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Européennes : pourquoi les souverainistes pourraient renverser la table

Le RN caracole en tête dans les sondages d’intentions de vote du 9 juin, avec des sondages historiques autour de 30 %. Il est suivi, à droite de l’échiquier politique, par les LR de Bellamy et Reconquête mené par Marion Maréchal, situés chacun entre 5 et 10 %. Trois partis officiellement opposés à l'Europe supranationale de von der Leyen. Dans de très nombreux pays d’Europe, des partis souverainistes redressent la tête et menacent les plans des eurobéats : centristes, socialistes et verts confondus.

Une enquête menée dans dix-huit pays par Ipsos pour la chaîne Euronews et relayée, ce 20 mars, par Le Figaro apporte quelques heureuses nouvelles. La principale déculottée serait appliquée sans faiblesse au parti européen Renew, celui des macronistes (Renew passerait de 102 à 85 élus). Les Verts subiraient également une jolie correction, en tombant de 72 à 55 élus, tandis que le Parti populaire européen (PPE, centre droit) resterait stable, avec 177 élus (contre 178 précédemment).

« Une recomposition totale est possible à droite »

Grands gagnants, la méchante extrême droite favorable à une « Europe des nations ». Les partis européens ID (celui du Rassemblement national) et ECR (celui de Reconquête et de son député européen Nicolas Bay), passeraient de 127 à 157 députés européens, soit 22 % des 720 sièges. Un bond considérable : les patriotes n’occupaient que 10 % des sièges, voilà dix ans. Mais… largement insuffisant pour atteindre la majorité des voix, située à 361 élus. Le bond souverainiste ne menacerait pas la suprématie des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates à Strasbourg. Question : la poussée de la droite européenne sera-t-elle inutile ?

Oui, répond le sondeur : seule une coalition du parti de centre droit PPE avec la gauche et les Verts permettrait d’atteindre une majorité d’élus. « Une coalition de tous les partis de droite, allant du PPE chrétien-démocrate à Conservateurs et Réformistes (ECR, qui inclut Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni et le PiS en Pologne) en passant par Identité et Démocratie (comprenant, notamment, le RN en France) n’atteindrait que 334 sièges, alors que la majorité est à 361 », écrit-il. Sauf que la majorité n’est pas très loin, que notre sondeur compte pour rien les 68 futurs non-inscrits (contre 49 actuellement), dont une quinzaine d’élus du Fidesz hongrois de Viktor Orbán, et qu'il ne s’attarde pas sur la fragilité du PPE.

« Une recomposition totale est possible à droite », assure, au contraire, à BV, Jean-Paul Garraud, député européen, chef de la délégation française du RN au Parlement européen et membre de ID. Jean-Paul Garraud travaille depuis des années à la mise en place (complexe…) d’une vaste plate-forme souverainiste en Europe. Il cite les élus du parti espagnol Vox et les Polonais du PiS, tous deux chez ECR, « mais qui sont beaucoup plus ouverts avec nous », dit-il. Les Portugais de Chega, très proches du RN et qui viennent de signer une belle victoire électorale, auront des élus. Des Tchèques et d’autres partis européens comme l'Allemand AfD - il a manifesté son envie de rejoindre ID : le cas est en discussion - pourraient rejoindre le groupe européen dont fait partie le RN. Dans cette recomposition, Viktor Orbán jouera un rôle majeur. « Je considère que les Hongrois qui auront dix à douze députés détiennent la clé de ce qui peut se passer, confie Jean-Paul Garraud à BVS’ils viennent avec nous, c’est très important : cela peut déclencher un effet domino : ils sont sortis du PPE tellement humiliés… »

Vers l'unité des souverainistes ?

Chez Reconquête, on fait aussi des projections internes (non publiées) sur la bases de plusieurs vagues de sondages : le parti mené dans la bataille des européennes par Marion Maréchal table sur 95 députés ID (dont ceux du RN) et 97 députés ECR (dont ceux de Reconquête… et du Fidesz hongrois, décidément très courtisé). « Les Estoniens, les Autrichiens pourraient rejoindre ECR, énumère Philippe Vardon, le conseiller régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’occupe du dossier chez Reconquête. En cumulé, les députés de ID et de ECR pourraient être aussi nombreux que ceux du PPE, soit entre 170 et 200 », précise-t-il à BV. Les deux partis européens souverainistes se rapprocheront-ils ponctuellement ou définitivement ? Le président du RN Jordan Bardella a ouvertement souhaité que ID travaille avec ECR. Une unité envisageable pour lutter contre le Pacte vert, par exemple, ou pour soutenir Giorgia Meloni dans sa lutte contre l’immigration.

Mais voilà, unis ou non, les 200 députés souverainistes ne feront pas à eux seuls une majorité. Il faut pour cela l’appui d’une partie du PPE, le grand parti de centre droit, celui de... Ursula von der Leyen ! A priori pas vraiment aligné sur les positions de Reconquête ou du RN. « Les élus du PPE ont voté 32 des 34 points du Pacte vert, tempête Philippe Vardon auprès de BVLe brave électeur de droite en France ne se rend pas compte que ses voix seront mêlées à Strasbourg avec celles de Glucksmann (PS) et de Hayer (Renaissance). Mais plus ECR aura de force à Strasbourg, plus le PPE penchera à droite. »

D'autant que, soumis à d'intenses pressions internes, le PPE n’est pas à l’abri d’une scission : François-Xavier Bellamy y mène une guerre pied à pied contre la candidature de von der Leyen et ne s’avoue pas vaincu. De là à embarquer une partie des élus européens du PPE dans une ligne plus droitière ? Rien d’impossible. Enfin, sur certaines thématiques sensibles comme l’immigration, l’écologie punitive, l’agriculture ou la fiscalité, la droite du PPE pourrait rejoindre ponctuellement ID et ECR pour former des majorités d’occasion. Pour la droite souverainiste, les jeux sont bien plus ouverts que ne l’indiquent les sondages. De quoi donner des cauchemars à Macron et sa candidate Valérie Hayer !

Marc Baudriller

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