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Le programme économique du Front national

Ces derniers temps, Les commentateurs de la presse régimiste se sont intéressés au programme économique du Front national, le qualifiant d'irréaliste ou encore de gauchiste. Plutôt que de pratiquer l'invective ou le dénigrement, étudions le contenu réel de l'actuelle potion économique que le Front national propose aux Français.

Au fil des ans, le programme du Front national a connu des variations dans ce domaine. Jusqu'à l'assassinat de François Duprat et le départ de militants nationalistes de la première heure comme Pierre Bousquet, Pierre Barthélémy et Jean Castrillo, inquiets de manière prémonitoire des dérives du Front national que nous vivons actuellement, celui-ci défendait un programme de défense des classes moyennes. Puis il vanta au cours des années 1990 la politique ultra-libérale menée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher avant d'évoluer vers une conception plus interventionniste de l'Etat à l'époque où Bruno Mégret en était devenu le numéro 2.

De nos jours, sous la direction de Marine Le Pen, prétendant faire pièce à la mondialisation, a été adoptée une position d'inspiration socialiste proposant par exemple une augmentation de 20Ô euros pour les rémunérations inférieures à 1,4 fois le SM1C. C'est ce programme économique que nous allons à présent analyser trop succinctement, dans ses grandes lignes.

Nonobstant les concessions politiques faites au Système afin de se "dédiaboliser", autrement dit de se normaliser, et la part faite entre un programme à vocation électoraliste et la confrontation avec la réalité présente si d'aventure le Front National arrivait aux affaires, il convient tout d'abord de constater que nombre de ses propositions veulent aller dans le sens d'une politique de redressement national. Toutefois, comme nous allons le voir, les moyens affichés pour y parvenir ne permettent pas d'atteindre les résultats souhaités.

LES PROBLÈMES DEPEUPLEMENT

Au préalable, abordons ce qui constitue « le fonds de commerce » électoral du Front national, à savoir les questions afférentes à l'immigration. Bien entendu, nous le suivrons dans la suppression du regroupement familial, la remise en cause des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, la suppression du droit du sol,la suppression des « pompes aspirantes de l’immigration » comme PAME (aide médicale d'Etat) pour les immigrés illégaux, la lutte contre l’immigration clandestine (encore qu'il vaille mieux l'appeler "illégale", voire "délinquante") avec, à la clé, leur expulsion systématique.

Or rien de précis ne figure concernant le retour au pays d'origine des populations installées en France et inassimilables parce que cela leur est impossible ou parce qu'elles le refusent. Il est bien question d'établir des accords de coopération entre la France et les pays d'Afrique, notamment, afin de régler les flux migratoires, mais il aurait été du plus haut intérêt que ce domaine fut développé par le Front National, car nous ne pourrons arriver à des résultats tangibles que lorsque ces populations seront fixées sur leur sol natal parce qu'elles pourront y vivre grâce à un développement économique certain et adapté à leur réalité. Toutefois, nous n'irons pas plus avant sur ce sujet primordial (qui nécessite une sorte de "re-colonisation") car il dépasse le cadre de cet article.

En outre, il faut être circonspect envers la proposition de « réduction en 5 ans de l'immigration légale de 200 000 entrées par an à 10 000 entrées par an (division par 20) », même « s'il faut privilégier les talents qui permettront le rayonnement de la France et l'innovation ». Pourquoi fixer un objectif quantitatif ? Pourquoi doit-on  maintenir une immigration de 10 000 personnes et non pas de zéro, ou de 1 000, 5 000... ? Les règles de l'immigration doivent être simples : les mouvements migratoires doivent essentiellement être issus des peuples d'Europe, autrement dit concerner des personnes de même civilisation, comme cela a toujours eu lieu, et en petit nombre. Pour le reste du monde, l'obtention d'autorisations de séjour se fera selon une législation appropriée.

