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Les robots… Qu’en dit le pape ?

Par Gérard Leclerc

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Georges Bernanos publiait son essai La France contre les robots, afin de dénoncer une civilisation des machines qui prendrait de plus en plus le dessus sur la civilisation de la liberté. Avec la distance, et malgré les différences évidentes qui nous séparent d’un siècle à l’autre, certains propos de l’écrivain ne peuvent manquer d’impressionner : « La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âmes à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses raisons de vivre. Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. »

De Bernanos à Léon XIV

En 1945, Bernanos ne pouvait encore prévoir la suprême perfection qu’apporterait à la technique l’intelligence artificielle. Mais certains des mots qu’il emploie paraissent tout à fait adaptés à la situation qui s’est créée avec les progrès décisifs de la science. Il est frappant, à ce sujet, de comparer son langage à celui du pape Léon XIV à l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales. De formation scientifique, le Saint-Père est particulièrement averti des problèmes posés par la technologie numérique. Il déplore ainsi « la confiance naïve et acritique », qui considère qu’avec l’intelligence artificielle toutes les difficultés seront résolues. Bien au contraire, nous nous trouvons face à un défi qui met en cause les facultés les plus précieuses : « Les algorithmes affaiblissent la capacité d’écoute et de pensée critique et augmentent la polarisation sociale. »

En se contentant, poursuit le Pape, « d’une compilation statistique artificielle, nous courons le risque d’éroder nos capacités cognitives », en démantelant nos facultés créatrices. Au bout du compte, à force d’enterrer les talents reçus, nous sommes conduits « à cacher notre visage et à faire taire notre voix ». C’est même notre relation à Dieu qui se trouve compromise. N’est-il pas proprement effarant que Léon XIV ait été dans l’obligation de rappeler au clergé qu’il s’agit de lutter contre la tentation de préparer ses homélies à l’aide de l’intelligence artificielle ? C’est au cours d’une rencontre avec les prêtres du diocèse de Rome qu’il a lancé cette mise en garde : « Prononcer un véritable sermon, c’est partager la foi » a-t-il expliqué. Il s’agit d’une expérience spirituelle de nature singulière, qui exclut toute paresse intellectuelle et tout recours à une technique qui suppléerait à la méditation intérieure et à l’expression la plus personnelle. Qu’aurait dit Georges Bernanos d’une telle appropriation de la vie ecclésiale par la civilisation des robots ? Elle l’aurait proprement scandalisé, mais il n’aurait pas été tellement surpris, lui qui dans la civilisation des machines constatait que « la vie intérieure prend peu à peu un caractère anormal ». Voilà bien le péril dont Léon XIV entend nous prémunir.

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/12/les-robots-quen-dit-le-pape/

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