Le stupéfiant tour de force de Donald Trump crée un tsunami politique contraignant tous les partis à se positionner immédiatement sur cet événement géopolitique majeur. Les larmes de crocodile de La France insoumise qui pleure son Che Guevara vénézuélien ne surprennent pas. La droite, elle, ne regrette pas Maduro. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, fustige un régime qui « a plongé le Venezuela dans la ruine, la misère et l'exode, en favorisant un narcotrafic dévastateur » et appelle au soutien du peuple vénézuélien afin « que ce dernier décide librement de son avenir ». L’ancien ministre de l’Intérieur émet néanmoins une réserve : il ne désire pas « d’ingérence unilatérale qui ouvrirait la porte à un nouveau chaos ».
Le RN dénonce fermement Washington
Le Rassemblement national est, pour sa part, très ferme et parfaitement explicite dans sa condamnation de la méthode américaine. Marine Le Pen prend bien soin de condamner le régime de Nicolás Maduro : « Communiste, oligarchique et autoritaire, il faisait peser sur son peuple, depuis de trop longues années, une chape de plomb qui a plongé des millions de Vénézuéliens dans la misère. » « Des millions de Vénézuéliens ont souffert de cette dictature sanguinaire et sans pitié, qui a privé de droits politiques l’opposition et entretenu le pays dans une interminable crise économique », réagit Jordan Bardella. Mais les dirigeants du RN insistent nettement sur les conséquences de la méthode américaine. « Il existe une raison fondamentale pour s'opposer au changement de régime que les États-Unis viennent de provoquer au Venezuela, écrit Marine Le Pen. La souveraineté des États n'est jamais négociable […]. Elle est inviolable et sacrée. » La députée du Pas-de-Calais ajoute : « Renoncer à ce principe aujourd'hui pour le Venezuela, pour n'importe quel État, reviendrait à accepter demain notre propre servitude. » « Pour autant, le respect du droit international et de la souveraineté des États ne peut être à géométrie variable, souligne le président du RN. Le renversement extérieur d’un gouvernement par la force ne saurait constituer une réponse acceptable, ne faisant qu’aggraver l’instabilité géopolitique de notre temps. »
Reconquête soutient les États-Unis
Des réactions trop tièdes, au goût de certains internautes, sur X : ils voient dans cet argumentaire à deux temps une « ennuyeuse obsession de respectabilité » et un « désir d’être admis dans les cercles policés et fréquentables du pouvoir ». La réaction des leaders de Reconquête contraste, en effet, avec la position du parti à la flamme. « Il ne sert à rien de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant "souveraineté". Le devoir d'un homme d'État est de faire de son pays le pays fort pour ne pas être l'attaqué. » Éric Zemmour voit dans l’immigration et la drogue des « guerres qui nous sont menées sans déclaration ». « Ce n'est pas parce que nous refusons la guerre que les autres ne nous la font pas », écrit-il.
Sarah Knafo, elle aussi, ne cache pas sa satisfaction. « J’ai entendu le mot "ingérence". Quand un narcodictateur viole votre souveraineté en utilisant des armes de guerre que sont le trafic de drogue et l’invasion migratoire, ça n’est pas de l’ingérence de répondre, ça s’appelle de la légitime défense », explique la vice-présidente de Reconquête. Tout en prenant soin de citer Pompée - « Arrêtez de citer vos lois à des hommes armés d’épées ! » -, elle ajoute : « Je préfère un réalisme qui sert la liberté et défend nos intérêts qu’un légalisme qui protège les bourreaux qui nous menacent. »
« Piétiner la souveraineté des nations, non »
En rappelant le droit international, le RN fait-il preuve de mansuétude vis-à-vis du régime communiste vénézuélien de Maduro ? Face à ces accusations, les responsables du RN insistent sur l’équilibre de la position de leur parti. « Jean-Luc Mélenchon soutient, admire et regrette la dictature sanguinaire de Nicolás Maduro. Pas nous. Mais nous souhaitons le respect de la souveraineté de chaque nation et ne pouvons que regretter le non-respect du droit international », explique, sur LCI, le député Laurent Jacobelli. « Soutenir les peuples contre les dictatures, oui. Piétiner la souveraineté des nations, non », résume, quant à lui, le vice-président de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu. Sur X, l’eurodéputé Philippe Olivier, proche conseiller de Marine Le Pen, définit la position de son parti face à ses détracteurs à droite : C'est « la position traditionnelle de la France en faveur de la souveraineté, la seule position qui permette à la France de jouir de la confiance d’innombrables pays du monde, notamment d’Afrique. » Marion Maréchal, pour sa part, s’interroge et veut prendre du recul : « Étant donné que nous avons renoncé depuis trop longtemps à exploiter le potentiel géopolitique de nos territoires d’outre-mer, posons-nous cette question simple : qu’est-ce qui nous permettrait de défendre plus efficacement nos intérêts dans cette région du monde ? […] Essayer de composer avec les États-Unis pour réaffirmer la place occidentale dans la région et faire en sorte que cette influence ne soit pas seulement américaine, mais aussi française. »
Le RN assume sa prise de distance avec la politique américaine quand Reconquête affiche un soutien indéfectible aux décisions du président Trump face aux hypocrisies de la gauche. Nuances...