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Paul de Cassagnac : République et démocratie (article de 1904)

Paul de Cassagnac

Paul de Cassagnac (1842-1904) était un homme politique impérialiste, journaliste, polémiste français, connu aussi pour ses nombreux duels. Fils de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, homme politique, journaliste et historien siégeant au Corps législatif parmi les “Mamelouks” sous le Second Empire (impérialistes purs et durs partisans de l’Empire autoritaire), il fut député impérialiste du Gers de 1876 à 1893, département qui demeura fidèle au bonapartisme au point d’être surnommé la “Corse continentale” (meilleur score bonapartiste sur toute la France aux élections législatives de 1889).
A partir de 1884, déçu par le prince Victor-Napoléon, il se rapprocha des droites royalistes et fonda la doctrine du solutionnisme (n’importe quel prétendant mais pas la République) tout en gardant un attachement sentimental à l’Empire. En 1886 il fonda le journal l’Autorité ayant pour devise “Pour Dieu, pour la France”.

Article paru dans son journal l’Autorité sous le titre : PEUPLE SOUVERAIN

18 septembre 1904.

Il est une vérité qui crève les yeux, c’est que la République actuelle n’est pas une démocratie, comme elle a l’outrecuidante prétention de l’être.
Dans une démocratie, le mot seul suffit à l’indiquer, tout le pouvoir est aux mains du peuple.
Chaque citoyen en détient une portion égale.
Et rien d’important, rien de grave, ne saurait se faire sans la volonté du peuple, librement consulté et se prononçant librement.
Tandis que le régime actuel n’est autre chose que l’expropriation, pour la durée des quatre années législatives, des pouvoirs de l’électeur au profit d’une bande.
Cette bande use et abuse.
Elle se conduit comme si elle avait un mandat en blanc et qu’il lui fût permis de prendre toutes les initiatives, sauf à imposer au peuple la brutalité des faits accomplis.
Celui-ci, sous le régime actuel, n’a plus à se prononcer sur la politique à suivre.
Il n’a plus qu’à ratifier passivement et avec résignation, celle qui a été suivie en dehors de lui et souvent contre sa volonté formelle.
En un mot, il est traité, non pas en « souverain », ainsi qu’on a l’impudence de l’appeler, mais en véritable mineur, sous une tutelle insolente.
C’est dire que la République actuelle est tout l’opposé d’une démocratie, qu’elle en est purement et simplement la négation.
Et dans aucune question on ne le constate plus clairement, plus lumineusement, que dans celle de la séparation des Églises et de l’État.
Il n’y a pas dix députés, il n’y a pas deux sénateurs, qui aient inscrit cette mesure sur leurs programmes électoraux.
Le peuple, par conséquent, n’a pas eu à se prononcer, n’a pas eu l’occasion de montrer quelle est sa manière de voir.
Pourtant, il est au monde une question qui l’intéresse dune façon dominante, c’est celle qui va régler ses rapports quotidiens avec les prêtres de son culte, qui va peut-être lui enlever les secours de la religion, à son lit de mort, et le laisser vivre, les églises fermées, le service des cultes supprimé, comme un vil bétail dans les champs.
C’était la moindre des choses que les députés qu’il nomme, prissent la peine de lui demander ce qu’il en pensait.
D’autant que le chef du gouvernement, Combes lui-même, au lendemain des dernières élections générales, se proclamait officiellement le partisan du Concordat, et en voulait le maintien.
Or, on n’aura pas le toupet de nous assurer que les élections départementales des conseils généraux et des conseils d’arrondissement, ont eu pour plate-forme la séparation des Églises et de l’État.
On n’en a même pas parlé aux électeurs et on n’avait pas, d’ailleurs, à leur en parler.
De telle sorte que la question se présente au Parlement, où le gouvernement se propose de l’introduire à la rentrée, complètement neuve, étrangère à tout programme antérieur et sans que le peuple ait eu seulement l’occasion de s’en expliquer avec les candidats.
C’est en dehors de lui, sans lui, malgré lui, que les députés et le gouvernement vont discuter, délibérer, voler et prendre une détermination.
Puis, quand ce sera terminé, qu’il n’y aura plus aucun moyen de revenir là-dessus, quelle qu’en soient les redoutables conséquences, les députés viendront dire aux électeurs : « C’est fait ! »
Et voilà comment le peuple « souverain » est traité sous la troisième République.
Il ne compte pas, il n’existe pas.
On n’a même pas la politesse, la convenance vulgaire de lui expliquer ce qu’on a l’intention de régler, à son détriment.
Ses tuteurs, ses maîtres, ne pensent nullement à s’enquérir de sa manière de voir, de connaître ses opinions, d’avoir son avis.
Ils agissent, ils décident et les électeurs devront s’incliner.
Ce n’est plus le peuple « souverain », oh ! non, c’est le député « SOUVERAIN ».
La représentation nationale est devenue une dictature sans contrôle, sans délégation.
Le député ne prend même pas la peine d’annoncer ce qu’il va faire au Parlement.
Il ne s’inspirera que des circonstances.
Les programmes ? A quoi bon !
L’électeur a l’échine souple.
Aucune nécessité de se gêner.
Il avalera tout.
Et il ne tiendrait qu’au Parlement de supprimer le suffrage universel, d’abolir la propriété, de décréter les arrestations en masse, avec abrogation de toutes les lois et la permanence illimitée du Parlement.
Cela ne serait pas plus extravagant que de dénoncer le Concordat, en dehors de la volonté nationale.
Oui, la question du Concordat demeure entière.
Le peuple ne l’a pas seulement effleurée.
Il n’en a pas entendu parler par les candidats.
Et c’est une véritable usurpation, que de la porter au Parlement, avant de l’avoir inscrite dans les cahiers électoraux.
Agir de la sorte, est commettre un abus de confiance, un crime contre les prérogatives de la nation ; c’est un coup d’État contre les consciences, aussi audacieux que le furent ceux de Brumaire et de Décembre.
Car un Parlement n’a pas le droit de bouleverser, suivant son caprice et sa fantaisie, toutes les croyances religieuses de la nation, sans tenir compte de sa volonté, sans daigner prendre son avis.
D’où l’on doit conclure, qu’il n’est pas de gouvernement qui, autant que la République actuelle, ait témoigné du mépris au peuple, et l’ait traité davantage par-dessous la jambe.
Ni de près, ni de loin, la République n’est une « démocratie ».
Le peuple y est tondu, volé, exploité, par une bande de coquins, qui s’arrogent tous les droits, s’emparent de toutes les prérogatives.
Tout se fait en son nom, mais sans sa participation et à son insu.
Or, rien ne déshonore autant un peuple que de passer pour être tout, et au fond, de n’être rien.
La « souveraineté » qu’on lui attribue est une sanglante ironie.
Elle équivaut à la couronne de papier que les fous se mettent sur la tète, en hurlant qu’ils sont Charlemagne ou Napoléon.
Le peuple, sous la troisième République, est au dernier rang des esclaves, puisqu’il se croit et se dit libre, et qu’il l’est moins que tout autre jouissant du régime monarchique.

CASSAGNAC (de) Paul, Pour Dieu, pour la France, tome VII, Paris, l’Autorité, pp. 190-194

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