
Pendant près de vingt-sept ans, le capitaine (er) Jean-Marie Dieuze a vécu au plus près de la Légion étrangère, de ses exigences, de ses silences, de ses blessures aussi. Avec Connaissez-vous ces hommes qui marchent là-bas… (Éditions Maïa.), il ne livre ni un récit de bataille ni une galerie d’exploits, mais un hommage aux hommes derrière l’uniforme : ces étrangers venus servir la France, parfois jusqu’au sacrifice suprême. À l’approche de Camerone, il revient pour Breizh-info sur ce monde méconnu, sur la vérité humaine du légionnaire, loin des clichés, et sur son choix de reverser l’intégralité de ses droits d’auteur au Foyer d’Entraide de la Légion étrangère.
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Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Pourquoi cette démarche ?
Je suis le capitaine (en retraite) Jean-Marie DIEUZE. Je me suis engagé en 1983 au sein de la Légion étrangère et j’ai quitté le service actif en 2010, après vingt-sept années de service.
J’ai servi dans des régiments prestigieux : le 2ᵉ R.E.P., la 13ᵉ D.B.L.E. et le 3ᵉ R.E.I., où j’ai eu l’honneur de commander une compagnie de légionnaires.
Entré comme simple légionnaire, j’ai gravi un à un les différents grades jusqu’à celui de capitaine.
Aujourd’hui encore, je poursuis mon engagement dans la réserve opérationnelle du Commandement de la Légion étrangère, à Aubagne.
Passionné d’écriture, j’ai souhaité apporter, à ma manière, un soutien aux anciens légionnaires, aux blessés ainsi qu’aux familles de légionnaires en difficulté. L’idée d’écrire un livre consacré à la Légion m’est alors apparue comme un moyen naturel d’unir ces deux engagements, en reversant l’intégralité des droits d’auteur au Foyer d’Entraide de la Légion étrangère.
Breizh-info.com :Vous écrivez très clairement que vous ne vouliez pas raconter les grandes batailles, mais “l’intimité du légionnaire”. À quel moment avez-vous compris que c’était ce versant-là de la Légion qu’il fallait transmettre au public ?
Très vite. Une évidence s’est imposée à moi : la littérature consacrée à la bravoure légendaire des légionnaires au combat existe déjà en abondance.
Elle s’adresse le plus souvent à des passionnés d’histoire ou du monde militaire, et touche plus rarement un public plus large, moins familier — ou moins attiré — par la chose militaire.
J’ai donc voulu parler d’autre chose : de l’homme derrière le képi blanc.
Breizh-info.com :Votre livre repose sur une idée forte : on connaît le képi blanc, mais on connaît mal l’homme qui le porte. Selon vous, quel est aujourd’hui le plus grand malentendu français sur la Légion étrangère ?
Le plus grand malentendu consiste sans doute à voir le légionnaire comme un proscrit, un homme en rupture, un réprouvé, comme un être à part qui viendrait se cacher dans les rangs de la Légion étrangère.
On oublie trop souvent l’homme qui porte ce képi blanc : un homme avec ses passions, ses envies, ses projets, ses talents. Un homme de son époque et de son temps, finalement pas très différent de tout un chacun.
C’est d’ailleurs ce qui étonne souvent les civils lorsqu’ils osent faire un pas vers un légionnaire et découvrent alors autre chose que l’image d’Épinal qu’ils s’en faisaient.
Breizh-info.com :Dans votre préambule, vous racontez votre parcours personnel, de la mine à la Légion. Diriez-vous que vous avez trouvé à la Légion une seconde naissance, ou plutôt une forme d’accomplissement de ce que vous portiez déjà en vous ?
Je pense que je n’aurais pas pu réussir au sein de la Légion étrangère si je n’avais pas déjà eu « quelque chose en moi » : la capacité de tenir, d’avancer, de me remettre en question, de m’améliorer.
La Légion ne donne rien gratuitement. Elle offre simplement une seconde chance et garantit une stricte équité de traitement. Elle encourage, elle pousse, elle sanctionne, elle récompense.
Mais, au final, c’est au légionnaire de faire son chemin : de progresser, de se dépasser et d’aller de l’avant.

Breizh-info.com :Le chapitre “Franchir le pas” est très fort parce qu’il montre l’engagement comme un moment de mélancolie, de peur, de volonté, presque de combat intérieur. Selon vous, qu’est-ce qui pousse le plus souvent un homme à entrer à la Légion : la fuite, la quête, ou le désir de se refaire ?
La fuite ? Non. On ne fuit pas ce que l’on est réellement.
La quête, certainement. Mais c’est une quête encore diffuse. Le candidat à l’engagement ne sait pas vraiment ce qu’il est venu chercher. Il ne connaît rien à la Légion étrangère.. Il ne le comprendra que quelques années plus tard, après avoir vécu l’instruction, les régiments de combat, les opérations.