Toutefois, le redressement de la natalité des naturels Français est encore le meilleur moyen d'éviter toute tentation de recourir à l'immigration. Sur ce point, accordons au Front National qu'il propose des mesures natalistes, avec notamment le salaire maternel, qui contrastent avec les politiques anti-natalistes des gouvernements en place. Toutefois, sans en aborder ici le détail — discutable —, elles manquent d'ambition, ignorant par exemple des mesures hautement efficaces comme l'attribution en pleine propriété d'une habitation aux familles françaises ayant quatre enfants.

LA QUESTION DES RETRAITES

Le programme du Front National promet de « garantir le financement des retraites sans en faire peser la charge sur les seuls salariés » et de ramener la retraite à 60 ans.

Les contempteurs du programme dénoncent cette dernière mesure comme étant démagogique et irréaliste. Qu'en penser ?

Ledit programme veut élargir l'assiette des retraites en l'étendant des revenus du travail aux revenus du capital. Il est sûr que, sous l'effet du néolibéralisme, la répartition de la valeur ajoutée s'est scandaleusement déplacée d'un quart depuis les années 1980 en faveur des revenus du capital au détriment de ceux du travail. Il est donc nécessaire de procéder à un rééquilibrage. Mais cela dépasse le cadre de la France dans un monde où les capitaux se jouent et se rient des souverainetés nationales : généralement, ce type de mesures "attrape" les PME mais rarement les sociétés transnationales. Il faut préalablement œuvrer à modifier le rapport de forces que nous subissons.

Mais la question fondamentale qui doit être posée est de savoir si la production nationale est suffisante pour satisfaire les besoins des populations. La question est d'ordre physique, matérielle, avant d'être financière. Il existe diverses possibilités de financer des retraites convenables sans repousser inconsidérément l'âge de la retraite — car après 65 ans, ce sera 61 ans, puis 70 ans et ainsi de suite —, tel le système du « crédit social » dont le théoricien fut le Major Douglas au Canada et dont des éléments peuvent être assez rapidement mis en place, pour peu que l’on retrouve une communauté nationale homogène. Mais les idéologues du Front National semblent en ignorer l'existence.

Dans le cadre du système international actuel, le recours à la capitalisation, c'est-à-dire à la participation à « l'industrie financière » est, aussi longtemps que le système ne s'effondre pas, un moyen d'apporter aux populations les revenus que l'économie ne fournit plus... car lorsqu'il s'effondre, ne serait-ce que partiellement, comme cela s'est déjà produit, les fonds de pension font faillite, les retraites sont réduites à néant, tout autant que dans un système de répartition simple comme celui que nous connaissons actuellement (et mis en place en 1941 lorsque le système de capitalisation d'alors s'est effondré avec la guerre de 1939) lorsque la population vieillit par absence de renouvellement des générations laborieuses. Or, cela n'est pas abordé.

Le programme du Front national n'envisage rien de tout ce qui vient d'être trop succinctement mentionné et qui nécessiterait des développements à part entière. Il lie le déséquilibre du système des retraites à un « déséquilibre démographique provisoire ». Mais de quel provisoire s'agit-il lorsque l'on sait qu'en termes de simple démographie, tout est déjà joué à trente ans et que les mesures natalistes du Front National sont incapables de faire face à l'enjeu présent ? Il se trouve dans ces propos, pour le moins, une méconnaissance de la question. Certes, proposer de supprimer le minimum vieillesse accordé automatiquement aux étrangers résidant en France sans y avoir nécessairement cotisé et résidé est une mesure qui « va de soi » car de simple bon sens. Toutefois, mettre fin à l'invasion migratoire qui, au bas mot nous coûte 60 milliards d'euros chaque année (l'étude d'André Posokhov — Polemia 13/05/2014 retient 84 milliards d'euros) améliorerait plus sûrement encore les comptes ; mais cet aspect du problème n'est pas traité dans le programme du Front qui se contente de proposer de financer les déséquilibres des retraites par le recours à des « droits de douane sociaux et environnementaux » : cela relève du mirage, surtout lorsque il n'existe aucun indice claire d'une réelle volonté de sortir du système en place. De même, comment « taxer le capital » dans le monde ouvert que nous subissons ?

