
À quelques jours d’un scrutin que de nombreux observateurs européens présentent déjà comme le plus incertain de ses quinze années au pouvoir, Viktor Orbán refuse d’entrer dans le jeu. Invité de l’émission Ultrahang, le Premier ministre hongrois a tenu à renvoyer dans les cordes tous ceux qui, à Bruxelles comme à Budapest, affirment connaître à l’avance le nom du vainqueur. Un message à double destinataire : ses adversaires, qu’il accuse implicitement de prendre les Hongrois pour acquis, et son propre camp, qu’il veut remobiliser dans la dernière ligne droite.
La formule est taillée pour marquer les esprits : proclamer qu’une élection est pliée d’avance relève, selon lui, d’un manque de respect impardonnable envers les électeurs. Derrière l’apparente humilité démocratique, l’intention politique est limpide. Orbán sait que la certitude de la défaite démobilise, et que la certitude de la victoire endort. En refusant les deux, il cherche à transformer chaque vote en un acte décisif.
Un calendrier de campagne assumé
Le maître de Budapest a une explication toute faite pour le retard apparent de son camp dans certains sondages : un parti au pouvoir n’a pas le luxe de faire campagne à temps plein. Il doit gouverner en même temps qu’il doit convaincre. C’est, dit-il, ce qui explique que la machine du Fidesz entre systématiquement dans la bataille plus tard que ses rivaux — et, affirme-t-il, avec plus de force. Depuis le 15 mars, date hautement symbolique en Hongrie puisqu’elle commémore la révolution de 1848, il assure que son camp avance sans discontinuer.
Reste une inconnue que le dirigeant hongrois lui-même admet sans détour : la place prise par le numérique. Pour la première fois, la campagne hongroise se joue autant sur les réseaux que sur le terrain, et personne ne sait exactement dans quelle mesure l’agitation en ligne se traduit dans les urnes. C’est un aveu rare dans la bouche d’un homme qui a construit une partie de sa longévité politique sur la maîtrise des codes de communication.
Von der Leyen dans la ligne de mire
Sur le front européen, Orbán n’est pas en reste. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen essuie une charge particulièrement sèche. Le Premier ministre lui reproche de s’être systématiquement rangée du côté de Kiev dans les différends qui opposent la Hongrie à l’Ukraine, alors même que son rôle devrait la conduire, estime-t-il, à défendre les États membres de l’Union. Une accusation grave, qui justifie à ses yeux les affiches polémiques placardées à travers le pays et sur lesquelles la présidente de la Commission apparaît en mauvaise posture. « Ce n’est pas une sanction très sévère », glisse-t-il avec une ironie mordante.
Même ton cinglant lorsqu’il aborde le dossier de l’oléoduc Droujba, qui alimente une partie de l’Europe centrale en pétrole russe et que Kiev voudrait voir fermé. Pour Orbán, la gestion bruxelloise du dossier relève de la pure mise en scène : beaucoup de déclarations, aucun résultat, et au bout du compte, une Commission qui s’aligne sur les exigences ukrainiennes au détriment des intérêts de ses propres États membres.
« Les Russes ont commandé un café »
Mais c’est sur la stratégie européenne face au conflit russo-ukrainien que le Premier ministre hongrois se montre le plus caustique. Il reconnaît avoir cru, un temps, que l’Europe finirait par suivre Washington dans un virage vers la négociation. Il en est revenu. Les dirigeants du continent persistent, selon lui, dans une logique d’usure économique de la Russie par les sanctions qui n’a jamais tenu debout.
Le raisonnement d’Orbán, il faut le reconnaître, a le mérite de la clarté arithmétique : comment un continent qui ne dispose ni des matières premières ni de l’énergie nécessaires à son propre fonctionnement peut-il espérer épuiser économiquement une puissance qui en possède en quantité quasi illimitée ? La réponse, pour lui, tient en une image : pendant que l’Europe se démène, « les Russes se sont calés dans leur fauteuil et ont commandé un café ». La formule est destinée à circuler — et elle circulera.
Le spectre d’un choc financier
Le Premier ministre ne s’arrête pas au constat. Il prévient : l’Europe pourrait bientôt se retrouver prise en tenaille entre une crise énergétique qui n’en finit pas et une crise financière en gestation, alimentée par la remontée des taux et le refinancement à prix fort des dettes accumulées pendant les années d’argent gratuit. Une conjonction qui pourrait, selon lui, provoquer un choc économique majeur, auquel la Hongrie devra faire face avec discipline et coordination.
Derrière cet avertissement, il y a évidemment un argument de campagne : face à un tel horizon, mieux vaudrait un pilote expérimenté qu’un équipage de novices. Mais au-delà du calcul politique, le diagnostic économique mérite d’être versé au débat, au moment où plusieurs capitales européennes commencent discrètement à s’inquiéter du mur de refinancement qui se dresse devant elles.
Orbán referme l’entretien comme il l’avait ouvert, sur sa ligne directrice : les élections ne se gagnent ni dans les sondages, ni dans les éditoriaux, ni dans les certitudes d’état-major. Elles se gagnent dans l’isoloir. Il dit s’y préparer. Ses adversaires feraient bien d’en faire autant.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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