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Dix ans après sa mort : Michel Delpech, le plus chrétien de nos chanteurs ?

Michel Delpech
Auteur compositeur interprete francais.
Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
Michel Delpech Auteur compositeur interprete francais. Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
Dans le monde enchanté du show-biz, en France comme ailleurs, la foi est une grâce ne coulant pas forcément de source. Trop de tentations, peut-être. La fête et tout ce qui va avec. Une pente dont il arrive toutefois qu’on puisse se relever. C’est précisément ce qui est arrivé au chanteur Michel Delpech, disparu le 2 janvier 2016 et qui aurait eu 80 ans le 26 janvier. Cette industrie du spectacle, rien ne l’y prédispose de prime abord, au vu de ses modestes ascendances : épiciers, paysans et bûcherons. Pourtant, il ne rêve que de Paris et de ses lumières. Le succès est précoce, dès 1965, lorsqu’il écrit les paroles de Chez Laurette, inspirées de ses souvenirs de lycée. Il n’a que dix-neuf ans. « Et plus encore afin qu’on soit tranquilles/Dans son café y avait un coin pour nous/On s’y mettait pour voir passer les filles/Et j’en connais qui nous plaisaient beaucoup/Si par hasard on avait l’âme en peine/Laurette seule savait nous consoler/Elle nous parlait et l’on riait quand même/En un clin d’œil elle pouvait tout changer. » Premier essai, premier coup de maître.

Une carrière jalonnée de succès…

Puis, presque deux décennies de succès ininterrompus. Les tubes s’enchaînent, la plupart entrés dans la mémoire collective française. Il écrit la majeure partie de ses textes, tandis qu’il s’adjoint les meilleurs artistes pour en composer la musique, dont le pianiste Pierre Papadiamandis, qui a écrit des merveilles pour Eddy Mitchell, dont Le Cimetière des éléphants et La Dernière Séance. Avec Wight is Wight, il lorgne du côté des hippies d’alors, tout en imaginant ce à quoi peut ressembler un artiste vieillissant, mis en scène dans Quand j’étais chanteur, au texte à la fois tendre et désenchanté. Mais il y a aussi la romance, Je l’attendais et Pour un flirt. Michel Delpech se risque même à l’adaptation de standards américains, tel 50 Ways to Leave Your Lover, de Paul Simon, la moitié du duo Simon & Garfunkel, devenant, sous sa plume, Trente manières de quitter une fille. Vingt nénettes ont manifestement dû se perdre en cours de traduction. Plus sérieusement, il y a Les Divorcés, chanson inspirée de la séparation d’avec sa première femme, Chantal Simon, avec laquelle il a eu deux enfants. C’est elle qui le quitte, le laissant en plein désarroi. Car si la chanson évoque un divorce paisible, le sien est particulièrement douloureux. D’ailleurs, son ex-épouse, se suicidera dix ans plus tard, en 1986, tandis que la mère du chanteur veille à l’éducation des deux enfants du couple fracassé.

Le retour à la terre…

En 1977, peut-être histoire de retrouver un peu d’équilibre dans une existence en étant singulièrement dépourvue, Michel Delpech rencontre à nouveau le succès avec Le Loir-et-Cher, ode à sa famille rurale. Les paroles entrent illico dans l’histoire de la chanson française : « Ma famille habite dans le Loir-et-Cher/Ces gens-là ne font pas de manières/Ils passent tout l’automne à creuser des sillons/À retourner des hectares de terre/Ils me disent, ils me disent/Tu vis sans jamais voir un cheval, un hibou/Ils me disent/Tu ne viens plus, même pour pêcher un poisson/Tu ne penses plus à nous/On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue/On dirait que ça te gêne de dîner avec nous. » Comme s’il regrettait la campagne et ses joies simples. Un thème qu’on retrouve dans Le Chasseur, en 1979, qui devient l’hymne officieux de nombreuses fédérations de chasse, même s’il ne s’agit que d’une promenade contemplative : « Avec mon fusil dans les mains/Au fond de moi, je me sentais/Un peu coupable/Alors je suis parti tout seul/J’ai emmené mon épagneul/En promenade/Je regardais le bleu du ciel/Et j’étais bien. »

