Le 25 mars 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution historique (la résolution 80/250) concernant la traite transatlantique. 126 Pays ont voté pour, les européens se sont abstenus tandis qu’USA et israel votaient contre.
On pourrait donc croire à un événement majeur dans une évolution harmonieuse vers un progrès humain doux et réparateur.
La lecture fine du texte apporte une toute autre vision. Celle-ci en tête, nous devrons examiner les acteurs et enfin, les raisons ayant conduit nos états à s’abstenir.
Lecture commentée du texte.
https://docs.un.org/fr/A/RES/80/250
Réaffirmant la Déclaration et le Programme d’action de Durban, dans lesquels il est reconnu que l’esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, ont été des tragédies effroyables de l’histoire de l’humanité,
Consciente que la traite transatlantique des esclaves, qui a duré 400 ans, et ses conséquences durables, qui se font ressentir dans le monde entier, sont très mal connues.
Vraiment ? Si nous faisions un sondage, quel événement serait le plus connu : La traite transatlantique ou le million de Gaulois réduit en esclavage pendant la conquête de la Gaule sur une période bien plus courte. (Je vous passe le million de morts qui l’a accompagné sur une population d’environ dix millions d’habitants)
Prenant note également des initiatives que les organismes et organes compétents des Nations Unies et les mécanismes des droits humains luttant contre le racisme prennent pour demander des recours effectifs et une justice réparatrice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine,
La justice réparatrice revient à demander de l’argent ! Comme c’est commode. Au moins, c’est écrit. Les descendants des esclaves habitent dans les caraïbes ou aux USA, pourquoi devrait-il y avoir une réparation pour les africains qui, s’ils sont encore en Afrique, n’ont pas été réduits en esclavage. Cette résolution transfère la qualité de victime des descendants réels, qui vivent à Kingston, à Salvador ou à Atlanta, vers des États dont les frontières actuelles englobent autant les anciens vendeurs que les anciennes zones de capture.
Fondamentalement, avec une telle technique, tout le monde peut fouiller son arbre généalogique pour trouver une injustice passée qu’il pourra convertir en rente à vie. Dans un tel cadre, le nombre de demandeurs sera illimité !
Réitérant l’appel lancé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine pour que la place de l’Afrique dans l’histoire soit rétablie et qu’elle puisse refermer ses blessures, notamment celles infligées par l’esclavage
Qui a réduit les africains en esclavage ? L’immense majorité des esclaves l’était déjà en atteignant les comptoirs. Ils avaient été victimes de Razzia, de condamnations ou de dettes.
la tenue de la première vente aux enchères de masse connue organisée par l’État d’Africains capturés à Nar, Tider et dans la baie d’Arguin,
Attention, grand moment de glissement sémantique. En effet, un raid portugais capture des africains dans des zones côtières et ils seront vendus.
Deux objections : Un, dans ce cas, quid des raids barbaresques sur les côtes de Provence ? Ah non, ca n’était pas des africains.
Surtout, cette opération est un des rares cas d’esclaves saisis par des occidentaux. En pratique : Les bases de données historiques mondiales (comme la Trans-Atlantic Slave Trade Database) estiment qu'entre le XVIe et le XIXe siècle, environ 12,5 millions d'Africains ont été embarqués dans les navires européens (et environ 10,7 millions ont survécu à la traversée pour arriver aux Amériques). Sauf que l’opération indiquée dans la résolution concerne 235 personnes. On est loin du fonctionnement normal où l’immense majorité des captifs fut asservis par des africains. Le glissement sémantique permet de rendre les occidentaux totalement coupables et d’exonérer les royaumes africains comme le Dahomey.
constituant ainsi la plus grande migration forcée de l’histoire et l’un des systèmes organisés d’exploitation humaine de masse les plus durables de l’histoire,
Que ces gens sont généreux. Oserais-je ?
Les invasions et migrations nomades d'Asie centrale (du IVe au XIIIe siècle) : Les mouvements des Huns, des Avars, des Magyars, puis l'expansion phénoménale des Mongols de Gengis Khan ont jeté sur les routes des populations entières. Les massacres et les déplacements forcés liés aux conquêtes mongoles au XIIIe siècle ont concerné des dizaines de millions de personnes (la Chine seule a perdu des dizaines de millions d'habitants dans ses recensements de l'époque, par fuite ou massacre).