Des changements partiels, porteurs d'améliorations, sont possibles ; mais des changements radicaux, permettant de réaliser les buts ambitieux affichés par ledit programme, ne seront réalisables qu'en dehors du cadre du système mondialiste actuel : il faut avoir le courage de le dire et non pas de bercer les gens de promesses démagogiques.

MONNAIE ET ENDETTEMENT

Mais continuons. Dans le domaine monétaire, figure un point positif, essentiel, car portant sur un attribut principal de la souveraineté nationale, à savoir la dénonciation de l'enchaînement du financement des politiques publiques aux intérêts des marchés financiers institué de facto par la loi du 3 janvier 1973 qui prive l'Etat de la possibilité de se financer par les avances de la Banque de France, autrement dit, la banque centrale de la France.

De même, autre bon point, il est prévu de sortir de l'euro, la monnaie unique européenne qui est, comme chacun le sait, l'aiguille utilisée par le mondialisme pour coudre une Europe dénationalisée et intégrée ensuite à un bloc transatlantique dont le traité en cours de discussion est une étape prochaine de constitution. En outre, l'euro est une monnaie inadaptée à la réalité de l'Europe marquée par les fortes disparités économiques existant d’un État à un autre. Les tiraillements internes toujours plus forts, comme le montrent la Grèce, cas limite, mais aussi la situation des Etats de l'Europe du sud permettent de penser que la zone euro éclatera — par délitements successifs ou brutalement —, en dépit de la ferme volonté du mondialisme politique de la maintenir, peut-être même à cause de l'Allemagne qui en sortira tout simplement avant tout le monde — cela sans compter le risque croissant d'effondrement du système financier mondial toujours plus menacé par la fausse monnaie d'endettement qu'il suscite.

Il est à noter que les attaques contre le programme économique du Front national portent pour une bonne part sur cette sortie de l'euro. Il est symptomatique de constater que, si l’on en croit des études d'opinion, cette proposition est considérée comme un repoussoir pour nombre d'électeurs potentiels. Comme quoi, la propagande médiatique et télévisuelle porte ses fruits. Une telle propagande s'explique tout simplement parce que la sortie de l'euro s'oppose au dogme de l’intégration européenne et, au delà de l’U.E., à l’intégration mondialiste dont l'euro est un premier élément. Pourtant, contrairement aux propos alarmistes diffusés à propos d'un éclatement de la zone euro, il est possible de sortir d'une monnaie unique, comme l’a montré la séparation monétaire au sein de l'ancienne Tchécoslovaquie, pour peu, évidemment, que les acteurs de l'événement ne jouent pas la politique du pire...

Mais le programme du Front National, prévoit en même temps une « maîtrise de la durée de l'endettement public (inscrite) dans une loi cadre instaurant à terme l'obligation d'un déficit structurel égal à zéro afin qu'aucune mesure budgétaire ne soit gagée par la croissance ». La première remarque qui vient à l'esprit consiste à se demander s'il est nécessaire de recourir à un tel formalisme, d'autant plus que, pour atteindre un tel objectif, il faut repenser l'État et son fonctionnement. Il faut agir et ne pas s'embarrasser de textes qui, comme chacun sait, sont modifiables à tout moment « devant la force majeure » qui se présente toujours opportunément

Bien sûr, le programme précise qu’un plan d'action volontariste sera mis en oeuvre pour identifier et réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays : fraude sociale et fiscale, niches fiscales inefficaces, coûts de la décentralisation, poids de l'immigration incontrôlée sur les budgets sociaux ».

Notons ici une redondance : il est écrit « un plan d'action volontariste ». Si l'action n'est pas l'expression d'une volonté qu'est-elle alors ? Ensuite il est étonnant qu'il faille être aux affaires pour identifier les postes de dépenses inutiles et inefficaces. Lorsque l'on prétend gouverner un pays, il est préférable de savoir où se trouve le mal afin d'être prêt à y porter le fer : le Front National n'a-t-il pas d'"experts" pour faire ce travail ?