Le retour à la foi…

Mais ces bonheurs champêtres ne sont alors qu’une illusion. En effet, Michel Delpech va mal. Très mal. Il s’étourdit de drogues et d’alcools forts, d’amours aussi vite consommées qu’oubliées. Il commence par consulter un psychiatre, le docteur Brisset. Dans ses mémoires, La jeunesse passe trop lentement (Plon), il se souvient du verdict du médecin : « Ce n’est pas un psychiatre qu’il vous faut, c’est un prêtre. Moi, je ne peux plus rien faire pour vous. » Un conseil qui le laisse perplexe : « Comme une majorité des enfants de ma génération, j’étais catholique de naissance, sans plus. J’avais été vaguement élevé dans ses préceptes par des parents non pratiquants et plutôt agnostiques […] Cependant, je me souviens bien de l’émotion qui m’avait étreint lors de ma première communion. J’avais ressenti alors un certain sens du sacré, sans pouvoir le définir précisément. » Les voies du Tout-Puissant étant parfois impénétrables, c’est de la… télévision que vient le salut : « Un jour, en la regardant, je suis tombé sur un moine bénédictin qui avait pris le nom de frère Odon, et dont le témoignage me captiva. Dans une première vie, il avait multiplié les conquêtes et, surtout, il avait fricoté avec la drogue. Il incarnait pour moi la foi à visage humain. Son parcours m’a tellement ému qu’en allant le rencontrer dans son abbaye de Saint-Wandrille, en Normandie, j’ai décidé d’y faire une courte retraite. Ce séjour m’a enchanté parce que le recueillement de rigueur chez les moines n’empêchait pas la joie et même l’amusement. Il émanait d’eux une force certaine, une foi vivante, virile et généreuse. Immédiatement, je me suis senti bien parmi eux. »

Sauvé par l’amour…

Pourtant, notre artiste n’a pas la fibre monacale et quand, en 1983, il rencontre une belle brune prénommée Geneviève, son cœur ne fait qu’un tour. Dans Michel Delpech, quand j’étais chanteur (Flammarion), livre de souvenirs consacré à son défunt époux, il y a ces très belles phrases : « Pour Michel, il n’était pas question de ne pas m’épouser. Et il fallait que ce soit à l’église. Après une longue réflexion, nous nous étions convertis à la religion orthodoxe. […] Ce sont nos amis archevêque et évêque orthodoxes coptes, Amba Marcos et Amba Athanasios, qui nous ont unis. Plus tard, ils ont aussi baptisé notre fils Emmanuel. La cérémonie s’est déroulée dans la petite crypte de l’imposante église Saint-Sulpice à Paris, où Michel s’était déjà marié en très grande pompe près de vingt ans plus tôt. Ironie du sort ou du destin, c’est aussi dans ce même bâtiment que, trente ans après, le même Amba Athanasios officiera pour les obsèques de Michel. Lequel confiera plus tard que ce mariage avait changé sa vie, qu’il symbolisait l’engagement dans le véritable amour, celui qui implique la fidélité. Lui qui, pourtant, lors de sa première union, se revendiquait d’une vie de couple libertine ! »

Ami du philosophe Gustave Thibon…

Alors que le succès public revient peu à peu – ses fans ne l’ont jamais abandonné –, il en profite, côté cour, pour approfondir sa foi. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire catholique La Vie, le 3 janvier 2016, il reconnaît ainsi : « Un chanteur de variété qui avoue son amour pour le Christ, ce n’est pas très tendance ! » Et d’évoquer son amitié avec le philosophe Gustave Thibon : « J’ai eu la chance de le rencontrer. Il a l’art de ciseler de courtes pensées fulgurantes. » Une rencontre qui fait écho à une autre, plus ancienne, survenue en 1980, lorsqu’il se recueille au Saint-Sépulcre, à Jérusalem : « Je me suis trouvé devant la pierre du tombeau. Je me suis agenouillé une fraction de seconde, j’ai embrassé la pierre et, immédiatement, j’ai été enveloppé d’une présence. J’ai su que Jésus était là. […] C’est comme si je célébrais mes "retrouvailles" avec le Christ, comme si un ami revenait de manière définitive. » Une foi qu’il exprime avec autant d’humilité que d’humour quand il admet : « Il m’arrive de douter. Mais si je doute, c’est de moi ; pas de Dieu. » Nul doute que là où il se trouve désormais, c’est en bonne compagnie. Celle qu’il aura cherchée des années durant avant d’enfin la trouver. Hormis sa carrière parsemée de tubes qu’on entonne encore aujourd’hui, tel était, aussi, Michel Delpech qui, après avoir mis tant de vie dans son art, décida enfin de mettre un peu d’art dans sa vie ; art religieux, il va de soi.

Toutes les plus grandes chansons de Michel Delpech. À écouter comme on feuilletterait un album de souvenirs familiaux : celui de la France d’avant.

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