Depuis 48 heures, le camp national s’insurge. Marine Le Pen a demandé, en vain, au chef de l’État de renoncer à sa décision. « Une telle nomination serait une énième preuve de la dérive illibérale d’un régime agonisant, prêt à toutes les transgressions éthiques pour placer ses fidèles et perturber la future alternance démocratique », fustige la députée du Pas-de-Calais, qui appelle de ses vœux des « personnalités compétentes et indépendantes à la tête de nos institutions ». Sébastien Chenu, député du Nord et vice-président du Rassemblement national, dénonce, dans une vidéo postée sur ses réseaux, une « République des copains » et un « ministre qui sera en parfait conflit d’intérêts, puisqu’elle va devoir vérifier et analyser un budget qu’elle-même a fait voter alors qu’elle était ministre du Budget ». « Il est loin, le nouveau monde promis par Emmanuel Macron ; en réalité, le pire des pratiques démocratiques est à l’œuvre », poursuit-il. Yoann Gillet, député RN du Gard, évoque « une honte, une provocation ». Il interpellait, le mardi 10 février, Amélie de Montchalin à l’Assemblée nationale au sein de l’Hémicycle : « Votre nomination revient à confier le contrôle de l’argent des Français à ceux qui ont vidé les caisses. »
« Rien ne se perd, tout se recycle »
Le président de l’UDR Éric Ciotti évoque un « scandale d’État ». « Un clan veut prendre en main, contre le peuple de France, tous les rouages de l'appareil d'État », explique le député niçois. Antoine Valentin, le tout nouveau de la formation alliée au Rassemblement national, a pris la parole, ce mercredi 11 février, au palais Bourbon, à l’occasion des questions au gouvernement pour protester contre « une méthode qui vise à cornaquer des institutions pourtant indépendantes à l’heure où nous vivons le crépuscule du mouvement macroniste ». « En politique comme en chimie, rien ne se perd, tout se recycle, a poursuivi le parlementaire élu en Haute-Savoie il y a dix jours. Si le recyclage est bon pour l’environnement et la planète, je ne suis pas certain que le vôtre le soit pour la France. » « Le régime agonisant d'Emmanuel Macron veut nommer une personne qui fera tout son possible pour maquiller la ruine des comptes publics dont il est responsable, ruine à laquelle Mme de Montchalin a d'ailleurs directement participé », se désole, pour sa part, le député RN Jean-Philippe Tanguy, sur X. Marion Maréchal, quant à elle, s’interroge : « La Macronie crépusculaire se prépare-t-elle à verrouiller l’État pour empêcher l’alternance de la droite nationale d’agir ? »
Des nominations en cascade
La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, potentiellement jusqu’en 2054 du fait de son jeune âge actuel, s’ajoute en effet à la liste déjà longue des institutions étatiques névralgiques dont le dirigeant a été nommé par Emmanuel Macron. Petit tour d’horizon. Le socialiste Richard Ferrand, ancien président macroniste de l’Assemblée nationale, préside le Conseil constitutionnel depuis un an, et ce, jusqu’en 2034. Martin Adjari, directeur de cabinets ministériels sous François Hollande, a été nommé à la tête de l’Arcom en 2025 pour un mandat de six ans. L’ancien ministre Clément Beaune dirige, depuis un an, le Haut-commissariat au Plan, un mandat dont la durée n’est pas fixée par la loi. Par ailleurs, plusieurs nominations clés auront lieu dans les mois à venir. François Villeroy de Galhau a annoncé, le lundi 9 février, son départ de la Banque de France ; son successeur sera donc prochainement nommé par le président de la République pour un mandat de six ans. Didier-Roland Tabuteau, qui « vice-préside » le Conseil d’État, doit être lui aussi remplacé au printemps, car il aura atteint la limite d’âge de 68 ans.
Deux défis de taille attendent le camp national. Parvenir aux commandes et gouverner malgré un appareil d'État parfaitement hostile.