Le désir de se refaire, peut-être.
Je dirais plutôt : le désir de se dépasser.
Breizh-info.com :Vous montrez admirablement que la fabrication du légionnaire passe par des gestes simples, répétitifs, parfois humiliants en apparence. Pourquoi ces choses minuscules — faire son lit, ranger, repasser, tenir la cadence — sont-elles en réalité si essentielles ?
Il n’y a rien d’humiliant dans ces petits gestes. Ils répondent simplement à une nécessité de service, à la vie en collectivité et, au final, à l’exigence opérationnelle.
Ils apprennent aux légionnaires que tout est, en réalité, affaire de détails. Des choses simples, qui peuvent paraître insignifiantes lorsqu’on les considère isolément. Mais, sur un théâtre d’opérations, les détails prennent une importance considérable, parfois même vitale.
On apprend ainsi au légionnaire qu’il est responsable, à son niveau, des tâches qui lui sont confiées et qu’il doit toujours les accomplir avec le souci de bien faire.
Il n’y a ni petites actions ni grandes actions : tout compte pour la réussite de la mission.
Breizh-info.com :Votre livre insiste beaucoup sur la camaraderie, mais aussi sur la dureté du cadre. Comment définiriez-vous la juste frontière entre la fraternité et la brutalité nécessaire dans une institution comme la Légion ?
Le cadre, qu’il soit sous-officier ou officier, n’est pas dur : il est juste. Il n’est nul besoin de brutalité pour se faire obéir.
Sur un théâtre d’opérations, chacun doit pouvoir compter sur chacun. Mais cette exigence vaut aussi au quartier, dans la vie de tous les jours, en service comme hors service. C’est là tout le sens de la fraternité.
En revanche, la vie d’un combattant est, par nécessité, une vie exigeante et rude. « La sueur épargne le sang » n’est pas un slogan : c’est la réalité de l’entraînement opérationnel.
Breizh-info.com :Vous consacrez des chapitres au “cafard du légionnaire”, à ceux qui désertent, à ceux qui renoncent. Pourquoi était-il important pour vous de parler aussi de ces failles, alors que beaucoup de récits sur la Légion préfèrent entretenir uniquement l’image du guerrier invulnérable ?
Le « cafard du légionnaire » est une réalité. Je l’ai moi-même connu, comme sans doute tous les légionnaires à un moment ou à un autre.
Le légionnaire est un homme, avec ses failles, ses états d’âme, ses pensées, ses souvenirs. Il ne peut donc échapper à sa condition humaine.
Aucun guerrier n’est invulnérable : chacun porte en lui sa propre vulnérabilité.
Il m’a donc semblé important de ne pas dissimuler cette réalité.
Breizh-info.com :Les chants structurent tout votre livre. Pourquoi sont-ils, selon vous, bien plus qu’un folklore ou qu’un décor de tradition ? En quoi disent-ils quelque chose de plus profond sur l’âme légionnaire ?
Les chants constituent une part essentielle de l’histoire de la Légion étrangère. Chacun raconte une histoire. Et, lorsqu’ils sont chantés, ils laissent passer des émotions qui sont propres aux légionnaires.
Ils évoquent tous les aspects de leur vie : l’engagement, l’instruction, la vie en régiment, la fraternité, la dureté du quotidien, les qualités comme les défauts du légionnaire.
Ils parlent aussi de leurs sentiments, de leurs amours, de leurs familles.
En somme, tout ce qu’est un légionnaire se retrouve dans ces chants.
Breizh-info.com :La misère de certains, la question du départ, l’utilité du sacrifice. Est-ce là, au fond, le vrai sujet du livre : non pas seulement servir, mais ce que ce service laisse dans une vie entière
Le véritable sujet du livre se trouve peut-être dans la devise de la Légion étrangère : Honneur et Fidélité.
Servir n’est finalement que la conséquence de cet engagement exigeant.
Avec le temps, cet état d’esprit devient chez le légionnaire une seconde nature et marque durablement son âme.
C’est pourquoi l’on dit de lui, lorsqu’il quitte les rangs : il a servi avec honneur et fidélité.
D’ailleurs, le thème retenu par le général Cyrille Youchtchenko, commandant la Légion étrangère, cette année pour la célébration du combat de Camerone, qui aura lieu le 30 avril, est :
« La noblesse de servir ».
vAprès plus de vingt-sept ans sous le képi blanc, si vous deviez résumer en une seule phrase ce qu’est “Monsieur Légionnaire”, non pas dans la légende mais dans le réel, que diriez-vous ?
« Monsieur Légionnaire », c’est un homme ordinaire qui accomplit des choses extraordinaires, simplement parce qu’elles comptent pour la Légion étrangère, pour ses chefs, pour ses camarades, pour les autres et pour lui.
Propos recueillis par YV
Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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