LA DECENTRALISATION

Mais allons plus loin. S'il est évident qu'il faut repenser les « coûts de la décentralisation » dans la mesure où ils pèsent sur les finances publiques, il faut nécessairement, avant tout, repenser cette décentralisation. Le programme apporte sur ce point un ensemble de réponses qui paraissent aller dans le bon sens mais qui demeurent fâcheusement incomplètes, laissant bien des aspects dans l'opacité.

Que lit-on ? « Une décentralisation non maîtrisée d'abord (lancée en 1981 et accentuée en 2004) a privé l'État de compétences stratégiques : transports régionaux, routes nationales, action économique notamment. Beaucoup, parmi lesquels nombre d'élus locaux, jugent que nous sommes allés trop loin dans le transfert de compétences. Cette décentralisation, c'est un creusement des inégalités entre les territoires et les Français, une complexité accrue de la décision publique, une corruption aggravée, et la reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d'un État stratège. » Le constat est juste. Le Front National préconise en conséquence de rétablir « un État fort qui impose son autorité aux féodalités locales ». Sont alors détaillées un ensemble de mesures techniques dont nous ne pouvons discuter en détail ici. Mais il en ressort qu'elles ne peuvent régler le problème posé. Ainsi, en quoi une baisse de 2 % (et pourquoi 2 % et non 3 %, 10 %?) des dotations de l'État aux conseils généraux et régionaux, assortie d'une interdiction législative d'augmenter les impôts locaux va-t-elle sortir les pouvoirs publics du pétrin dans lequel ils se trouvent actuellement ?

Les gâchis engendrés par la décentralisation et le « mille-feuille administratif », les déséquilibres territoriaux, en population, en moyens, en fiscalité, bien que constatés et déplorés par le Front National, ne seront en rien résorbés par les mesures préconisées. Pour y parvenir il faut recourir à des mesures bien plus drastiques, à commencer par la refonte de la carte territoriale, qui supprimera les gaspillages (et bien au delà de 2 %) à moyen et surtout à long terme. Bien sûr, cela remet véritablement en cause le cadre du présent régime dans lequel le Front National — qui se proclame "républicain" lorsque l'on sait ce que la "république" signifie en France — ne cesse de vouloir s'insérer avec, finalement, pour seule ambition, de tenter de colmater les brèches d'un édifice aux lézardes multiples et toujours plus élargies au fil du temps. En témoigne le fait que rien n'est prévu afin de réduire de manière significative le nombre de personnels des fonctions publiques de l'État et des collectivités territoriales ; et pour cause le rôle de l'État n'est pas repensé, sauf, comme nous le verrons ci-après, pour lui rendre un rôle de direction économique, renouant alors avec la période 1945-1975.

Cependant nous ne pouvons que soutenir pleinement la volonté d'arrêter le démantèlement du réseau ferré avec le développement de la complémentarité entre les LGV (lignes à grande vitesse) et les lignes régionales, la restauration du rôle directeur de l'Etat, le rétablissement d'une société de transports ferroviaires intégrée, le développement du transport fluvial. Toutefois, il est à craindre que tout cela demeure en grande partie au stade des vœux pieux car il est précisé, notamment à propos du rétablissement des transports en zone rurale, que ce « sera un objectif du quinquennat dans la mesure où la situation budgétaire le permettra ». Quelle valeur peut-on accorder à un programme d'action qui ne prévoit pas les modalités de son financement ? Il ne semble pas ici, que le programme soit très "volontariste" il tient plus de l'effet d'annonce.

Tout cela laisse une impression d'amateurisme fâcheux. En fait, répétons-le, de telles mesures ne peuvent être prises que dans le cadre d'une refonte de l'organisation des pouvoirs publics, ce qui n'est nullement envisagé par le Front national.

POLITIQUE INDUSTRIELLE

Mais poursuivons. Le présent programme insiste sur la nécessité de réindustrialiser la France et de mettre fin aux dérives et abus des tarifs de certains services publics, comme celui de la distribution d'eau (qui relève souvent du scandale). Nous ne pouvons qu'approuver.

