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Banque de France : neutralité stricte à droite, indulgence à gauche

TCY, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

TCY, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

En 2025, la Banque de France a choisi de distinguer, et financer à hauteur de 2.000 euros, l’association Utopia 56 dans le cadre de ses « Trophées Responsables », censés valoriser des initiatives sociales et solidaires. Un choix qui suscite aujourd’hui des interrogations. Créée en 2015 dans le sillage de la crise migratoire, Utopia 56 s’est imposée comme l’une des ONG les plus actives dans l’aide aux migrants. L’association intervient notamment, depuis plusieurs années, dans les campements de Calais et de Grande-Synthe, particulièrement actifs entre 2016 et 2021, ainsi que dans les campements de migrants installés à Paris depuis 2018, où elle organise maraudes, distributions de nourriture et accompagnement juridique.

Mais l’action de l’ONG dépasse largement le simple secours humanitaire. Utopia 56 s’est aussi illustrée par des opérations militantes visant à dénoncer la politique migratoire française et à maintenir la pression sur les pouvoirs publics pour obtenir des solutions d’hébergement.

 

Dossier BDF Trophées Responsables 2025

Une ONG au cœur de plusieurs polémiques judiciaires

Ces actions ont régulièrement suscité des tensions avec les autorités. En mars 2026, plusieurs membres de l’association ont été entendus dans le cadre de trois enquêtes pénales ouvertes notamment pour diffamation, fausses alertes aux secours en mer dans la Manche et entrave potentielle aux opérations de police lors d’interventions liées aux campements de migrants.

Selon les autorités, certaines alertes transmises aux services de secours lors de traversées de migrants vers le Royaume-Uni auraient pu mobiliser inutilement les équipes de sauvetage. Une autre polémique avait déjà éclaté après une opération maritime menée par des militants proches de l’association dans le nord de la France, qui s’était soldée par l’interpellation d’une dizaine de personnes.

Malgré ces controverses, c’est bien cette ONG engagée dans la bataille migratoire que la Banque de France a choisi de distinguer au nom de la « responsabilité ».

Un cadre sous enquête pour des « likes »

La décision étonne d’autant plus qu’au même moment, l’institution a ouvert une enquête interne visant l’un de ses cadres dirigeants, accusé par certains syndicats d’avoir « liké » sur les réseaux sociaux des publications de Sarah Knafo et Matthieu Valet jugées trop proches de la droite radicale.

Selon une salariée de l’institution qui a accepté de témoigner pour BV anonymement, la campagne menée contre ce cadre surprend, en interne. « La CGT s’acharne sur un collègue qui n’avait jamais posé de problème. On analyse ses likes alors qu’il n’a même pas commenté les publications », explique-t-elle.

« On est dans une forme de maccarthysme : on transforme des opinions en quelque chose d’inacceptable dans le débat public. » Le contraste est frappant : d’un côté, un cadre visé pour quelques interactions numériques ; de l’autre, une ONG militante distinguée officiellement.

Des séminaires internes très orientés

Selon cette même source, plusieurs initiatives internes contribueraient à installer un climat idéologique au sein de l’institution. La Banque de France organise des conférences et séminaires consacrés à la diversité et à l’inclusion. L’une d’elles, intitulée « Pourquoi l’Égalité, la Diversité et l’Inclusion sont importantes pour les banques centrales », s’est tenue le 18 novembre 2025, mettant en avant les réseaux LGBTQIA+ en lien avec l'institution. Parmi les intervenants figurait Rita Choudhary, membre du Groupe ethnique et culturel de la Banque centrale européenne, un réseau interne visant à promouvoir la représentation des minorités au sein des banques centrales, comme l'explique la salariée de la Banque de France, à BV.

Présentées sous l’angle consensuel de la responsabilité sociale ou de l’inclusion, ces conférences serviraient aussi de vecteur idéologique. « Officiellement, ce sont des activités autour de la RSE* ou de l’inclusion… mais on en profite pour faire passer tout un discours militant », explique cette salariée. Et il est difficile, pour les agents, de s’y opposer. « On est soumis à un statut et tout cela est présenté de manière très officielle », ajoute-t-elle.

Une neutralité à géométrie variable ?

La séquence interroge. D’un côté, un cadre de la Banque de France se retrouve sous enquête pour quelques « likes » jugés politiquement incorrects. De l’autre, une association engagée dans la bataille migratoire reçoit un trophée officiel et un financement, et l'institution promeut un discours militant dans ses séminaires internes. Sollicitée par téléphone et par courriel par Boulevard Voltaire, la Banque de France n’a pas répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

Pour certains agents, le contraste est difficile à ignorer. « Quand un sujet un peu politique apparaît dans ces initiatives, cela va toujours dans le même sens », résume la salariée.

Reste une question simple : la neutralité exigée des agents de la Banque de France s’applique-t-elle vraiment à tous… ou seulement à ceux qui ne pensent pas dans le bon sens ?

* RSE : responsabilité sociale des entreprises

Yann Montero

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