Mais derrière la fête bruyante de LFI, le RN franchit, au plan national, un pas décisif. Le parti revendiquait 1.280 conseillers municipaux, à l’issue du premier tour. Combien en aura-t-il, ce lundi ? Combien de plus que ce qu’il avait jusqu’ici ? Il est trop tôt pour faire ce calcul, mais le chiffre marquera à l’évidence le saut spectaculaire d’un parti national riche de ses sondages à la présidentielle vers un mouvement à l’ancrage local considérable et en pleine dynamique. Un mouvement enraciné dans la France des communes, grandes et petites.
Revanche
Car, outre les conseillers municipaux, de nombreuses villes rejoignent les quelques bastions du RN très peu nombreux et isolés jusqu’ici. Ce soir, le parti de Bardella et ses alliés de l’UDR peuvent revendiquer d’abord la ville de Nice, gagnée de haute lutte par Éric Ciotti sur Christian Estrosi, installé depuis 2017. Nice, c’est plus de 350.000 habitants, soit bien davantage que Saint-Denis (150.000 habitants) et Roubaix (100.000) cumulés. Ciotti, sur lequel personne n’aurait misé pour relever la France, voilà encore cinq ans, apporte à la droite patriote une immense victoire, plus que symbolique. Elle marque la fragilité du centrisme teinté de macronisme opportuniste si bien représenté par Estrosi. Ce succès montre surtout l’efficacité du positionnement d’Éric Ciotti, qui a eu le cran de quitter LR pour nouer une alliance avec le RN. Condamné, moqué, méprisé, attaqué par son parti d’origine, Éric Ciotti n’a pas bronché ni varié de ligne depuis sa décision. Son élection représente une revanche sur son ancien parti, valide sur le terrain municipal son initiative et confirme sa lecture du spectre politique.
La prise de Nice accompagne, bien sûr, la défaite du RN à Marseille (lire l'article de Sarah-Louise Guille), à Toulon où Laure Lavalette reste loin de la barre des 50 % (lire l'article d'Yves-Marie Sévillia) ou à Nîmes (lire l'article de Gabrielle Cluzel) ou encore la perte de Villers-Cotterêts. Mais dans ces villes comme dans toutes celles où le RN est battu, l’opposition municipale travaillera pour préparer l’alternance. En s'appuyant sur les nombreuses villes qui basculent sous gestion du parti.
Ancrage historique
Outre Nice, le RN s’installe à la mairie de La-Seyne-sur-Mer (63.000 habitants), de Carcassonne (46.000 habitants) et d’une palanquée de villes de 30.000 habitants : Orange, Agde, Carpentras (lire l'article de Georges Michel), Menton (où Alexandra Masson bat Louis Sarkozy) et bien d’autres plus petites comme La Flèche (15.000 habitants), en dehors des grandes régions de force du parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Cette dernière ne s’y est d’ailleurs pas trompée : « C’est par dizaines que le Rassemblement national remporte, ce soir, des communes à l’issue du second tour des élections municipales, a-t-elle lancé, sur X. C’est une immense victoire, et la confirmation de la stratégie d’implantation locale du Rassemblement national. […] Ce soir, ce sont des dizaines de maires et des milliers de conseillers municipaux RN qui sont élus ! »
Les élections municipales de mars 2026 resteront marquées par l’ancrage historique du RN dans le paysage de la politique locale française. Outre ses députés, le parti pourra compter sur un tissu de maires, de conseillers municipaux… et de grands électeurs qui désigneront, demain, les sénateurs. « Le Rassemblement national est devenu cette force tranquille dont la France a besoin pour entamer sa renaissance », a lancé Jordan Bardella, ce 22 mars au soir. Le pari de l’accès au pouvoir est loin d’être gagné pour le RN, mais les municipales n’ont pas de quoi enrayer la dynamique du parti dans les sondages. Bien au contraire.