Le cas moderne de 1947 (La Partition de l'Inde) : En l'espace de quelques mois seulement, le découpage des frontières entre l'Inde et le Pakistan a provoqué le déplacement forcé et chaotique de 14 à 15 millions de personnes. En termes de concentration, c'est la plus grande migration forcée simultanée de l'histoire humaine.
La Seconde Guerre mondiale en Europe : Entre 1939 et 1948, les déplacements forcés de populations (déportations nazies, transferts de populations allemandes après-guerre des pays de l'Est, déplacements soviétiques) ont concerné plus de 30 millions de personnes.
Avant d’écrire des résolutions, ces gens devraient apprendre l’histoire.
Quand à d’exploitation humaine de masse les plus durables de l’histoire.
Oserions-nous évoquer l’esclavage romain ? Des dizaines de millions de personnes pendant plus de 1000 ans ?
Ou bien le système des caste en inde sur plus de 3000 ans ?
Le servage en Europe aboli à la fin du XIXè siècle en Russie, pays peu peuplé comme chacun le sait !
Enfin, le système des convicts en Chine qui mobilisait des millions de personnes pour exécuter les grands travaux d’état.
saluant en particulier la jurisprudence africaine, telle que le Kouroukan Fouga (Charte du Mandén) de 1235, qui a établi, en son article 5, que toute personne a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique, et a consacré la primauté de la vie sur la propriété,
Une période, un royaume, l’exception qui justifie la règle. On parle de l’abolition du servage en France ? C’était en 1315.
Affirmant que, depuis toujours, les Africains et les personnes d’ascendance africaine n’ont eu de cesse de résister aux crimes de l’esclavage et de la traite négrière,
C’est beau c’est noble. Quand Voltaire écrit celui qui vend son frère mérite d’être esclave, il devait être mal informé. La résistance du Dahomey1, dont les rois tiraient l'essentiel de leurs ressources de la vente d’esclaves, semble pourtant échapper aux historiens.
Rappelant également l’acte final du Congrès de Vienne, l’Acte no XV intitulé « Déclaration des Puissances sur l’abolition de la Traite des Nègres (8 février 1815) », dans lequel les plénipotentiaires ont déclaré que la traite des esclaves répugnait aux principes d’humanité et de morale universelle et proclamé au nom de leurs souverains le vœu de mettre un terme à un fléau qui a si longtemps désolé l’Afrique, dégradé l’Europe et affligé l’humanité,
Enfin une vérité historique. En revanche, la présence des états africains au congrès de vienne semble difficile à attester. Si ce congrès a pris cette décision, c’était une décision occidentale, et non africaine. À quoi a servi la résistance des africains ? A rien, le west Atlantic Squadron fut mis en place par la marine britannique. Curieusement la résolution n’y rend pas justice.
Notant que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples réaffirme, en son article 5, que « tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique » et que « toutes formes d’exploitation et d’avilissement de l’homme notamment l’esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou dégradants sont interdites »,
Un texte intéressant : Adopté en 1981 à Nairobi, donc, plus d’un siècle après l’abolition de l’esclavage par les USA (La France et la Grande Bretagne l’avaient déjà fait !)
Considérant que l’émergence de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé a bouleversé et redéfini le monde, marquant le début du système capitaliste racial, ces nouveaux systèmes racialisés de travail et de propriété transformant le destin de tous les peuples à travers le monde,
Les auteurs auraient-ils l’amabilité de nous expliquer ce qu’est le capitalisme racial ? Le capital connaît-il les couleurs de peau ? Laquelle exempte de l’extraction de la plus-value ? Apposer des mots sonne certes grandiloquent, mais ça ne suffit pas à créer un concept solide. Les canuts, les enfants des ouvriers de Liverpool avaient-ils quelque chose à envier aux esclaves des Antilles ? Non, le capitalisme exploite la main d’œuvre qu’il trouve sur son lieu de production dans les conditions légales existantes et personne ne fut exempté.
Conscient que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent un crime dont les logiques morales, juridiques, sociales et économiques continuent d’alimenter le racisme structurel, les inégalités raciales, le sous-développement, la marginalisation et les disparités socioéconomiques qui touchent de manière disproportionnée les Africains et les personnes d’ascendance africaine partout dans le monde,
Là, nous entrons dans le dur et un certain travail sera nécessaire. Oui, l’Afrique souffre d’un retard de développement en comparaison avec l’Europe et nombre de pays d’Asie en pleine accélération de leur croissance (Cf la Chine).