L'accent est justement mis sur la nécessité de renforcer, sinon de créer, un tissu de PME et PMI qui sont « le fer de lance de l’activité économique et de l'emploi », et donc de favoriser le développement de l'esprit d'entreprise. Sachons à ce sujet que c'est de la création de nouvelles entreprises que vient la création d'emplois. Mais comment y parvenir ?

Le Front National insiste pertinemment sur la nécessité de se défaire des « contraintes absurdes » imposées par l’UE qui « interdisent, au nom d'une politique de la concurrence dévoyée, toute politique industrielle réelle ». De même souhaite-t-il avec raison rétablir des barrières douanières pour rétablir une équité dans la concurrence internationale qui, au moins dans l’UE. et singulièrement en France, a quasiment disparu.

Il propose une « planification stratégique de la ré-industrialisation » associant universités, grandes écoles, filières industrielles et représentants de l'État. Il est sûr qu'il faut établir des cadres d'orientation de l'économie assortis des canaux de financement. Cela nécessite de recourir aux principes d'économie orientée. Mais ledit programme n'apporte aucune précision.

Notons aussi un bon point : le redressement de la part du budget de l'Etat consacré à la défense nationale joint au rétablissement d'une industrie d'armement dont nous avons le rôle moteur dans la recherche et le développement des industries de pointe. De même, nous ne pourrons qu'approuver la volonté de doter la France d'une politique maritime mondiale qui est depuis longtemps un mirage.

Cependant, une telle ambition nécessite de disposer d'une main d'oeuvre formée et riche d'un savoir-faire de qualité.

Que propose le Front National ? « L'État stratège reprendra en main la politique de formation professionnelle et instaurera un véritable service public de la formation tout au long de l’existence (chèque formation). Afin de montrer l’exemple, l'Etat et les collectivités locales valoriseront l'expérience des seniors et s'engageront, dans la limite qu'impose la prise en compte du critère de la compétence, à réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes déplus de 45 ans issus du secteur privé. »

Tout cela est fort inquiétant. Si l’on comprend bien ce texte, il s'agit de continuer sur la même voie qu'actuellement où l'État s'occupe de tout, a dépossédé les corps de métiers et les filières industrielles de la formation. Autrement dit, a dépossédé les corps intermédiaires professionnels de la formation de leurs personnels, avec le peu de succès que nous savons puisque le taux de chômage des jeunes est parmi les plus élevés d'Europe, les formations n'étant pas en adéquation avec les emplois dont l'industrie a besoin, ce qui l'affaiblit encore plus.

Si l'État doit superviser, il n'a pas à se substituer aux entreprises. En outre, demander aux collectivités locales de donner l'exemple, il faut se demander quel exemple : celles-ci n'ont pas de compétences industrielles particulières et, d'ailleurs, ce n'est pas leur rôle. En outre, embaucher des "vieux" dans l'administration venant du secteur privé n'a aucun sens : s'ils ont une expérience réelle, qu'ils soient reconvertis dans des centres de formation pour transmettre leur savoir aux jeunes générations ! En tout cas, ce n'est pas de cette manière que l'on réduira le nombre des fonctionnaires (mais, répétons-le, ce ne semble pas être la préoccupation du Front National)

ETAT ET FISCALITE

Or, pour inciter les entreprises à travailler et de nouvelles à se créer, il faut leur faciliter la tâche. Un indispensable programme de simplification de la paperasse est prévu et est le bienvenu. Toutefois, il n'innove pas car il ne fait que suivre les politiques lancées par les actuels gouvernements, avec des succès contrastés, d'ailleurs, dans la mesure où l'emprise de l'Etat sur la vie des Français ne diminue pas, bien au contraire et le Front National n'apporte aucun démenti à ce sujet. En outre, cette surveillance et cette entrave à l'activité des gens risquent d'être encouragées puisqu'avec le « big data », (à savoir des techniques d'exploitation accélérée des données en tous genres et toujours plus nombreuses recueillies sur les personnes et l'activité humaine), il sera possible de multiplier les contrôles, mais de manière simplifiée, et gageons que la technocratie et la bureaucratie ne se priveront pas de cette possibilité.

