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25/10/2016

La droite qui défile et la droite qui se défile

6a00d83451619c69e201bb09494397970d-250wi.jpgLe sous-titre de l'ouvrage de Patrick Buisson, L'Histoire interdite de la présidence Sarkozy, est très réductrice de la portée de cette oeuvre politique. La Cause du peuple est en effet bien plus qu'un récit politique voire politicien de la présidence Sarkozy. Il s'agit plutôt d'une analyse minutieuse de la crise qui traverse la France, crise civilisationnelle, identitaire, sociale, morale, économique et politique. Lucide sur la personnalité qu'il a servie durant son mandat, le politologue décrypte d'une part la personnalité de l'ancien président de la République, acquis aux idées de gauche comme la plupart des ténors de son parti, et d'autre part l'échec de cette droite qui n'a de droite que le nom. Il met en évidence la fracture entre la droite qui a manifesté contre la loi Taubira et la droite qui détient les rênes du parti qui se trouve à droite de l'échiquier politique :

"Force était de constater, pour qui voulait bien regarder d'un peu près la chronique du dernier demi-siècle, que les foules de droite, lorsqu'elles étaient descendues dans la rue, ne l'avaient jamais fait au nom d'intérêts catégoriels. Pas un de ces grands rassemblements populaires qui ne fût impulsé par un autre motif que la défense de principes et de valeurs non mercantiles. L'honneur de ce peuple voulait qu'il ne mobilisât que pour de grandes causes. Ce fut le cas le 30 mai 1968, lorsque l'autorité de l'Etat, l'ordre public, la cohésion nationale lui parurent menacés. Ce fut le cas également le 23 juin 1984, lors du soulèvement  contre le projet Savary d'instaurer un "grand service public de l'éducation" qui signifiait la mise à mort de l'école libre. Les manifestations des 13 janvier et 24 mars 2013 ne dérogèrent pas à la règle. Elles mirent en évidence une fracture profonde entre une droite conservatrice et une droite libérale, une droite qui défilait et une droite qui se défilait.

La droite qui défila dénonçait, à travers la loi Taubira, une entreprise de déstabilisation du socle anthropologique des valeurs traditionnelles. Elle pourfendait, par-delà leur apparente opposition inlassablement mise en scène, la complémentarité dialectique du capitalisme consumériste et du progressisme hédoniste qui visait à éradiquer, au nom de l'émancipation individuelle, les appartenances forgées par le temps et par l'histoire. Elle s'insurgeait contre la tyrannie de ce nouveau Mammon libéral-libertaire et proclamait en définitive le primat du sacré sur le marché.

La droite qui se défila s'enfonçait, quant à elle, dans le relativisme moral, ne voyant aucun inconvénient à sous-traiter à la gauche le volet sociétal du libéralisme et ses implications les plus insensées, comme la théorie des genres intégrée dans les programmes scolaires par Luc Chatel, le ministre de l'Education nationale de Sarkozy.  Elle psalmodiait les sourates de l'économisme pour mieux se dissimuler et dissimuler aux Français que la crise financière n'était en fait que l'émanation de la crise morale, fruit amer d'une malsociété, excroissance maligne de l'incomplétude d'une société exclusivement matérialiste et marchande.

La droite qui défila alignait les gros bataillons de la piétaille électorale, mais la prohibition du mandat impératif dans notre démocratie parlementaire la rendait politiquement impuissante. La droite qui se défila était minoritaire, mais contrôlait, par le biais des appareils partisans, le processus de sélection du personnel politique censé représenter les électeurs. La droite qui défila avait pour elle un spectaculaire regain du militantisme tel qu'aucun parti n'en avait connu ces dernières décennies, les accents d'une révolte portée par une jeunesse aux antipodes d'un repli passéiste, la maîtrise des codes innovants du langage médiatique qui les faisaient se regrouper sous des oriflammes bleus et roses au couleurs de layette. La droite qui se défila se débattait dans les convulsions d'une crise de leadership sans précédent qui vidait l'UMP de ses militants et la rendait exsangue.

Certes, le divorce remontait à loin, mais jamais, sans doute, n'avait-il revêtu une telle consistance et une telle évidence au regard des observateurs. Ni Sarkozy ni Fillon et aucun des ministres en vue des derniers gouvernements de droite, hormis Laurent Wauquiez, ne vinrent témoigner de leur solidarité avec les foules pacifiques de La Manif Pour Tous. Soucieux de récupérer au plus vite leur marge de manoeuvre politique, ils s'empressèrent au contraire, sitôt la loi Taubira adoptée, de la déclarer intangible, impossible à abroger selon l'"effet cliquet" qui couvrait de sa dialectique toutes les lâchetés et toutes les abdications de la droite depuis un demi-siècle."

Michel Janva

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