Certes, mais l’esclavage serait-il a l’origine du retard de développement ? Prenons un instant le cas de la Chine : Ruinée, misérable en 1949, ce pays était dans une situation bien plus catastrophique que bien des états africains au moment de leur décolonisation.
Seulement, le parti communiste allait, malgré ses errements investir massivement. D’abord dans l’éducation pour alphabétiser son peuple. On peut critiquer les méthodes, mais la Chine est aujourd’hui le pays au monde qui forme le plus d’ingénieurs. La Russie forme aussi massivement.
Devons-nous rappeler que Pékin a aussi mutilé sa consommation pour investir massivement ? Shenzen, les autoroutes, les lignes à grandes vitesses ne sont pas nées d’un don divin, mais d’un choix conscient et orienté, payé par la population.
L’occident fit-il autre chose ? Les hussards noirs de la république démontrent que le choix d’une alphabétisation massive fut aussi faite. Quant aux investissements, s’ils se répartissent sur une période plus longue, ils restent tout aussi massifs. La misère ouvrière au XIXè, les longues heures de travail des peuples occidentaux montrent qui paya le prix de la sous consommation.
Certes, on nous parle des profits des plantations, mais évacuons l’objection : Comment l’Allemagne s’industrialise-t-elle, alors ? Pas par ses plantations. Comment le fait la Russie ? Ses esclaves travaillant dans les îles au cours des années trente échappent aux historiens classiques. L’influence des plans staliniens est, en revanche, attestée.
Chine, France, Allemagne, Russie, quatre exemples et toujours la même recette. L’esclavage rend-il impossible le développement par ces voies ? Poser la question, revient à y répondre !
Ce passage pose un second terme important : continuent ! Là est le point clé : les populations de descendants d’esclaves sont encore visibles dans les caraïbes et aux États-unis. Elles sont sur représentées dans les populations pauvres. Exact, dans tous les pays, les bourgeoisies défendent l’accès à leur caste, mais ces populations ont eu plus d’un siècle et demi pour compenser. Aux États-Unis, les législations racistes post abolition n’ont rien à voir avec l’esclavage, mais avec les décisions de l’État américain. La California Reparations Task Force (rapport 2023) a précisément chiffré les réparations sur la base des dommages post-1865 (redlining, ségrégation scolaire, brutalités policières documentées), pas sur la traite. Cela relève de leur problème politique interne. Il en va de même pour le Brésil qui organisa l’éviction des noirs de la propriété fonciére, allant jusqu’à faire venir des immigrants européens pour "blanchir" sa population. Seulement, là, nous changeons de sujet : La coexistence de phénotypes différents sur un même territoire2. La résolution amalgame.
Constatant avec inquiétude l’application de principes juridiques tels que le « partus sequitur ventrem », qui ont systématiquement porté atteinte aux droits reproductifs et maternels des femmes et des filles africaines et les ont contraintes à procréer pour alimenter la main-d’œuvre esclave,
Et voici le moment d’humour de la résolution. Les Romains, visaient l’aliénation des africains ? Non, le droit esclavagiste vient en effet de Rome qui ignorait l’Afrique subsaharienne. Les légistes chargés d’établir les différents codes de la traite se sont largement contentés de reprendre les législations romaines, ils n’en ont pas fait une pour porter atteinte aux droits reproductifs des femmes et filles africaines. En revanche, les romains nourrissaient et traitaient si mal une large partie de leurs esclaves que la reproduction restait déficitaire. Au contraire, la prohibition de la traite a conduit, à développer un véritable élevage d’esclaves, en particulier dans certains états du sud des États-unis. La mesure relève de l’adaptation ponctuelle, d’un certain progrès agronomique3, pas du racisme.
