Pour l’édile, la logique est limpide : une collectivité ne saurait financer une structure qui conteste son action en justice : « S’ils veulent nous attaquer, d’accord, mais pas avec l’argent des contribuables. » « Ce n’est pas tellement supprimer les subventions pour supprimer les subventions », dit-il, mais bien une question de principe et de cohérence.
Une association très active sur le terrain judiciaire
Une bataille ancienne, à Hénin-Beaumont par exemple. Dès 2014, la municipalité de Steeve Briois avait mis fin à la mise à disposition d’un local auprès de la Ligue des droits de l'homme, tout en réclamant environ 36.000 euros correspondant à son occupation. Ce qui avait donné lieu à un contentieux entre la mairie et l’association.
Ce bras de fer s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’une activité contentieuse soutenue de la Ligue des droits de l'homme contre l’État et les collectivités. Ces dernières années, l’association a multiplié les recours, qu’il s’agisse d’arrêtés municipaux (anti-mendicité, anti-burkini), de dispositifs de maintien de l’ordre ou encore de décisions liées à la gestion des campements de migrants. Une stratégie assumée de contre-pouvoir via les tribunaux qui l’a conduite à obtenir plusieurs décisions favorables.
Cette approche trouve également un écho au sommet de l’État. En avril 2023, alors ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin déclarait au Sénat, à propos de la LDH : « Je me demande si on doit continuer à subventionner des associations qui mettent en cause la République. »
Une doctrine nationale mais un choix revendiqué comme local
La décision prise à Carcassonne, ou dans d'autres collectivités telles que Hénin-Beaumont, s’inscrit dans le cadre d'une orientation défendue par le Rassemblement national, qui plaide pour une remise à plat des subventions publiques.
Dans ses propositions budgétaires pour 2026, le RN évoque notamment une baisse des subventions aux associations qui ne relèvent pas de l’intérêt général. Il vise en particulier les associations militantes ou engagées dans des combats politiques ou judiciaires contre l’action publique. Une ligne qui semble trouver un écho local, même si Christophe Barthès tient à nuancer, auprès de BV : « C’est vraiment très local. […] On a une ligne politique [nationale, NDLR], ça c’est une chose. Mais ensuite, toutes ces décisions […] c’est moi, avec mon équipe, qui les prends. »
Une remise à plat plus large
La municipalité de Carcassonne a également décidé de mettre fin à environ 75.000 euros d’achats d’espaces publicitaires et de prestations auprès du groupe La Dépêche, une décision assumée par Christophe Barthès. Le maire explique qu’il n’est « pas là pour financer ces structures », estimant que ces dépenses publiques ne se justifient plus au regard du traitement médiatique réservé à la municipalité, et il ajoute qu’il souhaite avant tout que « les journalistes soient neutres ».
Dans son esprit, cette décision relève de la même logique que celle appliquée à la Ligue des droits de l'homme : ne plus soutenir financièrement, directement ou indirectement, des acteurs qui s'attaquent à la municipalité.
Un rapport de force assumé
Derrière ces décisions, c’est une conception politique claire qui se dessine. À Carcassonne, la municipalité assume un rapport de force avec des associations qu’elle considère comme des acteurs politiques à part entière. L’argent des contribuables ne doit pas servir à entraver, via les tribunaux, l’action des pouvoirs publics, estime-t-elle.