La France affiche l’un des pires bilans d’Europe concernant les accidents du travail.
En 2024, 1 297 personnes sont mortes en lien avec leur activité professionnelle.
Dans le même temps, environ 716 475 accidents du travail ont été reconnus, soit près de 2 000 blessés chaque jour.[i]
À ces chiffres s’ajoutent d’autres signaux inquiétants : consommation massive de psychotropes, cannabis très répandu chez les jeunes, progression de la cocaïne et des drogues dures, alcool profondément enraciné dans les habitudes sociales.
Pris séparément, ce ne sont que des statistiques. Mais mises côte à côte, elles dessinent le portrait d’une société épuisée. Une société qui use les corps jusqu’à la rupture, qui s’apaise chimiquement, qui cherche l’oubli, la fuite ou simplement quelques heures de silence intérieur.
Les accidents du travail, les accidents de la route, les addictions ou certaines formes d’autodestruction ne surgissent pas du néant. Ils racontent aussi quelque chose du climat d’une société : fatigue nerveuse, perte de sens, isolement, pression économique et usure psychologique.
Avec de telles mesures, pas besoin d’une guerre pour voir notre pays se déliter lentement.
Ces français, des fainéants
Comme un mantra sur les plateaux TV. Repris en chœur par une bourgeoisie, bien souvent improductive, venant des belles écoles de la république, des beaux quartiers de Paris, et de leur souverain mépris crache sur la classe populaire qui elle, fabrique et produit afin que le pays fonctionne.
Parmi les voix les plus symptomatiques de ce cénacle, Charles Consigny[ii] a fait de cette rhétorique un véritable fonds de commerce. Fustiger ces « bons à rien de français ». Tout le monde y a droit :
Sur les étudiants : « Certaines facs sont des usines à créer de la fainéantise. » Sur les chômeurs : « Entre 20 et 50 ans, il n'y a aucune raison d'être au chômage. » À ceux qui refusent un emploi : « Même s'il ne vous plaît pas vous le prenez. » Sur les allocations : « Avant 50 ans, on ne puisse pas toucher l'allocation chômage. » Et même sur les retraités : « Tous ces retraités en pleine forme m'exaspèrent. » Avant d’ajouter : « Il faut les remettre au boulot. »[iii]
Comme souvent chez les grands sermonneurs du mérite, leur parcours doit être observé de près.
Allons sur sa fiche Wikipedia afin de connaître mieux ce pourfendeur de la fénéantise nationale : Charles Consigny est le fils du publicitaire et énarque Thierry Consigny et de Marie Monnier, et le petit-fils du haut fonctionnaire Pierre Consigny. Il est également le neveu de l'actrice Anne Consigny et de la décoratrice Pascale Consigny, et le cousin germain de l'acteur Vladimir Consigny. Autrement dit, dans son entourage, aucun travail à la chaînes en usine, pas d’entrepôts logistiques, pas de réveils à cinq heures du matin, pas de métro bondé dès 6 heures. Pourtant, c’est depuis les plateaux de télévision, BFM, RMC, CNews ou RTL, qu’il assène ses leçons de courage adressées aux travailleurs, aux chômeurs, aux étudiants et même aux retraités jugés encore assez valides pour « retourner au boulot ».
Tout le paradoxe est là : ceux qui parlent le plus durement du vrai travail sont souvent ceux qui en sont les plus éloignés.
S’il était le seul… la liste serait trop longue et puis ce genre de bourgeois utile ne fera que passer, donc passons à autre chose.
Propagande et Intox
Des voix s’élèvent sur la diffusion par certains grands médias de fausses informations sur les travailleurs, concernant notamment la durée du travail, la productivité, ou en passant sous silence des sujets graves comme les morts au travail.[iv]
D’après l’OCDE,[v] historiquement la France a souvent été l’un des pays européens les plus productifs. Numéro 1 de 1986 à 2024, la France se distinguait notamment par sa productivité horaire, c’est-à-dire la production par heure travaillée. En termes de productivité par employé (la production par tête), la France se situe également en bonne position, mais légèrement derrière certains pays nordiques comme le Danemark. Cela s’explique en partie par des politiques favorisant le bien être des salariés dans ces pays. Et oui, dans d’autres parties du monde le bien être du travailleur est une préoccupation…
Il y a cependant un bémol : la crise sanitaire[vi] a toutefois eu un impact négatif sur la productivité française, qui a reculé de 6,4% par rapport à son niveau d’avant crise, d’après un bulletin récent de la Banque de France. Un recul plus important que nos voisins européens qui pose forcément question -4,6% en moyenne dans la zone Euro.
