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[ÉDITO] Un prêt pour acheter du carburant : on en est donc là !

station service pétrole gaz oil
@Unsplash
En mars, le prix du gazole à la pompe a augmenté, en moyenne, de 28 % ; celui du sans plomb d’environ 15 % (chiffres officiels). Si l’on en croit l’Observatoire des territoires (« ces territoires que nous aimons tant », comme aurait pu dire le regretté Jean-Pierre Pernaut), les Français habitent en moyenne à 18 kilomètres de leur lieu de travail. Une moyenne qui ne veut pas dire grand-chose, mais bon, ça permet de se faire une petite idée de l’ampleur des dégâts. Car dégâts il y a, potentiellement.

Aller travailler devient un luxe

18 kilomètres, c’est, par exemple, la distance entre Paris et Versailles avec une multitude de moyens de transport en commun entre les deux villes. Donc, là, ça va. Mais, dans bien des régions, bien des villes, bien des villages, il n’y a pas d’autre choix que de prendre la voiture pour aller travailler, notamment si, au passage, on en profite pour déposer les enfants à l’école, au collège et au lycée. Vous savez ce que c'est.

Mais restons sur cette moyenne de 18 kilomètres, soit 36 kilomètres par jour. Avec une consommation moyenne de 6 litres de gazole pour cent kilomètres, on est à 2 litres par jour. Au 1er janvier, cela représentait un coût quotidien de 3,30 euros. Dit comme ça, ça ne fait pas beaucoup. Au 1er avril, il en coûte désormais environ 4,48 euros par jour avec un litre de gazole passé de 1,66 à 2,24 euros. Là, ça commence à faire beaucoup. Prenons un Français qui travaille à temps plein sur 250 jours ouvrés (ces Français qui se lèvent tôt le matin et qui sont des millions), la facture annuelle risque de passer de 825 à 1.120 euros. Presque 300 euros de plus en moins sur l’année, rien que pour aller travailler.

Maintenant, si vous habitez à Eymoutiers (ville de la Haute-Vienne prise au hasard sur la carte de l’Observatoire des territoires), la distance moyenne entre le domicile et le lieu de travail était, en 2022, de… 41 kilomètres. On refait le même calcul que précédemment : il en coûtait jusqu'à maintenant près de 1.970 euros de carburant sur une année de travail ; il en coûtera désormais - si les prix restent à ce niveau - 2.755 euros par an. Aller travailler devient un luxe, dans ces « territoires ».

Que va faire le gouvernement ? Rien

Si l’on ajoute à cela que les salaires sont en général plus bas dans cette France périphérique qu'ailleurs (pour les professions intermédiaires, le salaire net mensuel moyen est de 2.480 euros en Haute-Vienne, contre 3.272 euros dans les Yvelines, sources INSEE). Certes, se loger coûte plus cher en région parisienne que dans la France périphérique, mais l’on voit tout de suite l’impact au quotidien que cette augmentation du carburant va avoir dans le budget de ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre leur voiture pour aller travailler. Car, précisons-le, le RER C - ni le A, d’ailleurs - ne passe pas par Eymoutiers. Et l’on ne parle même pas de l’augmentation générale des prix qui, par effet de ricochet ou de boule de neige, va sans doute frapper tous les secteurs, comme l’a fort bien expliqué le professeur Sulzer, la semaine dernière, dans ces colonnes. Aller remplir le chariot de commissions au supermarché du coin va devenir aussi un luxe.

Que va faire le gouvernement pour les ménages ? Apparemment, rien. L’état de nos finances, vous savez... Donc, pas question de baisser la TVA ou autre accise sur les énergies (nouveau nom de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques). Dont acte. Les gilets jaunes avaient envahi les ronds-points de ces territoires que l'on aime tant pour moins que ça. Édouard Philippe, qui se rêve un destin national, a dû en garder quelques bribes de souvenir.

Une idée géniale : un prêt pour faire le plein

En revanche, le gouvernement, qui aime les entreprises, comme chacun sait, a eu une idée vraiment géniale : un « Prêt Flash Carburant » pour les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME) les plus exposées au coût de l’énergie (transport, agriculture, pêche) et dont les dépenses de carburant dépassent 5 % du chiffre d’affaires. À 4,9 %, c’est mort, faudra faire autrement. Quant à l'infirmière en libéral d'Eymoutiers (et d'ailleurs, aussi) qui fait cent bornes par jour pour aller faire des piqûres ou changer un pansement, c'est mort aussi. Ce prêt, d’une durée de remboursement de 36 mois, est destiné à « faire de la trésorerie ». Accordé par Bpifrance, la Banque publique d’investissement française, adossée à la Caisse des dépôts, ce prêt pourra porter sur 5.000 à 50.000 euros au taux de 3,8 %.

On en est donc là, en France : proposer des prêts aux entrepreneurs afin qu’ils puissent acheter du carburant pour faire tourner leur entreprise et, au passage, pour payer à l’État les taxes sur le carburant (en moyenne, 60 % du prix). Il n’y a pas d’autres mots : c’est tout simplement génial ! Une sorte de crédit à la consommation garanti par l’État pour l'État. L’État qui, du reste, est un modèle du genre en la matière, avec plus de 2.800 milliards de dette (80 % de la dette publique qui, elle, a dépassé à ce jour les 3.500 milliards) et qui emprunte sur les marchés, plus pour fonctionner et rembourser les emprunts que pour investir pour l'avenir. On appelle ça faire de la cavalerie. Une cavalerie française qui poursuit sa charge démente vers le gouffre.

Georges Michel

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