Ensuite, les demandes : Essentiellement réparation, mais la meilleure est :
Invite les États Membres, individuellement et collectivement, à engager un dialogue inclusif et de bonne foi sur la justice réparatrice, et d’envisager, notamment, des excuses officielles et sans réserve, des mesures de restitution, d’indemnisation, de réadaptation et de satisfaction, des garanties de non-répétition ainsi que des modifications des lois, des programmes et des services visant à lutter contre le racisme et la discrimination systémique ;
Dans ce vaste paragraphe dont nous avons traité l’essentiel auparavant, mais la question clé porte sur la non répétitivité. Juste une question : Quel état mondial est en train d’armer des négriers ? Selon un certain consensus entre historiens, l’esclavage fut largement aboli au XIXè et XXè siècles. Au XXIè siècle, il y eut deux lois criminalisant l’esclavage : 2003 au Niger et 2007 en Mauritanie.
Donc pourquoi cette résolution réclame-t-elle une non répétitivité ?
Déclarant que l’apparition de l’esclavage fondé sur la racialisation et reposant sur la propriété de la personne a été, dans sa conception juridique et structurelle, sans précédent historique, étant le premier système au monde à codifier les êtres humains et leurs descendants en tant que biens héritables, aliénables et perpétuels, à transformer la reproduction humaine en un mécanisme d’accumulation de capital et à institutionnaliser la hiérarchie raciale en tant que principe directeur de l’ordre politique et économique international
Premier système l’esclavage fondé sur la racialisation ? Ah bon, avant l’esclavage n’existait pas ? Donc, l’enfant d’esclave romain naissait libre ? Personne à Rome, ne s’intéressait à la couleur de peau des vernae4, mais les enfants d’une mère esclave l’étaient ! (Sauf si le maître choisissait l’affranchissement, mais la levée de l’option dépendait de son choix !)
Demande la restitution rapide et sans entrave, à titre gracieux, des biens culturels, objets d’art, monuments, pièces de musée, artefacts, manuscrits et documents ainsi que des archives nationales qui revêtent une valeur spirituelle, historique, culturelle ou autre pour les pays d’origine, et demande vivement le renforcement de la coopération internationale en matière de réparation des dommages causés, déclarant que cela contribue à la promotion de la culture nationale et à la jouissance des droits culturels par les générations actuelles et futures ;
Rien à voir avec l’esclavage, puisque ces biens furent récupérés dans le cadre de la colonisation, mais quitte à tendre la sébile, autant le faire bien.
Prie le Secrétaire général, en coordination avec le système des Nations Unies, notamment l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, de renforcer la coordination des activités de commémoration et d’éducation, des travaux de recherche et des initiatives de renforcement des capacités concernant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains ainsi que ses conséquences ;
Si le but est de combattre l’esclavage, pourquoi ne pas le faire sur la révolte de Spartacus ? Car la Thrace n’a pas demandé de réparations ? On peine à tracer la ligne entre l’étude historique légitime qui est déjà bien faite par de nombreux travaux et la propagande. Encore insister revient à rentrer dans un régime de matraquage médiatique et éducationnel.
Au vu du nombre d’imprécisions historiques, sommes-nous dans un document solide ou une réécriture politique digne de 1984 ? On peut se poser la question.
Pire, les fondements juridiques interrogent :
Réaffirmant la Déclaration universelle des droits de l’homme
Soulignant que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
Réaffirmant la Déclaration et le Programme d’action de Durban
Bien, mais ce texte était-il disponible au moment de la traite ? De facto ces textes lui sont largement postérieurs. Peut-on juger l’histoire à l’aune de notre droit ?
Dans ce cas, pourquoi ne pas faire une résolution sur les conquêtes romaines, celles d’Alexandre (Par exemple le massacre de Tyr ? La réduction de Corinthe en esclavage par Philippe de Macédoine ?) ou bien, les conquêtes arabes, celles de Ghengis Khan ? Où commence, où finit le besoin ?
l’esclavage et la traite des esclaves constituent un crime contre l’humanité et qu’il aurait toujours dû en être ainsi, en particulier la traite transatlantique
Premier enjeu : Seul le crime contre l’humanité est imprescriptible. Toute demande de réparation exige de conserver l’affaire ouverte et seul le recours au crime contre l’humanité le permet. Mais alors, si l’esclavage est un crime contre l’humanité, tout territoire ayant possédé des esclaves est débiteur. Ce critère risque de rendre difficile d’isoler un seul centimètre carré de la Terre n’ayant pas connu l’institution particulière. D’où le : en particulier la traite transatlantique. qui revient à isoler celui qui arrange les demandeurs.