Donc, comme le lançait si élégamment l’avocate télévisuelle Sarah Saldmann[vii] dans Les Grands Gueules à propos des arrêts maladie : « C’est quoi ces glandus, ces assistés et ces feignasses ! Pourtant, comme on le voit, le peuple des travailleurs français est bien loin de ce “glandage” invoqué sur les plateaux. Ironie de l’époque : le discours de cette avocate semble parfois relever d’un stakhanovisme de studio, bien éloigné du réel du travail.
Tous ces accidents mortels ne sont pas le fruit du hasard
Rentabilité, rentabilité : cette course effrénée qui se conjugue au recours à un moins disant social via la sous-traitance, elle-même génératrice de risques physiques et d’accidents. Une manière de contourner les organisations syndicales, remparts aux pratiques dangereuses. Et accessoirement de diluer la responsabilité des donneurs d’ordres, pourtant soumis à un devoir de vigilance envers leurs prestataires. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le journal de François Ruffin, Basta.[viii]
Il y a eu aussi un vote du parlement européen le 13 novembre 2025, qui a acté une régression sociale et environnementale historique. Les eurodéputés ont adopté le paquet législatif Omnibus I. Ils ont détricoté plusieurs directives européennes qui imposaient des contraintes sociales et environnementales aux grandes entreprises. Parmi elles : le devoir de vigilance. Ce recul social majeur a été rendu possible par une alliance de la droite et de l’extrême droite, poussée par les multinationales.
Tout vient d’en haut
Pour la CGT, ce vote est à craindre. Car l’offensive dérégulatrice s’inscrit dans le programme d’Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, présenté au dernier forum de Davos. Ce programme se situe lui-même dans la lignée du rapport Draghi, publié en juin 2024. Il pointe un ralentissement de la croissance et une supposée perte de compétitivité du vieux continent. « Pour Ursula Von der Leyen, nous sommes entrés dans une nouvelle ère de concurrence où les principales puissances économiques mondiales se battent pour les matières premières, les nouvelles technologies, les routes commerciales mondiales », résumait Boris Plazzi, secrétaire confédéral CGT en charge des questions internationales. Le cégétiste rappelle qu’une feuille de route intitulée « boussole de la compétitivité » est dans les tuyaux. Elle doit guider le travail de l’UE pour les 5 années à venir. Son objectif, dans le jargon de la Commission : « augmenter la compétitivité grâce à l’innovation », « surmonter les pénuries de main d’œuvre », « réduire les formalités administratives ». Pour y parvenir, la CGT estime que la stratégie de la Commission reposera sur plusieurs fondements « extrêmement problématiques ». Oui vous lisez bien : « réduire les formalités administratives », donc assouplir les droits du travail, et la sécurité.
Dans un monde capitaliste, la force de travail n’est qu’un des éléments d’un tableau Excel. Et comme dit si bien l’adage, « comment faire une bonne omelette sans casser des œufs ? » « Œufs » ou plutôt « eux », qui perdent la vie sur des chantier, en manutention, en BTP et en accidents de la route. Et puis ces deux mille personnes blessées par jour !!! une véritable hécatombe qui n’a même pas une ligne dans une grande partition. C’est business as usual, et la vie continue, l’argent entre.
Et puis il y a les victimes.[ix]
- Cet homme de 42 ans happé par une machine agricole dans le Vaucluse.
- Cette interne en médecine morte sur la route en rejoignant l’hôpital de Dole.
- Ce jeune ouvrier de 24 ans, tué en déchargeant du bois sur le chantier de l’A69.
- Cet employé soufflé par une explosion dans un entrepôt près de Dijon.
Quatre personnes parmi tant d’autres. Quatre fragments d’une liste sans fin.
Car derrière les chiffres, il y a une réalité simple : ils sont 1 297 qui ne sont pas rentrés chez eux.
Et 716 475 à avoir été blessés.
Et chaque jour, ce même silence statistique qui recouvre ce qui devrait être des visages, des noms, des vies et des histoires.
Pourtant néant !
Georges ZETER/ mai 2026
Vidéo : THOMAS PORCHER DÉMASQUE LA PROPAGANDE ANTI-TRAVAILLEURS (INTOX DES GROS MÉDIAS, MORTS AU TRAVAIL)
[i] https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/accidents-et-morts-au-travail-la-france-herite-d-un-triste-record-europeen/
[iii] https://www.facebook.com/GGRMC/videos/la-jeunesse-fran%C3%A7aise-devient-elle-fain%C3%A9ante-s%C3%A9quence-culte/884500133284668/
