Financement du terrorisme
Ces associations, qui ont pris la suite du Comité de Bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), créé en 1990, et depuis les années 2000 dans le collimateur de la justice française qui lui reprochait d’avoir mis en place un réseau de financement de l’organisation terroriste, sous couvert de collecte de fonds pour des opérations d’aide humanitaire. En 2003, le CBSP avait été classé comme organisation terroriste par les services du Trésor américain.
Le 3 novembre 2023, le parquet national antiterroriste français (PNAT), avait ouvert une enquête préliminaire pour financement du terrorisme, association de malfaiteurs terroriste criminelle et blanchiment en bande organisée en lien avec une entreprise terroriste. Dans un communiqué, Humani’Terre avait alors formellement nié les accusations.
Mais le 31 janvier 2024, une première série de perquisitions effectuées au siège social des associations et aux domiciles des membres ou d’anciens membres du bureau de Humani’Terre, avait permis, selon le PNAT, de saisir du matériel informatique et des documents comptables « listant des associations françaises, européennes, palestiniennes et jordaniennes destinataires de fonds ». Les fonds concernés (et saisis), près de 40 millions d’euros, se repartiraient entre 35 millions placés sur des comptes bancaires ou en chèques de banque, et 5 millions d’euros en espèces saisis au siège social et dans plusieurs antennes d’Humani’Terre.
Cinq arrestations
L’affaire a donc rebondi une nouvelle fois le 16 février 2026, avec l’arrestation et la garde à vue de cinq personnes. Parmi elles, Boubaker El Hadj Amor. Imam de la grande mosquée de Poitiers, il est par ailleurs l’un des hauts responsables des Musulmans de France, organisation considérée comme la vitrine française des Frères musulmans. Pendant ce temps, des perquisitions étaient opérées dans les locaux de l’association ainsi que dans les domiciles et bureaux des gardés à vue, lesquels ont été placés sous contrôle judiciaire. La justice a aussi procédé à la saisie de deux immeubles d’Humani’Terre à Paris et à La Courneuve. La section antiterroriste de la brigade criminelle de la préfecture de police de Paris, la DGSI et l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière ont été chargés de l’enquête.
Thomas Portes impliqué ?
Sur son compte X, la chercheuse du CNRS et spécialiste des frères musulmans, Florence Bergeaud-Blackler, a qualifié ce coup de filet de « nouvelle de première importance », estimant que « la confrérie des Frères musulmans en France est touchée en plein cœur ».
Puis, republiant son message du 17 février, illustré d’une photo, elle s’est ensuite demandé si « le député Thomas Portes ici bras dessus bras dessous avec un responsable d'Humani'Terre, lié au Hamas, quelques jours avant le 7 octobre, sera-t-il protégé par son immunité parlementaire ? »
La personne en question, c’est Abu Amir Eleiwa, que le député LFI a rencontré au Caire, le 5 octobre 2023, comme le confirme, en page 109, le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale (enregistré le 10 décembre 2025), « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».
Que du beau monde
Mais ce rapport égrène aussi une longue liste des fréquentations de Thomas Portes. Interrogé par la commission d’enquête, le journaliste Omar Youssef Souleimane, auteur du livre-enquête Les Complices du mal (éditions Plon), sur l’alliance entre extrême gauche et islamisme politique, cite notamment Salah Hamouri, avocat franco-palestinien expulsé par Israël en 2022, avec qui le député LFI a rencontré au Liban « plusieurs membres du FPLP, parmi lesquels Marwan Abdel-al », un militant du Hezbollah, ainsi que « Haitham Abdo, le chef du FPLP au Liban ». Il se serait aussi rendu « au cimetière des martyrs palestiniens, au sud de Beyrouth », afin de rendre hommage à Kamal Adouan (tué par l’armée israélienne), qui était « impliqué dans la mort de onze civils Israéliens, survenue en 1972 lors de l’attentat de Munich ».
Rapport parlementaire, p. 109
Témoignant lui aussi devant la commission, le journaliste Emmanuel Razavi mentionne de son côté les liens de Maître Hamouri avec Rima Hassan, Mathilde Panot, Ersilia Soudais et Sébastien Delogu. Le rapport évoque aussi Mohamed Awad, ancien président de la section des Jeunes musulmans de France de La Courneuve, qui a été « investi par LFI lors des élections législatives de 2024 et est tête de liste à La Courneuve pour les élections municipales de 2026 ». Il rappelle par ailleurs que Mariam Abou Daqqa, membre du bureau politique du FPLP, avait été « invitée à l’Assemblée nationale par la députée Ersilia Soudais, pour intervenir à l’occasion de la projection du documentaire Yallah Gaza qu’elle organisait au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 ».
La Jeune garde est aussi de la fête
Raphaël Arnault n’est pas oublié, puisque le rapport rappelle que le 12 mars 2025, le député LFI et fondateur de la Jeune garde « a convié à une table ronde à l’Assemblée nationale des membres d’Étudiants musulmans de France (EMF), branche estudiantine des Frères musulmans, ainsi que du Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE) », nouvelle vitrine officielle du frérisme depuis la dissolution du CCIF en France. Un grand déballage qui ne fait sans doute que commencer.
Rapport parlementaire, p. 111.