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Une porte nucléaire pourrait s’ouvrir

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Une porte nucléaire pourrait s’ouvrir…

Dans la nuit du 21 au 22 mars 2026, des missiles iraniens ont frappé les villes israéliennes d’Arad et Dimona.[i] Dimona est une zone sensible, car elle est proche d’un site nucléaire israélien. Ces événements s’inscrivent dans l’escalade militaire actuelle entre Iran et Israël. Ces frappes sont présentées comme une riposte de Téhéran après des attaques contre les installations nucléaires du site de Natanz, selon plusieurs sources documentées.[ii]

Vers l’escalade ?

Si l’Iran a interprété la frappe sur Natanz[iii] comme une tentative délibérée de la coalition de provoquer un incident nucléaire catastrophique, une sorte de «  raccourci  » vers la victoire par le biais d’un désastre environnemental et humanitaire, alors nous devrions prendre conscience de la folie vers laquelle cette guerre insensée peut nous entraîner tous.

Le conflit n’a connu aucun apaisement en trois semaines. Au contraire, la portée et la sophistication des tirs de missiles iraniens ne cessent de croître, dans toutes les directions du Moyen-Orient, incluant des bases américaines et le territoire israélien.[iv]

Il ne fait désormais plus de doute que l’arsenal iranien avec ses missiles de précision, est capable de traverser le Dôme de Fer et constitue une menace pour les sites stratégiques en Israël. Mais l’inverse est tout aussi vrai, le site nucléaire de Bushehr en Iran peut également être atteint. En effet, un projectile a frappé cette centrale vers le 17 mars 2026 à l’intérieur du site, à environ 350 mètres du réacteur ; qui a été confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).[v]

Cette pression pourrait créer par les deux camps est un terrain fertile pour une escalade nucléaire et, si elle n’était pas maîtrisée rapidement, entraînerait des conséquences qui pourraient être bien plus graves que quiconque ne peut aujourd’hui le prévoir.

Une éventuelle riposte dévastatrice

L’Iran pourrait exécuter une riposte dévastatrice à partir de ses arsenaux retranchés. Le fait est que l'Iran n'a pas été inspecté depuis près de neuf mois, soit largement assez de temps pour potentiellement avoir développé clandestinement une arme nucléaire. Techniquement, l'Iran possède les matières chimiques, les moyens technologiques, le calendrier et au moins 4 à 6 modèles de missiles modernes à double capacité conçus pour transporter des ogives nucléaires.

Mais au-delà de la seule question nucléaire, cette guerre semble désormais s’inscrire dans une logique de jusqu’au-boutisme, où chaque camp repousse progressivement les limites de l’inacceptable. Les menaces ne portent plus uniquement sur des objectifs militaires, mais sur des infrastructures vitales  : centrales électriques, réseaux énergétiques, et même installations de dessalement d’eau.[vi] Or, dans une région où l’accès à l’eau dépend massivement de ces installations, leur destruction équivaudrait à priver des millions de civils de ressources essentielles en quelques jours seulement.

Cette dynamique du «  coup pour coup  » est désormais assumée. L’Iran a averti qu’en cas d’attaque contre ses centrales électriques,[vii] il viserait en retour les infrastructures énergétiques et hydrauliques adverses, tandis que les États-Unis ont eux-mêmes envisagé des frappes contre le réseau énergétique iranien. Par ailleurs, des responsables iraniens ont laissé entendre que leurs capacités balistiques pourraient atteindre des cibles situées jusqu’à 4 000 kilomètres,[viii] incluant potentiellement des alliés des États-Unis au-delà du Moyen-Orient, notamment en Europe. Cette extension implicite du théâtre des opérations renforce encore le caractère global et potentiellement incontrôlable de l’escalade en cours.

Dans ce contexte, la guerre changerait de nature  : elle ne viserait plus seulement à affaiblir militairement l’adversaire, mais à rendre son territoire invivable. L’électricité, l’eau, les systèmes de production deviendraient des cibles stratégiques, faisant basculer le conflit vers une logique de destruction systémique.

