avec des chefs d’entreprises présentes dans le secteur de la défense. Il accompagnait... Laurent Castillo, inconnu du grand public même s’il a fait parler de lui récemment lorsqu’il a annoncé qu’il quittait le groupe des députés européens LR français à Strasbourg, constitué autour de François-Xavier Bellamy, pour rejoindre le groupe des députés européens RN de Jean-Paul Garraud et Jordan Bardella. Le même Laurent Castillo est désormais présent sur la liste qu’Éric Ciotti conduit à Nice face à Christian Estrosi.

Un général droit dans ses bottes

Ainsi Christophe Gomart, ancien officier d’élite, ancien commandant des opérations spéciales et directeur du renseignement, un des trois députés européens LR, s’est-il offert sans états d’âme excessifs un week-end UDR à Nice, l'UDR restant un allié fidèle du RN. Rien de surprenant, sur le plan humain : c’est le créateur et patron de l'UDR, un certain Éric Ciotti, qui jadis décida l'officier Christophe Gomart à se lancer en politique dans son parti, LR. Le même Gomart partage son banc à Strasbourg depuis son arrivée au Parlement européen avec Laurent Castillo : apparemment, le passage de Castillo de LR à l’UDR n’a pas terni la relation entre les deux hommes. Le général reste droit dans ses bottes : « Je suis un jeune rentré en politique. Les Républicains, ça me va bien. Je m’entends très bien avec François-Xavier Bellamy et Bruno Retailleau. Le militaire que je suis reste loyal, mais je partage les mêmes idées que celles de Laurent Castillo. » Difficile de mettre plus clairement le doigt sur la plaie : cet élu LR dont personne ne met en doute la fidélité et la rectitude partage les idées d’un élu devenu UDR. Façon de dire que la distance entre LR et l'UDR tient plus aux ego qu'au fond. « Le bloc central se fissure, nous confiait à ce propos le chef de la délégation européenne RN au Parlement européen, le magistrat et député européen Jean-Paul Garraud. Nous avions des contacts avec Laurent Castillo, le Mercosur a été la goutte d’eau : c’est intenable (pour les LR), au moins Laurent Castillo est-il en accord avec ses idées et ses convictions. »

Moqué, méprisé, humilié au moment du schisme, Éric Ciotti prend peu à peu sa revanche. Ce compagnon de route (comme on disait au PC) du Rassemblement national commence à opérer et à prospérer sur les plaies de plus en plus visibles des Républicains. « C’est un choix personnel, tempère un élu LR qui connaît bien Gomart, cette prise de position lui appartient : il rassemble les électeurs de droite localement, comme d’autres, sans faire des unions d’appareils. On a tort de polémiquer et plus encore d’y voir un changement de doctrine. »

Grand écart LR

On peut tout de même y voir une ligne politique inverse de celle qui a prévalu lors des accords électoraux LFI-Macron-LR lors des dernières législatives. « Ce qui est certain, c’est qu’à la fin, il faut bien une union des électeurs de droite, a expliqué le général Gomart, à Nice, si on veut que la France se réforme, avec des gens de droite au gouvernement. Sinon, on continuera à s’endetter, dizaine de milliards après dizaine de milliards, avec une perte de souveraineté, d’autonomie et une totale dépendance vis-à-vis d’autres », conclut-il. Le constat ne se discute pas. Sa stratégie : « Essayer de peser au sein de LR pour faire bouger les lignes », dit-il. Un parti uni, façon tir à la corde.

Les élections législatives partielles de dimanche ne calmeront pas la douleur musculaire provoquée par le grand écart LR. La déculottée électorale subie en Haute-Savoie est particulièrement sévère : Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Michel Barnier avaient fait le déplacement pour soutenir leur candidat face à Antoine Valentin (UDR-RN). Ils n’avaient pas hésité à tendre la main à la gauche, appelant à « un sursaut haut-savoyard » (Barnier) dans la troisième circonscription. Résultat : une écrasante victoire de Valentin, avec près de 60 % des suffrages exprimés.

La fourche de Ciotti

La leçon a été tirée aussitôt par le diable Éric Ciotti qui pique sans relâche de sa fourche son ancien parti, attise les flammes et se frotte les mains à chaque succès. « Antoine Valentin écrase le candidat de Wauquiez, Macron et Hollande, écrit-il après la victoire. Historique ! Victoire et coup de séisme politique traduisant le basculement de l’électorat LR vers l’UDR dans l’union avec le RN. J’appelle LR à tenir compte du message électoral et à voter la censure. » Ce lundi après-midi, le même Ciotti reprend son mobile pour écrire, sur X : « Merci à mon ami le général Gomart, député européen LR, pour son soutien à l’élection municipale de Nice ! » Tenter, diviser, agiter, instiller le doute : Ciotti est infernal, pleurent les LR. Mais il est malin ! Pendant ce temps, Marine Le Pen tire son épingle du jeu.

Marc Baudriller

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