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[ÉDITO] La bataille des intercos est lancée : un rude combat s’annonce pour le RN

Capture d'écran
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C’est fait : depuis ce dimanche 30 mars, tous les conseils municipaux de nos 36.000 et quelques communes sont désormais installés et les maires attelés à leur tâche. Reste le « quatrième tour », c’est-à-dire les élections des bureaux des conseils d'agglomérations et autres communautés de communes, au plus tard avant le 24 avril.

L'enlèvement des ordures, c'est eux

Généralement, on n'y prête que peu d’attention, puisqu’il s’agit d’une élection d’élus par des élus. Les conseils communautaires sont en effet constitués par un échantillon de conseillers municipaux (majorité et minorités municipales), proportionnel à la population de chaque commune. Pourtant, on a tort de se désintéresser de cette élection, car ces établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), comme on les appelle, gèrent une grande partie de notre quotidien, et ce, avec notre argent. Par exemple, le développement économique à travers, notamment, la création de ces « zones d’activité », que l’on voit pulluler en périphérie de nos villes et parfois villages, c’est eux. La collecte et le traitement des déchets des ménages, c’est eux aussi. Si vous êtes propriétaire, jetez un coup d’œil sur votre avis de taxe foncière où vous trouverez le montant de votre taxe d’enlèvement des ordures ménagères (la TEOM) et comparez d’une année à l’autre… Par exemple, entre une année post et une année pré-élections municipales… Très souvent, la politique du logement est aussi confiée à ces EPCI qui se substituent ainsi aux communes.

Les communautés de communes : de véritables molochs

Avec le temps, ces EPCI qui avaient – et ont encore – le but louable de mutualiser certains services publics qu’une commune ne peut assurer seule efficacement, surtout si elle est petite, sont devenus des sortes de molochs qui dévorent petit à petit les pouvoirs des maires que vous venez d’élire en pensant qu’ils pouvaient tout régler « à portée de baffes », comme il est devenu de moins en moins amusant de dire. Jadis, la Macronie arrogante voulait d'ailleurs étendre un peu plus les pouvoirs des « intercos » au détriment des communes. Au fond, ces intercos sont, peu à peu, aux communes ce que l’Union européenne est devenue aux États membres. Les administrations de ces EPCI, ne serait-ce que par les compétences techniques qu’elles concentrent, font que, très souvent, elles orientent, discrètement mais fortement, les décisions politiques. Comme à l’Union européenne...

Jamais le RN n'a présidé une interco

Cette année, il y a pourtant une raison supplémentaire de suivre de plus près ces élections communautaires qui viennent dans les prochains jours. Une raison essentiellement politique, et ce, compte tenu de la conquête d’un nombre important de villes moyennes par le Rassemblement national. Villes moyennes qui sont souvent les « villes-centres » des ces communautés de communes ou d’agglomération. En général, le poids démographique de ces villes fait qu’elles pèsent lourd dans l’« interco ». Un poids qui se concrétise par un nombre important de conseillers communautaires issus de la majorité de la ville-centre ». Néanmoins, ces villes-centres pèsent lourd, mais pas suffisamment pour emporter la majorité au conseil communautaire.

L’enjeu est donc plus important qu’on ne le pense car, jusqu’à aujourd’hui, le Rassemblement national n’a jamais présidé une interco ou une agglo. Par exemple, Louis Aliot, lors de son premier mandat de maire de Perpignan (120.000 habitants), de 2020 à 2026, n’était pas président du conseil de communauté de Perpignan Méditerranée Métropole (280.000 habitants, 37 communes). Il n’était que le cinquième vice-président des quinze que compte l’exécutif, présidé par un ancien LR, maire de Saint-Estève, une commune de 12.000 habitants.

Les téléphones doivent chauffer

Autre exemple, dans le Vaucluse, avec la victoire, à Carpentras (30.000 habitants), du Rassemblement national. Il n’est pas du tout assuré qu’il pourra transformer sa conquête de la ville-centre à l'échelon de la communauté d’agglomération Ventoux-Comtat-Venaissin (CoVe, 72.000 habitants, 25 communes). La présidente sortante de la CoVe, ancienne première adjointe de la municipalité de gauche à Carpentras, déclarait, la semaine dernière, à nos confrères de La Provence : « Ce que j’espère, c’est qu’il n’y aura qu’un candidat parmi les maires non RN de la CoVe. » La même qui disait, il y a six ans, en devenant présidente, que la politique nationale n'avait pas sa place à l'interco... Sur les 25 communes de la CoVe, deux seulement sont RN : Carpentras et Aubignan (6.000 habitants). On peut imaginer que pour concrétiser son espoir, la présidente sortante a dû faire chauffer son téléphone, ces derniers jours… Et, comme par hasard, l'installation du conseil communautaire aura lieu ce mardi 31 mars, une semaine tout juste après le second tour des municipales, alors que la loi permet de faire les choses tranquillement jusqu'au 24 avril. Peut-être pour éviter que le téléphone d'Hervé de Lépinau, nouveau maire RN de Carpentras, ne chauffe lui aussi... Un « barrage républicain » filtrant !

Il faudra suivre aussi ce qu'il se passera du côté de Montargis (Loiret), de La Flèche (Sarthe) où, dès avant le second tour des municipales, cinq maires, vice-présidents sortants de l'interco du Pays Fléchois, ont appelé à « faire barrage », déclarant qu' « on ne pourrait pas travailler avec le RN »Il faudra aussi observer comment les choses se passeront à Tarascon (Bouches-du-Rhône) ou encore à Carcassonne (Aude). Toutes ces communes ayant élu des maires RN. La marche du Rassemblement national vers le pouvoir est peut-être inexorable, mais elle est longue et, localement, semée d’embûches…

Georges Michel

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