Mais il faut aussi une fiscalité qui n'écrase pas. Or rien, dans le programme du Front National ne va dans ce sens. Et pour cause : une fois encore, répétons-le, il n'y a de la part du Front National aucune réflexion sur la refonte du rôle de l'État.

Certes, il est précisé que « l'impôt doit rester aussi faible que possible pour que le consentement à l'impôt demeure et que la pression fiscale ne soit pas ressentie comme un véritable fardeau ». Comment y parvenir ? Nous souscrirons à la critique relative à l'opacité de la taxe d'habitation , mais nous pourrions dire la même chose de l'impôt foncier. Justement, le Front National, propose de le remplacer par un impôt progressif sur le patrimoine, fruit de la fusion entre taxe foncière et ISF « sur des bases rénovées ». Lesquelles ? Cela demeure bien flou.

Or l'ISF constitue une véritable spoliation des patrimoines et les Rétais, souvent de simples paysans, en savent quelque chose ! Son maintien est plus qu'inquiétant. Quant à la suppression des droits de succession, qui était naguère au programme du Fn, il n'en est plus fait mention. Non plus d'ailleurs que de la suppression autrefois envisagée de l'impôt sur le revenu des personnes physiques.

En outre, il n'y a aucune réflexion sur la question de la progressivité de l'impôt alors que, par nature, ce n'est pas le rôle de la fiscalité de traiter un tel sujet et que, généralement, ce type de disposition se révèle plus préjudiciable a l'activité économique que son abandon. De même, il est indiqué que « la fiscalité doit devenir un outil au service de notre projet économique de redressement ». Or la fiscalité n'est pas naturellement un outil de politique économique. c'est un outil de financement de l'Etat. Il y a là une confusion dommageable. Et si l'on veut quelque progressivité, la variation des taux de TVA est une possibilité (ce qu'envisage d'ailleurs le Front National).

S'il faut remettre à plat le maquis inextricable de la fiscalité française (avec un Code des impôts de plus de 6 000 pages), s’il faut éviter la surimposition des PME-PMI (le Front National relève cette remarque du Conseil des Prélèvements obligatoires, selon lequel les PME payent presque trois fois plus d'impôt sur leurs bénéfices que les sociétés du CAC 40), la véritable réponse fiscale dont a besoin la France réside avant tout dans la diminution des impôts et non pas dans un réaménagement de ce qui existe. Et pour cela, il faut, répétons-le repenser le rôle de l'Etat et de son organisation. Le Front National n'y est pas prêt. Tout ce qu'il ambitionne, c'est d'assurer un meilleur fonctionnement de leur République en décrassant le moteur. Autrement dit, il ne faut rien attendre de ce parti qui puisse assurer le redressement de la France. 

D'ailleurs, à lire attentivement les déclarations faites dans les autres domaines politiques par les dirigeants du Front National, nous sommes en présence d'un parti politique qui se veut d'une pureté républicaine plus grande que les autres partis du système et se propose de la rétablir, il précise « l'assimilation, via l'école notamment, doit redevenir la règle et le communautarisme banni. La France inscrira dans sa Constitution « la République « reconnaît aucune communauté » »  ce qui est un vœu pieu ou une malhonnêteté dans la mesure où le communautarisme se développera aussi longtemps que vivront sur le sol de la France des populations inassimilables, de par leur nombre et leur éloignement civilisationnel et que rien ne sera pensé puis entrepris pour les renvoyer dans leur pays d'origine. Tout cela semble loin des préoccupations des actuels dirigeants de ce parti avant tout soucieux de complaire au magistère du système mondialiste et de leur République pour mieux lui servir la soupe, voire d'en récolter une assiettée.

Il faut choisir : demeurer un parti réformiste, visant à pérenniser de fait le système mondialiste et matérialiste, même amodié de quelques aménagements, ou bien être un parti révolutionnaire, ancré dans une tradition millénaire, préparant l'exploitation de la rupture qui se produira tôt ou tard du fait des contradictions de ce système destructeur qui n'est en aucun cas réformable.

André GANDILLON, Président des Amis de RIVAROL.

 

Rivarol du 24 avril 2015

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