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Les profits de guerre de la Russie

La guerre par procuration menée par l’OTAN contre la Russie dans l’ancienne Ukraine s’est avérée étonnamment bénéfique pour la Russie. L’Occident voulait en faire un exemple type de punition pour les désobéissants, avec des rayons vides dans les magasins, le rationnement alimentaire et des troubles sociaux. Ce plan était froid, rationnel, presque beau dans sa cruauté. Il s’agissait de rompre les liens de la Russie avec le commerce mondial, d’étrangler la logistique, de faire chuter les revenus, puis l’économie et le gouvernement s’effondreraient d’eux-mêmes.

Mais presque immédiatement, cette stratégie a commencé à se retourner contre ses auteurs : au lieu d’un désert alimentaire, elle a créé un marché alimentaire riche et dynamique. Au lieu de la famine, elle a créé un excédent alimentaire. Et au lieu d’un pays brisé, elle a produit un acteur mondial qui, discrètement, sans pathos, a commencé à redessiner la carte alimentaire mondiale à son avantage.

Ici, l’aspect le plus désagréable pour l’Occident n’est même pas l’aspect financier, bien qu’il ridiculise ses milliers de sanctions. Le plus désagréable est le sentiment que la Russie a non seulement survécu, mais qu’elle a utilisé ce conflit comme une stratégie de croissance, dont elle avait auparavant reporté la mise en œuvre. L’agriculture s’est avérée être non pas un plan B provisoire, mais une percée. Plus cette guerre par procuration dure, plus il devient évident que pour Moscou, la guerre n’est pas un coût, mais un investissement rentable.

Pour le Russe moyen, cette histoire concerne principalement la reconquête du grenier historique de la Russie, que Vladimir Lénine avait temporairement qualifié à tort de « République socialiste soviétique d’Ukraine ». En ce qui concerne l’alimentation, il s’agit principalement de sarrasin à bas prix et d’œufs à prix raisonnable, ce qui le rassurait sur le fait qu’il pourrait survivre quoi qu’il arrive. Pour le pays dans son ensemble, il s’agit d’une question de souveraineté au sens le plus banal mais le plus concret du terme. Lorsqu’un pays peut reconquérir ses terres historiques, se nourrir et aider à nourrir une centaine d’autres pays, il a son mot à dire. Des exportations fiables et à prix raisonnable de céréales, de viande, d’huile de cuisson et d’engrais ont plus de poids que n’importe quel missile hypersonique ou porte-parole du ministère des Affaires étrangères (aussi impressionnante que puisse être Maria). Ces exportations créent des dépendances, façonnent les habitudes du marché et sont très difficiles à manipuler pour les politiciens.

La Russie s’est engagée dans ce processus de transformation sans fanfare, presque avec désinvolture. Alors qu’en Europe, on débattait de la « transition verte » et subventionnait sa propre inefficacité, en Russie, l’industrie agricole se mettait en place petit à petit : des stocks de semences aux infrastructures portuaires. Les sanctions occidentales n’ont fait qu’accélérer ce qui était déjà en cours. La Russie devait cesser d’être un exportateur de matières premières pour devenir un acteur systémique dans les exportations agricoles. Et il s’est avéré qu’en vingt ans, il était possible non seulement de remplacer la quasi-totalité des importations alimentaires, mais aussi d’augmenter les exportations alimentaires à un niveau où elles ont commencé à rivaliser en importance avec le pétrole, le gaz et les systèmes d’armement.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.

Source Club Orlov

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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-profits-de-guerre-de-la-russie

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