Cette action s'est déroulée dans le cadre de l'opération Inherent Resolve (OIR), menée par la coalition internationale anti-djihadiste coordonnée par les États-Unis. Elle s'appuie juridiquement sur la résolution 2249 prise en 2015 par le Conseil de sécurité des Nations unies qui reconnaissait l’État islamique comme une menace « mondiale et sans précédent » pour la paix et la sécurité internationales et avait appelé les États membres à prendre toutes les mesures nécessaires contre le groupe.
Un important dépôt d'armes et d'explosifs
L’état-major des armées françaises a publié sur X, ce dimanche matin, un bref compte rendu, laconique et avare de détails, comme il sied dans le cas d’opérations classifiées. Le ministère de la Défense britannique a fait la même chose, à peu près au même moment. Les « services de renseignement » (probablement ceux des deux pays, qui conservent de bons accès dans la sous-région) ont obtenu des informations faisant état de la présence d’un important dépôt d’armes et d’explosifs dans les montagnes, au nord de Palmyre. « Notre avion a utilisé des bombes guidées pour viser plusieurs tunnels d'accès à l'installation. Bien qu'une évaluation détaillée soit en cours, les premières indications laissent penser que la cible a été atteinte », indique seulement le communiqué britannique. La dernière occurrence d’une frappe aérienne occidentale au Levant remonte à la fin du mois de décembre, lorsque les États-Unis, en représailles d’une attaque qui avait tué trois Américains, avaient visé des installations terroristes sur le territoire syrien.
La capacité des Français et des Britanniques à frapper fort
Daech a officiellement perdu en 2019, lorsque Abou Bakr al-Baghdadi, son chef, a été neutralisé et que son territoire a été démantelé. Ses combattants les plus fanatiques ont été réduits, à Baghouz notamment, tandis que les prisonniers, sous la garde des Kurdes, ont été enfermés dans des camps. Il y a d’ailleurs des Français parmi eux, ou plutôt des Françaises, dont la presse relaie régulièrement les demandes de retour en France. Pourtant, avec le renversement de Bachar el-Assad, puis l’avènement d’Ahmed al-Charaa, les cartes ont été rebattues. Ahmed al-Charaa, lorsqu’il portait la kunya d’Abou Muhammad al-Jolani, fut le fondateur et le chef du groupe terroriste dissident Al Nosra - ce groupe dont Laurent Fabius disait, en 2012, qu’il faisait « du bon boulot », vous vous souvenez ? Il a rasé sa barbe et mis une cravate, mais ne serre toujours pas la main des femmes. Djihadiste indécrottable ou héros de la liberté ? On verra ça sur le long terme. En attendant, la capacité des Français et des Britanniques à frapper vite, fort et loin contre les installations de l’ex-État islamique, sa résurgence fût-elle embryonnaire, est rassurante. Les Alliés européens ne font pas que des déclarations creuses sur la « coalition des volontaires ». C’est plutôt bon signe.
Les Européens au sens large (puisque le Royaume-Uni n’obéit pas à l’UE de von der Leyen) montrent qu'ils peuvent mener avec un brio technique indéniable des actions aériennes loin de leur pays. Cependant, ce raid « du fort au faible » ne doit pas nous faire oublier qu'une guerre, beaucoup moins asymétrique, d'une tout autre ampleur fait rage depuis bientôt quatre ans, à l'est de l'Europe. Et que c'est à ce type de guerre qu'il faut se préparer - pour éviter d'avoir à la faire un jour - en se donnant les moyens de pouvoir « jouer en Ligue 1 ». En attendant, le raid aérien sur Palmyre est peut-être le Venezuela de la Ligue 2…