
Ce matin, il faisait froid. Très froid…Des centaines d’agriculteurs sont arrivés cette nuit à Paris, à quelques mètres du palace où repose sa seigneurie, Maroufle le bref. Bien au chaud. Surtout, ne pas s’enrhumer, il devra prendre la parole demain à Crans. Le problème des culs-terreux ? Il en a entendu parler mais il s’en tape, il s’agit de ceux qu’il qualifie de RIENS. De son Montblanc Bohème Royal, il a depuis belle lurette appliqué sa signature sur l’accord maudit. Il remonte sa couette, se pelotonne une dernière fois dans son oreiller spécial duvet de canard eider.
Pendant ce temps, les riens bravent des températures négatives. La plupart n’ont pas dormi. Ni couette ni duvet, et le souci qui martèle : que devient ma ferme ? Qui s’occupe de mon troupeau ? De quoi allons-nous vivre ?
Là-haut, leur problème n’intéresse personne, le maudit accord est signé depuis longtemps.
Madame Braun-Pivet, elle, feint la compassion. On l’a envoyée au carnage : écoute, Yaël, tu as des poules, toi, tu t’y connais. Mais un accueil humide a été réservé à l’avicultrice plus rémunérée qu’une vingtaine de vachers, de maraîchers et de vignerons, sortie sous les huées et les sifflets, après une rincée sans préavis. Elle aurait aussi reçu un projectile. Trempée comme une souche, elle a annoncé qu’elle rencontrerait les représentants syndicaux agricoles à 14 heures, le temps de se sécher et de prendre un chocolat chaud à la cantine du bâtiment.
Au titre de sa fonction, la présidente de l’Assemblée nationale perçoit 15 500 € bruts par mois. Sans pour cela sortir tous les matins dans le froid pour aller traire les vaches. Je ne sais pas vous, mais comment peut-elle croire que les manifestants, gelés et affamés, vont l’écouter ?
Je suis là pour entendre la colère, qu’elle dit ! Et la misère, les suicides quotidiens, les sanglots des enfants, les meuglements des vaches gazées, vous entendez aussi ?
Yaël Braun-Pivet s’est rendue devant l’Assemblée, question de « dialoguer » avec les manifestants. Appels à la démission, insultes… La pauvre a fait face à une ambiance extrêmement tendue. « On n’a rien à vous dire », lui lance une agricultrice, très énervée par le développement des négociations sur le Mercosur. « Vous êtes des traîtres ! Et on ne parle pas aux traîtres. »
« Dommage« , lui répond la présidente avant de se retirer dans les salons moelleux de l’Assemblée nationale. Regrettable, car elle avait la solution, bien entendu. Pas la moindre idée de l’infamante signature déjà posée.
Quelques instants plus tard, un responsable de la Coordination rurale tente de discuter, sur un ton plus calme. Yael Braun-Pivet reçoit alors une douche citoyenne dont on parlera encore lorsque toutes les vaches seront enterrées. L’échange tourne court : l’éminente Madame Braun-Pivet est exfiltrée par son service de sécurité, sous les cris des inopportuns manifestants – on ne peut même plus savourer son chocolat chantilly au calme ! Elle recevra en début d’après-midi les représentants de l’ensemble des syndicats agricoles. En pure perte. Depuis quand le gratin tiendrait-il compte des besoins des bouseux ?
Annie G., elle, appelle à la « désescalade » :

Tu (*) veux que je te fasse goûter la flotte aussi, Genevard ?
Anne Schubert
(*) Veuillez excuser le tutoiement inopportun, mon tempérament bouillant a de nouveau pris le dessus.
https://ripostelaique.com/braun-pivet-sest-pris-une-douche-citoyenne-en-pleine-tronche.html