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Arthur, Lancelot, Guenièvre et les autres Les enchantements de Bretagne

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S'il vous arrive encore de vous rêver chevalier, n'avouez pas, mais il y a urgence : un détour par Brocéliande et le Centre de l'imaginaire arthurien s'impose. Visite guidée.

Anéantie par le feu sur plusieurs hectares au Val-sans-Retour, saignée par de larges chemins qui ne laissent plus place au mystère, parcourue toute l'année de long en large par les fidèles, Brocéliande survit encore, pourtant, de sa « respiration rentrée ». Infime miette de ce qui était autrefois la toison de l’Armorique, elle est depuis des siècles berceau des légendes, géographie des chevaliers de la Table ronde.

À ses confins du nord-est, près de Concoret, du tombeau de Merlin et de la fontaine de Jouvence, les brumes du lac noient la retraite de la fée Viviane. C'est ici le nombril, l’omphalos, le pouls de la forêt, car une confrérie joyeuse, informelle et tout à fait contemporaine, le Centre de l'imaginaire arthurien qui siège au château de Comper, travaille à y perpétuer la légende.

Le pouls de la forêt

L'aventure du Centre a commencé il y a plus de dix ans, avec la naissance des éditions Artus (1). De rencontres en publications axées sur les pays celtiques, le monde nordique et la « matière de Bretagne », une amitié s'est tissée entre écrivains et artistes, venus s'échouer sur ce rivage forestier commun. Michel Le Bris, grand ordonnateur du salon Etonnants Voyageurs de Saint-Malo (troisième édition en mai 1992), y côtoie Philippe Le Guillou, écrivain et auteur chez Gallimard du récent Donjon de Lonveigh, les peintres Sophie Busson, Bernard Louédin, le graveur Carmelo de la Pinta... Claudine et Hervé Glot qui président aux destinées des éditions Artus et du Centre de l’imaginaire arturien se veulent « éveilleurs de rencontres ». Ce sont eux qui maintiennent le cap et ont choisi, il ya trois ans, de jeter l’ancre à Comper.

« Aborder les plus anciennes légendes comme une matière toujours vivante, expliquent-ils, confronter le point de vue du chercheur à la curiosité du profane, mêler les représentations d'hier à celles d'aujourd'hui, allier le souffle léger des elfes à la puissance du royaume forestier, pour que naisse peut-être une lumière singulière, voilà pourquoi, tout simplement, nous sommes réunis. » Il n'y a pas de secret d'alchimiste pour la réussite, pas de formule magique si ce n'est beaucoup de travail et un engouement partagé que provoque sans doute le climat particulier de la forêt : le Centre expose d'avril à septembre et enregistrait, pour la saison 1991, plus de douze mille visites.

Murmurer des secrets

Il ne s'agit pourtant pas d'une « entreprise culturelle » comme les autres pas de recette à la mode, d'interactivité ou autre bibliothèque télématique... Les « artusiens » comme ils se nomment entre eux, préfèrent donner à voir et à lire, suggérer, faire rêver, murmurer des secrets que le visiteur s'accapare en ayant l'assurance de les avoir mérités de longue patience. Pas de décodage, pas de prétention à tout montrer ni à s'ériger en gardiens du temple : « Attention, nous avertit-on, ce lieu ne prétend pas être le Tout ; il n'est qu'un centre dans un univers… polycentré. À chacun de trouver le chemin et de choisir ses étapes. À chacun sa Quête ! »

Chaque saison du Centre est plus ambitieuse que la précédente. 1991 ouvrait le château de Viviane à John Boorman, le réalisateur de La Forêt d'Emeraude et surtout d'Excalibur le cinéaste en avait laissé les costumes, les bijoux et les armes faire le voyage depuis l'Irlande où il demeure. Plus concrètement, le Centre prenait part à la plantation de l'Arbre d'Or en forêt de Brocéliande et au reboisement des terres brûlées de Tréhorenteuc et du Val-sans-Retour.

Cette année propose un autre tête-à-tête, avec les costumes et les maquettes de François Bourgeon, travaux préparatoires aux trois tomes des Compagnons du crépuscule, un diaporama superbe, Fragments d'un itinéraire de Graal, réalisé par Yvon Boelle sur un texte de Philippe Le Guillou que récite un Patrick Poivre d'Arvor inattendu, une exposition de gravures de Gustave Doré consacrées au cycle arthurien, une autre encore sur le roi Arthur et l'imagerie médiévale.

Du château de Comper on sort différent, envoûté par la légende, enchaîné peut-être par les sortilèges de Brocéliande, tant est curieuse « l'ambiguïté de la forêt, de ce monde clos, fermé sur lui-même, inaccessible... peut-être est-elle d'abord le lieu de toutes les métamorphoses » (2). Ou plus sûrement victime d'un charme jeté par Viviane.

Eléonore Pasquet Le Choc du Mois Juillet-août 1992

(1) Aux éditions Artus : Immortels, Merlin et Viviane, de Philippe Le Guillou, dessins de Paul Dauce.

Légendaires, de Michel Le Bris, gravures de Gustave Doré.

Brocéliande ou l’obscur des forêts, collectif.

Féodalis, de Gilbert Durand, peintures de Bernard Louédin.

Celtiques, gravures de Carmelo de la Pinta.

La Main à plume, de Philippe Le Guillou. Editions Artus, BP 26, 56200 La Gacilly.

(2) J. Ribard, Le Moyen-Àge, littérature et symbolisme, éditions Champion, 1984.

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