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Trois questions à Lucien Cerise (1/3)

img6.pngDes lecteurs de Scriptoblog et des éditions Le Retour aux Sources adressent parfois des questions aux auteurs et membres de l’équipe. Deux personnes qui souhaitent rester anonymes et Lucien Cerise vous proposent des extraits de cette correspondance privée qui pourront intéresser un plus large public.


La page Wikipédia sur Gouverner par le chaos vous accuse de faire de l’entrisme à l’extrême-gauche. Que répondez-vous à cela ?

Lucien Cerise. Je fais de l’entrisme absolument partout, parce que tout m’intéresse. Quand on fait des études de terrain en observation participante, on doit fréquenter tous les milieux, tous les groupes sociologiques, sans exclusive et sans a priori idéologique. En outre, je dirai toujours « oui » à toutes les propositions de conférences et sollicitations médiatiques d’où qu’elles viennent car les informations que j’ai à diffuser intéressent tout le monde, même le diable. Je fais donc de l’entrisme partout, mais aussi du « sortisme » partout. Conséquence : les gens de droite pensent que je suis de gauche, et les gens de gauche pensent que je suis de droite. Cela marche à tous les coups et c’est plutôt bon signe, une garantie d’objectivité. Évidemment, la police de la pensée a horreur des gens qui bougent, qui restent curieux dans leur tête et libres dans leurs fréquentations. Les flics veulent développer le communautarisme, que les gens restent à leur place, les gauchistes à gauche, les droitistes à droite, et surtout que les groupes ethniques ou religieux ne se rencontrent pas, car ils sont plus faciles à gérer et à utiliser ainsi. Dans ces conditions, c’est un acte politique critique que d’aller partout et de parler avec tout le monde, de l’ultra-droite à l’ultragauche et avec toutes les communautés identitaires.

Je dis ceci bien que le militantisme politique soit secondaire pour moi, ma priorité étant de respecter une bonne méthodologie scientifique. En effet, ce qui m’intéresse en premier lieu en politique est de comprendre comment fonctionnent les diverses cultures, de l’ultragauche à l’ultra-droite, quels sont leurs mythes fondateurs et comment certains lobbies s’en emparent et les piratent pour les manipuler. Au-dessus des organisations politiques, il y a les organisations d’influence, les fameuses minorités agissantes, ou minorités actives, dont parlait Serge Moscovici en 1976, qu’on appelle encore des lobbies, ou groupes de pression. Quand on étudie ce domaine, il devient clair que si les tendances politiques qui vont de l’UMP à l’ultragauche se rejoignent finalement au-delà d’un clivage apparent, c’est parce que les groupes d’influence qui les dirigent sont d’accord sur l’essentiel du dogme libéral-libertaire, qui se résume ainsi : « Il faut ouvrir toujours plus la société, sans jamais commencer à la refermer un peu pour se protéger ». C’est d’ailleurs ça, le capitalisme : l’abolition de toutes les frontières et de toutes les limites, au moyen des traités de libre-échange européens et transatlantiques, TAFTA, TISA, CETA, ou par la marchandisation du vivant, les OGM, le « mariage homo », la PMA, la GPA, l’euthanasie, etc. Les milieux souverainistes sont encore préservés de ce fanatisme de l’ouverture totale ; le bon sens, le sens des limites, c’est-à-dire la nécessité du protectionnisme et de la fermeture sélective, ne les a pas encore quittés.

Paradoxalement, ces idées de base de la lutte contre le capitalisme sont aujourd’hui minoritaires à gauche. Qui comprend encore à gauche qu’il faut sortir de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et relocaliser la production, c’est-à-dire limiter drastiquement l’immigration et annuler la dette du Tiers-monde pour en tarir les flux ? L’anticapitalisme a donc migré. L’échiquier politique a bougé. Si un jour, la critique authentique du capitalisme renaît dans les organisations de gauche, j’y retournerai. Et si des médias ou des organisations de gauche me proposaient aujourd’hui des créneaux d’expression, je les saisirai volontiers, pour les raisons exprimées plus haut. Mais que voit-on depuis les années 1980 ? Des communistes qui passent au Front national par centaines de milliers et qui ne reviennent pas en arrière. Il faut dire que le terrain intellectuel de la Gauche a été entièrement stérilisé par Terra Nova et le GODF. Conséquence : les seuls individus, médias et organisations qui se sont intéressés à mon livre sont ceux que le politiquement correct diabolise en les qualifiant d’extrême-droite. Mais je récuse également cette étiquette réductrice qui n’est qu’un stéréotype. Aujourd’hui, il faut avancer et porter la critique sociale par-delà la Droite et la Gauche, c’est-à-dire dans les faits et au-delà des idées. Alors, on découvre quelle est vraiment l’idéologie au pouvoir en Europe, en Amérique du Nord et en Israël : c’est le transhumanisme, c’est-à-dire le capitalisme intégral.

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