C’est précisément dans ce type de dynamique que le risque nucléaire devient le plus élevé  : lorsque chaque ligne rouge a déjà été franchie, lorsque les infrastructures civiles sont déjà visées, et que la seule escalade restante est celle de l’arme ultime.

Des egos aux manettes

À cela s’ajoute un facteur déterminant  : la concentration du pouvoir entre les mains de quelques dirigeants aux trajectoires et aux logiques profondément antagonistes. Le Premier ministre israélien est sous le coup d'une menace de mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour des soupçons de crimes de guerre et crimes contre l'humanité liés au conflit dans la bande de Gaza.

De son côté, le président américain a multiplié les démonstrations de force et les prises de position offensives sur plusieurs théâtres internationaux  : Ukraine, Venezuela, Groenland, Cuba et menaces diverses sur l’explosion de taxes d’importation, contribuant à une instabilité globale, à des prises de positions personnelles incompréhensibles et à une imprévisibilité stratégique croissante.

Enfin, du côté iranien, le système repose sur l’autorité d’un Guide Suprême, fonction historiquement marquée par une forte rigidité idéologique et une capacité à maintenir une ligne dure face aux pressions extérieures. L’assassinat d’Ali Khamenei le 28 février aurait eu tendance à rassembler le peuple iranien contre ses belligérants.[ix]

Lorsque des décisions d’une telle gravité reposent sur un nombre aussi restreint d’acteurs, dans un climat de confrontation directe et de défiance absolue, le risque n’est plus seulement celui d’une erreur, mais celui d’un engrenage. Une guerre où chacun avance sans véritable limite claire où tout devient progressivement envisageable, y compris le pire.

Et si cela prenait la direction d’échanges nucléaires  ?

Dans un tel scénario, la logique de dissuasion[x] pourrait céder la place à une dynamique d’escalade rapide et incontrôlable. À la première utilisation d’arme nucléaire, même dite «  tactique  », cela bouleverserait immédiatement les équilibres régionaux et internationaux. L’effet psychologique, autant que militaire, pousserait l’adversaire à répondre, soit pour maintenir sa crédibilité stratégique, soit par crainte d’une seconde frappe encore plus dévastatrice.

Un enchaînement de représailles pourrait alors se produire en quelques heures, voire quelques minutes, impliquant non seulement les acteurs directs du conflit, mais potentiellement leurs alliés. Les grandes puissances, liées par des engagements stratégiques ou des intérêts géopolitiques, pourraient être entraînées malgré elles dans une spirale de confrontation élargie, rappelant ce qui se passa en ouverture de la Première Guerre mondiale et le système des alliances…

Les conséquences humanitaires[xi] seraient sans précédent à l’échelle régionale  : destruction massive des infrastructures, pertes civiles considérables, effondrement des systèmes de santé et déplacements de populations à grande échelle. À cela s’ajouteraient des effets environnementaux durables, notamment en cas de frappes sur des installations nucléaires civiles, entraînant des contaminations radioactives étendues et éternelles.

Au-delà de l’impact immédiat,[xii] un tel conflit remettrait en cause les fondements mêmes de la sécurité internationale. Le tabou de l’arme nucléaire, maintenu depuis des décennies, serait brisé, ouvrant la voie à une prolifération accrue et à une instabilité globale durable.

À ce stade une porte du nucléaire s’est entrouverte…[xiii] Il ne s’agit donc plus de gagner une guerre, mais de savoir jusqu’où ces États et leurs décideurs sont prêts à aller pour ne pas la perdre - Lorsque l’eau, l’électricité et la survie même des populations deviennent des cibles, et les menaces de destructions de sites nucléaires sont tangibles, alors la frontière entre stratégie et anéantissement cesse tout simplement d’exister ; allons-nous appeler cela apocalypse ?

Pour trois poings levés pour des vieillards… La terre entière peut brûler.

Georges ZETER/mars 2026

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