Second thème : la notion de crime contre l’humanité naît lors du procès de Nuremberg pour juger les crimes nazis. Comment un planteur ou un capitaine de négrier du XVIIIè siècle aurait-il pu imaginer le futur à ce point ?
Là encore, réécrire l’histoire revient à tout réviser. Qui y est prêt ?
En réalité, la résolution est un dispositif juridique de création de créance perpétuelle, déguisé en geste mémoriel.
Personne de sérieux, les états africains survivraient-ils si leurs frontières tracées durant la colonisation étaient soudains annulées ? Non, donc, ils ne le demandent pas. La dissonance conduit donc à s’interroger sur les motivations des acteurs.
Le Ghana qui mène la résolution, les états africains ont un double intérêt : faire oublier le rôle des africains fournisseurs de la traite, le passage sur la vente le démontre. Ensuite, obtenir des transferts de fonds plus importants. D’où les multiples demandes de réparations. Il est plus simple de demander des fonds que de lancer un plan quinquennal comme la Chine ou la Russie stalinienne l’ont fait.
Les pays d’Amérique du sud et des caraïbes sont dans la position de demander aussi des fonds. Eux, ont l’avantage de ne pas avoir vendu. En revanche, cela évite de demander des comptes à ceux qui chez eux sont les héritiers des planteurs, mais on peut comprendre leur position, vu la place de la traite dans leur histoire.
En revanche, que dire des pays musulmans. Certes, ils n’ont pas contribué à la traite et peuvent donc s’en laver les mains. Mais, et tout est dans le mais, ces pays n’ont-ils pas une histoire particulière avec l’esclavage ? La traite pendant des siècles à travers le Sahara, les raids pirates en méditerranée ? Pour les armées, les harems, les eunuques. (on se rappellera le passage : Considérant le caractère genré exceptionnel de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé, qui soumettaient systématiquement les femmes et les filles africaines à des violences sexuelles, à la procréation forcée, à la servitude domestique et à des formes d’exploitation fondées sur le genre, les rendait particulièrement vulnérables à des formes multiples et aggravées de domination raciale, sexuelle et économique, tout en reconnaissant également leur rôle central dans le maintien des familles, des cultures, des mouvements de résistance et des luttes abolitionnistes dans des conditions de coercition extrême. Ca ne s’appliquait pas dans les pays musulmans ? À la prostitution romaine5 ?)
Autre exemple : L'Indonésie moderne est le produit de la fusion de multiples royaumes et sultanats (Sultanat de Mataram, de Ternate, de Tidore, d'Aceh, etc.) où l'esclavage était une institution massive et structurelle. Elle a pourtant voté contre. Les esclaves étaient-ils mieux traités dans ces sultanats ?
Faut-il en rajouter ? L’institution particulière a massivement accompagné l’humanité et aucun territoire ne peut s’en laver les mains. (Mars, peut-être, mais elle reste à coloniser et nous risquons d’être surpris par la créativité humaine, tant l’esclavage est un moyen pratique de déplacer des populations.)
Ce bref rappel historique pose alors une question : Comment nos diplomaties ont-elles pu s’abstenir face à un texte qui cloue nos pays au pilori ? On peut invoquer la traditionnelle faiblesse des diplomates, leur goût pour l’eau tiède, mais cela semble réduit.
Autre explication : la volonté d’éviter de se fâcher avec les pays du Sud à un moment où l’Occident est en difficulté avec eux. Certes, constatons que cette crainte de nous fâcher pèse moins au moment d’envoyer des ambassadeurs pro LGBT prosélytes dans ces mêmes pays. Gageons que si les peuples occidentaux étaient consultés, ils préféreraient la position inverse : opposer un ferme veto idéologique aux manipulations historiques dont ce texte est empli et moins de propagande irrespectueuse de la liberté des peuples du Sud.
Seulement, là est notre grand problème le Sud Global se contente de s'engouffrer dans une brèche monumentale ouverte par l'Occident a lui-même. Cette résolution couronne une capitulation de l'intérieur. Qui a ouvert le dossier ? Le musée de Nantes sur la mémoire de la traite a-t-il attendu la résolution ? Non, juste Jean-Marc Ayrault s’achetait une vertu sur un sujet non opérationnel. (Cette grande cause compensait peut-être sa gestion désastreuse de Notre Dame des Landes.).
