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L'affaire du Lancet : un scandale dans le scandale

The Lancet, revue de médecine mondialement réputée, a publié une escroquerie scientifique. En y ajoutant foi, le ministère de la santé a montré les limites de sa compétence.

Le Dr Olivier Véran va-t-il démissionner ? Les résultats de la létalité au Covid-19 (mortalité rapport du nombre de morts sur le nombre de cas déclarés) ont été publiés par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, basé à Stockholm la « France occupe la dernière place dans le monde avec un taux de 19,67% de létalité ».

Rappel des faits : le 19 février 2020, une étude chinoise à Quingdao, sur 100 patients conclut à l'efficacité d'un traitement de 500 mg de phosphate de chloroquine. Ce médicament agirait en empêchant l'entrée du virus dans la cellule qu'il veut infecter.

Le Pr Didier Raoult à Marseille procède à une étude sur l'hydroxychloroquine (HCQ), moins toxique, sur 24 puis 80 patients et confirme cette efficacité.

Le 28 mars, le Dr PierLuigi Bartoletti, vice-président de la Fédération italienne des médecins généralistes distingue bien deux phases à la maladie du coronavirus la première, où l'infection est accessible au traitement par HCQ et une seconde, qui peut mener à l'insuffisance respiratoire aiguë. Dans la foulée, l'Italie donne son accord à l'emploi du médicament dont le nom commercial en France est Plaquenil, utilisé surtout pour le lupus et la polyarthrite.

Le président Donald Trump est un chaud partisan du médicament : il fait pression sur son administration (la FDA) pour qu'elle autorise son emploi.

Mais le 26 mars, l’hydroxychloroquine est presque interdite, sauf rares cas hospitaliers, par un décret du ministère de la santé français. Le Pr Christian Péronne, infectiologue à Garches se lamente : « Interdire la prescription en phase de début tout en l'autorisant en phase tardive (...) est un contre-sens absolu ». Cependant le président Emmanuel Macron insiste pour que les essais cliniques incluent l'hydroxychloroquine.

Le 22 mai 2020, coup de théâtre, le Lancet publie une métanalyse gigantesque sur 96 000 patients de 671 hôpitaux sur six continents (sic), qui conclut à l'inefficacité et à la toxicité de l’hydroxychloroquine. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) demande l'arrêt de tout essai clinique avec ce médicament et le ministère de la Santé français l'imite. La messe semble dite et l’ydroxychloroquine définitivement enterrée.

Le pâté d'alouette

Mais le contrecoup n'en sera que plus rude. Le Pr Philippe Froguel, chercheur connu du CHU de Lille, soupçonne la société Surgisphère d'avoir obtenu ses données par piratage informatique. « Depuis quelques années, nombre d'avertis considèrent que la Lancet a cessé d'être la grande revue qu'il fut ».

Le Dr Allen Cheng, épidémiologiste à l'Alfred Health Institute de Melbourne explique : « En Australie, pour qu'une société inconnue comme Surgisphère puisse avoir accès à une base de données, il faut une approbation éthique et qu 'au moins un membre de l'institution soit impliqué dans le processus : il faut enfin que celui-ci et l'hôpital soit cité dans la publication ». Le statisticien australien Peter Ellis démonte l'escroquerie comment une petite société de cinq personnes (dont une actrice se produisant dans des films pornographiques) pourrait-elle traiter une telle masse de données en aussi peu de temps ? Et ce, sans que la discussion s'engage sur les forums, sans qu'aucun acteur de l'étude ne se fasse connaître ! Surgisphère, par la voix de son directeur le Dr Sapan Desai, se réfugie derrière le secret professionnel elle s'interdit de publier les données confiées par ses clients. Un audit indépendant est proposé.

Mais dès le 4 juin, trois des quatre auteurs de l'article se rétractent. « Nous ne pouvons nous porter garants de la véracité des sources des données primaires ». Surgisphère supprime son site internet et son compte Twitter.

Le site de France-Soir mène une enquête sur Surgisphère qui a souvent déménagé aux États-Unis, a été suspendue ou liquidée ou radiée pour non-publication de comptes. The Lancet lance une « expression of concern », bref confesse un doute (euphémisme). C'est « un immense scandale, très préjudiciable à la communauté scientifique », conclut le Pr Gilbert Debray, de la Pitié-Salpêtrière.

Le mécanisme de l'escroquerie est le même que celui de la crise des subprimes, ces crédits sous-excellents vendus par de grandes et honorables banques, selon la règle bien connue du pâté d'alouette une petite alouette bien honnête et de la viande de cheval avariée pour l'essentiel.

Le mobile d'une escroquerie aussi grossière : dénigrer le président Trump, régler un compte avec le Gaulois réfractaire Raoult ou éviter à Mme Agnès Buzyn, qui avait inscrit l'hydroxychloroquine au tableau des toxiques en début d'année, de comparaître devant une cour de la République ?

Sans doute un peu tout cela, mais on a voulu aussi probablement manipuler les cours de bourse, très sensibles à la moindre annonce d'articles scientifiques. Le laboratoire pharmaceutique américain Gilead, qui produit le redemsivir concurrent de l’hydroxychloroquine, cotait moins de 65 dollars américains en février avant de dépasser le plafond des 85 dollars début mai, alors que la parution de l'article du Lancet était prévue.

Dr Philippe Bornet Monde&Vie 20 juin 2020

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