C’était au tour des anciens ministres de la Culture de passer sur le gril des questions du député UDR. Roselyne Bachelot, Franck Riester, Aurélie Filippetti et Rima Abdul-Malak s’exprimaient devant la commission pour partager leur expérience, le ministère de la rue de Valois étant chargé de la tutelle de l’audiovisuel public.
Un violent différend oppose Jérémie Patrier-Leitus et Charles Alloncle lorsque ce dernier questionne les anciens ministres sur les sociétés de production qui ont des contrats avec l’audiovisuel public. En effet, le rapporteur s’inquiète de la puissance des externalisations, le recours à des services privés, France Télévisions faisant beaucoup appel à des sociétés de production pour animer certains créneaux horaires. « Sur France 5, 80 % des émissions sont produites, externalisées à des sociétés de production privées, est-ce que c’est normal ? », demande Charles Alloncle, qui compare « une telle proportion » à un début de privatisation « déjà à l’œuvre ».
Externalisation ou privatisation
Le second point qu’il met en exergue est « l’ultra-concentration » des contrats, puisque dans l’exemple cité ci-dessus, ce sont uniquement deux sociétés, Mediawan et Together Media, qui détiennent le magot. Une situation qui n’émeut pas Roselyne Bachelot, bien au contraire. Poussant le raisonnement, Charles Alloncle insiste : « Que diriez-vous si on externalisait les fonctions de la police nationale à des sociétés privées, y compris des sociétés étrangères ? » Pour preuve de sa démonstration : la société Mediawan, celle dont Matthieu Pigasse est actionnaire et dont les contrats avec France télévisions sont évalués à 110 millions d’euros par an. Pour le député ciottiste, la société est « détenue à plus de 50 % par un fonds d’investissement américain ». Les anciens ministres voient-ils un problème à ce que « le service public puisse financer des sociétés privées détenues à l’étranger pour produire des émissions importantes du service public ? » C’est alors que le président de la commission s’emporte violemment : « Monsieur le rapporteur, je le dis, la désinformation, ça va bien deux minutes. » Pour le disciple d’Édouard Philippe, « Mediawan est un groupe français qui a son siège à Paris. » « Arrêtez de nous faire croire que Mediawan est un agent de l’étranger », gémit le député du Calvados.
Charles Alloncle reste courtois, mais refuse de voir ses propos « détournés » et tient tête à son collègue. Le député de l’Hérault estime qu’une entreprise est « capitalistiquement basée en fonction de ses actionnaires » ,« quand vous avez plus de 50 % de vos actionnaires qui sont étrangers, l’entreprise est étrangère », argumente-t-il dans un échange qui se tend, le député Patrier-Leitus plaidant que seul le siège social fait foi.
« Vous venez de porter des accusations très graves contre moi »
Exaspéré d’être ainsi interrompu, Charles Alloncle charge : « J’ai l’impression que vous voulez défendre à cor et à cri Mediawan en vous faisant son porte-parole, […] que vous ayez des liens, on le verra peut-être avec des actionnaires de Mediawan, vous pourrez en répondre. » Jérémie Patrier-Leitus, ulcéré, sort alors de ses gonds : « Vous venez de porter des accusations très graves contre moi. » Il s'emporte et dénonce des propos « totalement faux ». Puis, tel Robespierre, décide de suspendre pour cette raison l’audition et d’y mettre un terme. Alors que la seconde audition de l’après-midi reprenait un quart d’heure plus tard avec d'autres personnalités, Charles Alloncle s’est plaint, sur X, de cette suspension alors qu’il lui restait « plus d’une dizaine de questions, dont certaines sensibles, à poser aux anciens ministres de la Culture présents ». « Cette entrave est grave, incompréhensible et inacceptable, dénonce le parlementaire. Aucun président de commission n’a le droit d’entraver des débat parce qu’ils dérangent — ni, plus grave encore, de suspendre définitivement des auditions lorsque les questions ne lui conviennent pas. » Un message posté en direct alors qu’il avait été spécifiquement demandé au rapporteur de ne plus commenter, sur les réseaux, les travaux de la commission pendant le déroulement de celle-ci.
Chaque jour qui passe voit la tension se cristalliser autour des travaux de la commission d’enquête. Ce 4 février au matin, sur France Info, le président de la commission annonçait convoquer, fin février, Vincent Bolloré, actionnaire d’une société de production (Banijay) ayant des contrats avec France Télévisions et qu’il en profiterait pour l’interroger au sujet du maintien à l’antenne de CNews du journaliste Jean-Marc Morandini.