Pour une grande partie de nos élites culturelles et politiques, la lucidité historique est perçue comme du nationalisme ou du racisme. Dans leur logiciel idéologique, l'Occident, étant historiquement dominant, doit être le seul à porter le fardeau de la faute. Une posture commode pour se hausser du col, mais vous remarquerez que ces gens n’ont pas été proposer d’aliéner leur patrimoine pour compenser les souffrances. Le peuple paiera, comme il paie trop souvent leurs salaires et donc, ils peuvent laisser passer un tel brûlot.
Car, ne l’oublions pas : Ces diplomates, ces universitaires qui théorisent cette culpabilité, ces hauts fonctionnaires qui rédigent les notes d'abstention au Quai d'Orsay, tous sont payés par les impôts du contribuable français et occidental. Ils tirent leur légitimité, leur statut et leurs revenus de l'État-nation qu'ils refusent pourtant de défendre sur le plan idéologique.
Cette résolution, aussi cynique soit-elle doit constituer un avertissement : Si nous laissons nos dirigeants continuer à vivre dans leur bulle technocratique et à estimer qu'ils sont investis d’une mission "morale" supérieure qui les autorise à ignorer la volonté populaire. Certes, seulement la résolution n’est qu’une étape, des groupes calculent déjà le montant à exiger6 et la prochaine demande sera plus rude !
1Le royaume du Dahomey a été un acteur majeur de la traite atlantique du XVIIe au XIXe siècle, les rois Agaja, Tegbessou, Ghezo en ont tiré l'essentiel de leurs ressources, et la "fin" de la traite y a été imposée militairement par les Britanniques et les Français, non choisie. Robin Law a documenté tout cela (The Slave Coast of West Africa, 1550-1750, Ouidah : The Social History of a West African Slaving Port).
2Vaste question de la xénophobie phénotypique, et pas forcément du racisme (Mais là aussi, on aime à mélanger les concepts).
3À Rome, la ration servile typique est documentée par Caton dans le De Agri Cultura (chapitre 56) : quatre à cinq modii de blé par mois pour un esclave aux champs, complétés par du vin coupé, des olives de rebut, du sel. Ramené en calories, on est autour de 3000 kcal/jour, ce qui suffit théoriquement à un homme adulte au travail mais ne laisse aucune marge pour la grossesse, l'allaitement, la croissance d'un enfant. Walter Scheidel a fait les comptes (Human Mobility in Roman Italy, et plus largement ses travaux sur la démographie servile) : le déficit reproductif est structurel. Les esclaves romains ne se reproduisent pas en termes nets parce que les femmes en âge de procréer sont sous-alimentées, surchargées de travail, et que les enfants ne sont pas viables en nombre suffisant.
Aux États-Unis du Sud, la ration documentée (Robert Fogel et Stanley Engerman, Time on the Cross, 1974, qui ont quantifié à partir des registres de plantation) est d'environ 4000 à 4500 kcal/jour en moyenne, avec viande de porc régulière, maïs en quantité, accès aux jardins potagers. Les analyses ostéologiques sur les cimetières d'esclaves (notamment l'étude du African Burial Ground à New York, et les travaux de Ted Rathbun sur le Sud) confirment des stigmates de malnutrition réels mais bien moindres que ceux des squelettes serviles romains. La capacité reproductive suit : la population servile états-unienne croît de 700 000 en 1790 à près de 4 millions en 1860, par croissance naturelle quasi-exclusive après 1808.
4Terme pour les enfants esclaves élevés dans les domus à Rome.
5Sur la réalité historique de la prostitution servile à Rome, voir mon roman "Aurélia, la perle d'Épire" sur une esclave prostituée à Rome : https://www.atramenta.net/lire/aurelia-la-perle-depire/101022
6Le mouvement CARICOM, présidé depuis 2013 par Hilary Beckles, a effectivement publié un plan de réparations en dix points chiffré, et le Royaume-Uni fait l'objet de demandes répétées (le rapport Brattle de 2023 chiffre la dette britannique à 18 800 milliards de livres, celle des Pays-Bas à 4 860 milliards, celle de la France à environ 4 200 milliards).
Réparation du colonialisme - Newsletter 01/24 - L'Afrique et les Caraïbes demandent des réparations
