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Armement : Macron le liquidateur

Macron, éternel cocu du couple franco-allemand ? C’est particulièrement flagrant dans l’industrie de l’armement, où les coopérations industrielles conduisent systématiquement à déshabiller Paris pour habiller Berlin.

Cela devient une sale habitude. L'Allemagne a encore donné un coup de poignard dans le dos de l’industrie d'armement française, dans un silence total de Macron.

On a en effet appris le 17 novembre que Berlin envisageait sérieusement d'acquérir des hélicoptères de combat américain Apache ou leur successeur de chez Boeing. Problème, cet achat viendrait en lieu et place de la modernisation du Tigre, fruit dune coopération entre la France, l’Allemagne et accessoirement I'Espagne. S'il perdait l’un de ses principaux contributeurs, ce programme d’armement serait condamné à une mort lente, Paris et Madrid n'ayant pas les 5,5 milliards d'euros nécessaires pour réaliser seuls la mise à niveau de l’hélicoptère au standard Mk III. Plus grave encore pour l’armée et l’industrie de Défense française, ce probable retrait allemand viendra également plomber le programme HIL (hélicoptère interarmées léger, le Guépard), une partie de son avionique devant être commune avec le Tigre Mk III. L'ALAT (Aviation légère de l’Armée de Terre) devrait donc revoir a la baisse ses ambitions, soit sur le nombre d°appareils a moderniser, soit sur les nouvelles capacités, soit les deux.

Berlin joue Washington contre Paris

Est-ce au nom de la préservation du sacro-saint et mythique couple franco-allemand, par simple faiblesse ou par indifférence vis-a-vis de notre indépendance stratégique que Macron n'a pas réagi ? Sans doute un peu des trois, tant il devient coutumier du fait. Ainsi en juillet dernier, Berlin a-t-il annoncé qu'il allait acheter à Boeing cinq patrouilleurs maritimes P-8A Poséidon.

La Deutsche Marine ne souhaitait en effet pas attendre 2032 et la mise en service du MAWS (Maritime Airborne Warfare System), autre programme franco-allemand. Lancé en 2018, Ie projet est touché et presque coulé. Il avait certes pris du retard du fait de blocages allemands d'une part et du retrait de Dassault Aviation de l’autre. L'avionneur français était furieux de ne pas avoir obtenu la maitrise d’œuvre du projet, ce qui le mettait en position de faiblesse vis-a-vis de ses rivaux d'outre-Rhin, moins avancés technologiquement.

Cas de figure similaire pour le projet-phare de ce couple décidément mal assorti : l’avion de combat de sixième génération, le New Generation Fighter (NGF). La France - en l’espèce Dassault devait en avoir la maitrise d’œuvre en raison de son avance technologique. Un accord sans cesse remis en cause par Angela Merkel, qui réclamait encore en février dernier que « les partenaires allemands puissent être à un niveau satisfaisant ». «  Nous devons donc voir très précisément les questions de propriété industrielle, de partage des tâches et de partage de leadership », avait-elle insisté. Comprendre : elle voulait qu'Airbus Defence and Space (ADS), piloté depuis Munich, prenne la main sur le projet et accapare les brevets de Dassault.

Berlin a d'ailleurs habilement négocié ce partenariat franco-allemand en y faisant rentrer l’Espagne le ménage à deux devenait un ménage trois, à parts égales. Sauf que le partenaire espagnol n'est autre... qu'ADS, donc sous contrôle allemand. Fort de cet allié de poids et du renoncement de Paris, un accord fut trouvé entre les trois capitales, conduisant à réduire à portion congrue la part de Dassault dans le projet, au point que l’industriel envisage toujours d'en claquer la porte avant d’être contraint de céder ses précieux brevets.

Berlin a d'ailleurs adopté cette stratégie de déstabilisation en invitant la Grande-Bretagne dans le pendant terrestre du NGF, le projet de char du futur. II était pourtant convenu entre la France représentée par Nexter, constructeur du char Leclerc - et l’Allemagne en l’espèce, KMW, fabricant du Leopard 2 - que cette dernière pilotait le projet de MCCS (Main Ground Combat System).

Mais voila, un autre Allemand, Rheinmetall, voulait aussi sa part du gâteau, jusqu'a exiger le contrôle de KNDS, la co-entreprise de Nexter et KMW. Le délicat compromis trouvé entre les trois industriels pourrait bien voler en éclats avec l’arrivée du Britannique RBSL... détenu à 50 % par Rheinmetall. Devinez qui sera le dindon de la farce ?

Richard Dalleau Monde&Vie  4 décembre 2021 n° 1005

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