Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la victoire sur le fascisme constitue le mythe fondateur sur lequel nos sociétés ont bâti leur consensus moral et social. Mais derrière cette façade, l’antifascisme apparaît, en tant qu’idéologie, bien éloignée d’un imaginaire véritablement démocratique.
Après chaque agression revendiquée par des antifas, on entend, dans une partie de la droite, que les antifas seraient « les vrais fascistes ». Certains accusent les gauchistes d’être eux-mêmes fascistes au motif qu’ils recourraient à la violence ou refuseraient le débat. Depuis le drame, on entend également à gauche que la Jeune Garde aurait dévoyé la cause par ses méthodes violentes. Des eurodéputées comme la macroniste Valérie Hayer ou la socialiste Chloé Ridel ont dénoncé l’usage de « méthodes fascistes ».
Cette rhétorique est logique dans la bouche de la gauche, mais elle constitue un but contre son camp lorsqu’elle est reprise par la droite. Elle procède d’un postulat simple : le mal absolu se situe à l’extrême droite, laquelle contaminerait toute la droite, et plus on s’en éloigne, plus l’air deviendrait respirable. C’est le principe de la « fenêtre d’Overton » : à la droite de la droite se trouverait le mal absolu, et par extension, le discours le plus acceptable serait celui qui se situe à son opposé.
Qui n'est pas antifasciste serait fasciste
Contre le fascisme, tout serait donc permis, parce que le fascisme incarnerait le mal. Et celui qui s’oppose aux méthodes antifascistes deviendrait, par glissement, un allié des fascistes, voire un fasciste lui-même. D’ailleurs, ce sont les antifas qui désignent le fasciste : leur référence intellectuel, Jean-Paul Sartre, disait que c’est l’antisémite qui fait le Juif.
Mais cette rhétorique est en soi profondément biaisée. L’antifascisme ne serait pas une simple opposition à une idéologie qui n’est, en réalité, qu’un souvenir historique. Non, l’antifascisme est une idéologie à part entière, structurée comme une méthode d’activisme violent. Il puise ses racines simultanément dans le communisme et l’anarchisme, deux doctrines que l’on ne saurait qualifier de pacifistes.
Bien avant la mort de Quentin, l’antifascisme a été marqué par des attaques violentes, voire des attentats. L’Observatoire des Violences politiques a notamment rappelé qu’en 1925, des antifas avaient attaqué, armes à la main, une réunion des Jeunesses Patriotiques, tuant quatre personnes et en blessant une quarantaine.
Dans le reportage antifa « Chasseurs de Skins », les antifas racontent eux même comment, via SOS Racisme, le parti Socialiste finançait des bandes antifas pour faire des descentes nocturnes et tabasser ceux qu’ils auraient identifié comme « fascistes ».
D’ailleurs, définir que le fascisme est l’inventeur de la violence politique relève d’un contresens historique. La gauche possède sa tradition de violence : de la Terreur sous la Révolution française aux goulags soviétiques, que l’on ne saurait pourtant qualifier de fascistes.
La mort de Quentin, simple fait divers ?
Mais si la gauche accuse aujourd’hui son aile radicale de dévoyer l’antiracisme, ce qu’elle ne faisait pas lorsque des antifas tabassaient des militants de droite sans qu’il y ait de mort, les antifas dans la pure tradition antifasciste, adopteraient une autre stratégie : déshumaniser l’ennemi.
La mort de Quentin ne serait pas, dans ce cadre, un événement politique majeur, mais un simple fait divers : la mort d’un fasciste serait regrettable, du moins dans le discours public, mais ne constituerait qu’un détail dans la lutte contre la résurgence supposée du fascisme. Mediapart affirmerait ainsi qu’il était au C9M, en désignant un individu de dos, méconnaissable. Il deviendrait donc un néonazi ; sa mort ne serait plus un sujet. Pour Le Canard Enchaîné, une vidéo tronquée aurait démontré qu’il s’agirait d’une attaque fasciste contre des antifas, lesquels auraient donc eu le droit de « se défendre » à vingt contre trois et de terminer un homme à terre à coups de pied.
Puisque la violence politique serait le propre du fascisme, il deviendrait logique que ceux qui auraient attaqué les antifas, lesquels se revendiquent évidemment de « l’autodéfense populaire », soient les « fascistes ».
Nous avions déjà subi ce procédé en 2018, à Tolbiac, lorsque quelques militants de la Cocarde s’étaient rendus à une assemblée générale pour voter contre le blocage de la faculté. Repérés par des antifas et en sous-nombre, les patriotes ont dû quitter les lieux sous les coups, tout en se défendant. Le lendemain, dans Mediapart, il aurait été question d’une « descente fasciste » pour le simple fait d’être venus et de s’être défendus. Même scénario à Nanterre : on reprocherait à notre camarade Pierre-Romain Thionnet, ancien secrétaire général et actuel député au Parlement européen, d’avoir été présent avec des militants lors d’élections étudiantes à Nanterre, lorsque des antifas seraient venus les attaquer. Se défendre face aux antifas deviendrait déjà, dans ce récit, une violence fasciste.
L'antifasciste, un mythe qui s’effrite
Mais aujourd’hui, le mythe s’effriterait. La mort de Quentin aurait montré, aux yeux de nombreux Français, ce qu’était réellement l’antifascisme : un mythe désuet, un instrument politique, un récit mobilisateur au service d’une bourgeoisie de gauche. La minute de silence à l’Assemblée nationale a démontré qu’il ne serait plus aussi simple de désigner un opposant à la vindicte en le qualifiant de fasciste. Le nouvel écosystème médiatique de droite aurait également contribué à cette évolution.
À nous désormais de rendre hommage à Quentin, de montrer ce qu’est réellement la mouvance antifasciste, de contester sa légitimité, et de le diaboliser.
Par Luc Lahalle, Quentin Limongi et Vianney Vonderscher, anciens présidents de La Cocarde Étudiante
